Un
sondage publié hier et réalisé par les journaux Le Soir et La Voix du Nord
indique que 49 % des wallons souhaiteraient un rattachement à la France en cas
de scission de la Belgique et que 60% des français approuveraient l'accueil de
ce nouveau département.
Deux chiffres en forte hausse. Et le record des commentaires sur le forum du Soir prouve que cette question soulève des passions en tous sens. On peut comprendre l'attraction que peut exercer la France de la révolution, des Droits de l'Homme, de la richesse en talents scientifiques, artistiques et littéraires sur les wallons. Cela vide-t-il la question ? Loin de là !
Tout d'abord, ayons bien en tête qu'un tel rattachement impliquerait une séparation politique totale entre la Wallonie et Bruxelles. Aucun pays européen n'acceptera jamais que la capitale de L'Europe tombe aussi sec dans l'escarcelle française et s'ajoute ainsi à l'implantation strasbourgeoise. Jamais. Bruxelles, avec laquelle nous avons tant de liens économiques, culturels, familiaux et amicaux s'en trouverait réduite au statut de capitale administrative, genre Washington DC, et verrait s'envoler à jamais ses légitimes intentions à devenir une région à part entière, apte à prendre son destin en main. Et puis, au-delà d'un romantisme bien compréhensible, les 49% de wallons savent-ils réellement à quelle nation ils souhaitent être rattachés ?
La France est rongée par une dette et des déficits publics colossaux (le pire élève de la classe européenne) , offre des protections sociales bien moindres que chez nous, déploie une politique étrangère basée sur la force militaire -entre autre nucléaire- et de compromission permanente avec les pires dictatures, particulièrement en "françafrique", est d'une faiblesse inégalée en matière de concertation sociale qui fait que tout se décide par décret imposé depuis Paris. Qu'il s'agisse de l'enseignement, des pensions, de la politique énergétique, de l'organisation et du remboursement des soins, la réponse au défi écologique, le diktat parisien s'impose sur la concertation et la négociation.
Etre rattaché à la France amènerait aussi un bouleversement de nos modes d'élections et nous imposerait un scrutin majoritaire qui donne lieu aux pires tractations d'appareils dans le dos des électeurs. Voir les les péripéties autour du Modem, du Nouveau Centre et, tout récemment les "achats" de voix lors du dernier Congrès de Versailles, qui a voté à une voix près la réforme des institutions tant voulue par Sarkozy. Quant à l'attention portée par Paris à ses "territoires excentrés", il y a également lieu de se monter prudent. Qui sait en Wallonie que les systèmes de protection sociale dans les DOM-TOM ne sont en rien équivalents à ce qu'ils sont en métropole, transformant leurs citoyens en français de seconde zone ? Alors, ami(e)s wallon(ne)s, réfléchissez une minute papillons avant de vous brûler sur l'ampoule !
A lire, également le dernier billet d'Henri Goldman sur son blog :
http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/ 20080802_scoop_rattachiste_au_soir.html
Photo (cc) : Cyril Plapied
