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mercredi 29 avril 2009
Par Jacky le mercredi 29 avril 2009, 23:40

Une interview d'Arnaud Zacharie et le communiqué du CNCD qui dénonce l'obstruction belge au FMI sur deux points importants : la vente d'une partie de ses stocks d'or pour venir en aide aux pays les plus pauvres et la révision de la pondération des voix dans cette instance. C'est sans doute ça le libéralisme social...
Arnaud, après les maigres décisions du G20 et juste après le vote des recommandations de la commission mixte Chambre-Sénat sur la régulation des marchés bancaires et financiers, le CNCD vient de publier un communiqué au vitriol sur la position belge à l'AG du FMI. Que s'est-il passé exactement ?
D'une part, la Belgique s’est prononcée en faveur d’un statu quo en matière de démocratisation du FMI, par la voix de son ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine et plus que l'Inde au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ». D'autre part, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».
Quels sont les autres pays à avoir fait de l'obstruction ?
Les pays scandinaves auraient soutenu la position belge concernant la vente d'or du FMI.
La Belgique semble ainsi s'être opposée, par la voix de Didier Reynders à toute réforme de la pondération des voix au FMI (où la Belgique pèse autant que la Chine !). Un système né lors de sa création après la seconde guerre mondiale. Est-ce encore tenable ?
Ce n'est plus tenable, pour les raisons expliquées ci-dessus, mais aussi du fait que la crise financière actuelle provient des déséquilibres financiers internationaux, qui sont eux-mêmes le fruit des excédents énormes accumulés par les pays émergents (à commencer par la Chine) et des déficits aussi gigazntesques accumulés par les pays industrialisés (à commencer par les Etats-Unis). Il faut donc mettre les pays émergents autour de la table, car contrairement à la crise des années 1930 à laquelle la création du FMI et les accords de Bretton Woods (1944) étaient censés répondre, les pays émergents font aujourd'hui partie du problème et de la solution.
Le blocage au FMI ne risque-t-il pas de faire des pays les plus pauvres une nouvelle fois les dindons de la farce et les "victimes collatérales" de la relance économique monopolisée par les pays industralisés ?
C'est évident : les pays pauvres sont victimes d'une crise dont ils ne sont pas responsables, puisqu'elle provient des Etats-Unis. Mais contrairement aux pays industrialisés, ils n'ont pas les moyens de financer des plans de relance. Ils sont du coup doublement victimes. A cela s'ajoute le fait que les déficits creusés par les plans de relance au Nord risque de peser sur les budgets d'aide au développement, ce qui rendrait les pays en développement triplement victimes de cette crise...
Le FMI a perdu beaucoup de son influence. Une réforme est-elle possible et, si oui dans quel sens ?
Il faut démocratiser réellement l'institution, pour qu'elle donne la place qu'ils méritent aux pays en développement. Il faut en finir avec ces conditionnalités macroéconomiques qui ont fait tant de mal aux populations dans les pays sous ajustement structurel : comment par exemple justifier la situation actuelle où des pays en crise doivent, en échange des prêts du FMI, mener des politiques "pro-cycliques" (hausse des taux d'intérêt, plans d'austérité, etc.), alors que les pays industrialisés qui dirigent le FMI font exactement l'inverse, c'est-à-dire opérer des plans de relance et des baisses de taux d'intérêt "contra-cycliques", comme le prônait Keynes.
Voici le communiqué du CNCD :
Le G20 de Londres a décidé, le 2 avril 2009, de tripler les moyens du FMI pour lui permettre de répondre à la crise. Il a également décidé de démocratiser l’institution (qui fonctionne selon la règle censitaire d’un dollar, une voix), de vendre une partie de son stock d’or (dont une part est destinée au financement des pays les plus pauvres) et d’émettre des droits de tirages spéciaux (la « monnaie » du FMI).
Ces décisions s’expliquent par le fait que, alors que la crise mondiale nécessite de nouvelles liquidités, les moyens financiers du FMI se sont réduits comme peau de chagrin ces dernières années. Pourquoi ? Parce que le FMI se finance essentiellement par les rendements de ses prêts. Or, l’impopularité grandissante des conditions liées à ces prêts dans les pays en développement a incité ces derniers à rembourser de manière anticipée ce qu’ils devaient au FMI, en vue de s’affranchir de ses potions macroéconomiques. Du coup, l’encours des crédits du FMI s’est effondré de 103 à 16 milliards de dollars entre mars 2003 et mars 2008. Au printemps 2008, le FMI était contraint de se séparer de 380 de ses 2.634 employés et prenait la décision, confirmée à Londres, de vendre une partie de son stock d’or.
Quant à la démocratisation du FMI, elle devient nécessaire du fait que les pays émergents, qui possèdent d’importantes réserves de devises, revendiquent une place digne de leur statut actuel dans une institution dont les droits de vote reflètent les rapports de force qui existaient au moment de sa création en 1944.
Ce week-end s’est tenue l’assemblée de printemps du FMI, où devaient être confirmées les décisions du G20. Mais d’importants freins ont été constatés dans le chef de plusieurs Etats membres, à commencer par la Belgique. En effet, cette dernière s’est prononcée en faveur d’un statu quo, par la voix de son Ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or, le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ».
Par ailleurs, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le Directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».
Le CNCD-11.11.11 s’inquiète de ces positions défendues par la Belgique contre l’intérêt des pays les plus pauvres et la démocratisation du FMI. Le CNCD-11.11.11 rappelle ses exigences au gouvernement belge en matière de réforme des institutions financières internationales et de soutien aux pays pauvres frappés de plein fouet par une crise dont ils ne sont pas responsables.
Pour plus d'infos : www.cncd.be
vendredi 17 avril 2009
Par Jacky le vendredi 17 avril 2009, 17:16

Au moment où plusieurs sondages semblent prévoir un désintérêt massif des citoyens pour le scrutin européen, il me semble opportun de rappeler l'importance vitale d'une action coordonnée de l'union et l'inefficacité devant la crise économique, écologique et financière de toute tentative d'action isolée des 27 pays membres.
Justement, trois de mes potes députés européens ( le belge Pierre Jonckheer, le français Alain Lipietz et le luxembougeois Claude Turmès) viennent de publier hier une tribune dans le quotidien La Tribune.
En voici le texte, que je trouve excellent de lucidité.
''Cela ne redémarre pas. La "relance" bancaire a échoué. La crise financière revient en boomerang sur l'économie réelle. Que faire ? En fait, cette crise est partie du "réel". Les salariés pauvres américains, asphyxiés par la montée vertigineuse des prix alimentaires et de l'énergie, n'ont pu rembourser les prêts "subprimes". Leur déroute a mis en faillite toute l'"économie-casino".
Depuis deux ans, les banques centrales refinancent par centaine de milliards les titres de plus en plus "toxiques". Mais cet argent ne sert qu'à retenir les banques au bord du gouffre. Les prêts à l'économie réelle se font de plus en plus difficiles. C'est pourquoi le président Obama aurait souhaité du G20 un effort budgétaire mondial ciblé sur la reconversion vers le développement soutenable. Car il ne servirait à rien de "relancer" le modèle en crise.
Et l'Europe ? Elle est impuissante à faire plus qu'une vague coordination de vingt-sept plans nationaux. Ici éclate la faiblesse structurelle de l'Union, confédération régie par le traité de Nice. Le budget communautaire pèse 1% du produit brut européen. Le plan spécifiquement européen décidé en décembre se limite à... 5 milliards d'euros ! Une misère.
Pourtant, l'Union européenne dispose d'un levier financier puissant, capable d'irriguer directement une reconversion ciblée, écologiste, de l'appareil productif : transports en commun, isolation des logements, production d'énergies renouvelables (éolienne, hydraulique, solaire...), petites entreprises éco- innovantes.
Ce bras financier, c'est la Banque européenne d'investissement (BEI), totalement immune de la crise financière, pesant déjà deux fois et demie la Banque mondiale. Dès lors, une nouvelle combinaison de l'action de la Banque centrale européenne et de la BEI peut formidablement démultiplier, immédiatement, sans attendre les "Etats-Unis d'Europe", ces 5 pauvres milliards d'euros.
Le problème de la conversion écologiste de nos économies est en effet que ses acteurs sont d'une part des collectifs (collectivités territoriales qui investiront dans les réseaux de transports en commun, sociétés HLM ou associations de copropriétaires en charge d'isoler et "solariser" les immeubles), et d'autre part des petites entreprises écotechnologiques innovantes ne disposant pas du "trésor de guerre" des multinationales. Ces acteurs de la conversion ont besoin de crédits, et à taux zéro : quand on investit pour la planète et les générations futures, on pose que le futur a autant de valeur que le présent. Les projets existent, les plans sont là, manque le financement.
Ce financement, la BEI peut le fournir. Il suffit pour cela qu'elle prête directement aux agents et qu'elle se refinance auprès de la Banque centrale européenne. Celle-ci, qui s'est résignée à refinancer les titres toxiques des banques et des Etats (de plus en plus endettés), ne pourra trouver que des avantages à émettre de la monnaie en faveur d'une institution aussi solide que la BEI. Et ce pour des projets ayant immédiatement un effet productif (donc non inflationnistes) et qui, en réduisant la dépendance énergétique de l'Europe et les risques climatiques, assure à terme un développement financièrement et écologiquement soutenable.
Encore la Banque centrale exigera- t-elle de la BEI des garanties plus solides que ses actuels fonds propres, et ne pourra-t-elle prêter qu'à son taux le plus bas. C'est ici que nous retrouvons nos 5 malheureux milliards. Qu'ils abondent un fonds de garantie et de prise en charge des intérêts des prêts "verts" de la BEI, sous contrôle parlementaire. C'est environ 200 milliards que la BEI pourra prêter à taux zéro ! On change d'échelle. Et ce mécanisme pourrait être encore élargi, notamment grâce à la mise aux enchères des quotas d'émissions de gaz à effet de serre.
Parmi la multitude de projets qui n'attendent que le financement, les plus rapides à mettre en œuvre sont les myriades de chantiers d'isolation des logements et les centaines de milliers d'investissements décentralisés dans les énergies renouvelables. Ils mettront au travail une quantité considérable d'artisans et de petites entreprises. La vraie limite sera plutôt du côté de la main-d'œuvre bien formée immédiatement disponible !
Certes, les effets sur la qualité de vie des plus démunis n'apparaîtront qu'à terme, par les économies sur les charges locatives et le coût des déplacements, sauf si l'on en profite pour lancer de grands plans de formation professionnelle rémunérée, qui leur seraient destinés. Car c'est aujourd'hui qu'ils sont frappés par la remontée du chômage qui vient s'ajouter à la précarité qu'ils connaissent depuis un quart de siècle. Mais cela ne fait que pointer la nécessité d'une Europe sociale, c'est-à-dire de la hausse coordonnée des droits sociaux et des revenus minimaux à l'intérieur de l'Europe. Autre chapitre tout aussi nécessaire qui n'exige pas, lui, de financements publics, mais un partage de la richesse produite.
Oui, l'Europe, même en l'état, apporte un plus, et plus d'Europe apportera encore plus. Alors, commençons tout de suite.
Pierre Jonkheer, Alain Lipietz et Claude Turmès''
mardi 24 mars 2009
Par Jacky le mardi 24 mars 2009, 23:59

Tout d'abord, je vous fais mes excuses pour le silence de ce blog depuis quelques semaines. J'ai été victime de pannes répétées de ma connexion internet. Dont une de plus de trois semaines !
Je reprends donc le fil, avec, cette fois, une interview de Phiippe Lamberts, deuxième sur le liste européenne d'Ecolo, juste après Isabelle Durant.
Philippe, tu n'es pas le plus connu sur la liste européenne d'Ecolo et , pourtant tu occupes depuis des années un rôle important au sein du parti vert européen. Peux-tu nous expliquer la nature de ces fonctions ainsi que l'évolution de la coordination au sein de la mouvance verte en Europe ?
En fait, c’est toi qui m’a le premier encouragé à m’engager au niveau des Verts européens, puisque, secrétaire fédéral d’Ecolo, tu m’avais désigné comme membre de notre délégation aux premiers congrès de ce qui s’appelait encore la Fédération Européenne des Partis Verts, à Vienne en 1996 puis à Paris en 1999. C’est cette année là que j’ai remplacé Olivier Deleuze – entretemps devenu secrétaire d’Etat à l’énergie dans le gouvernement arc-en-ciel – comme représentant d’Ecolo à la FEPV. En mai 2003, alors même que l’arc-en-ciel vivait ses derniers jours, j’ai été élu membre du comité exécutif de la Fédération, qui un an plus tard, à Rome, se transformait en Parti Vert Européen. C’est en 2006 que j’ai été porté à sa tête, en compagnie d’Ulrike Lunacek, une députée autrichienne qui actuellement mène dans son pays la liste des Verts pour le Parlement Européen.
Ces dix années passées au sein des Verts européens m’ont permis d’être à la fois témoin et acteur de l’émergence des Verts comme force politique européenne. A l’origine, la FEPV était d’abord un lieu qui devait permettre aux verts – principalement d’Europe occidentale – de se rencontrer pour faire connaissance. Au fil des ans, nous y avons consacré nos énergies à rapprocher les points de vue, parfois très divers, de manière à ce que les écologistes parlent aussi clair que possible d’une même voix. Je peux te dire que sur des sujets comme les guerres dans les Balkans – faut-il intervenir ou non, quid de notre choix pour la non-violence… - , c’était parfois du sport. Avec notre transformation en PVE, il s’agit d’incarner non seulement un parler mais surtout un agir commun.
Les Verts Européens non seulement partagent une vision commune – sur l’environnement, sur la politique sociale, sur les migrations, sur l’économie, sur l’avenir de l’Europe… – mais sont aujourd’hui la force politique qui agit avec le plus de cohérence. Cela se voit bien sûr au Parlement Européen, mais aussi dans ce que font les Verts dans les divers gouvernements nationaux, régionaux ou locaux auxquels ils participent au travers du Vieux Continent. Nous pouvons légitimement en être fiers et surtout en tirer argument face aux autres familles politiques qui souvent agissent de manière contradictoire, d’un pays à l’autre et d’un niveau de pouvoir à l’autre.
La mouvance verte, comme tu l’appelles, est véritablement une force politique avec laquelle il faut compter en Europe.
La chute du Mur de Berlin a-t-elle eu des répercussions importantes pour les verts du continent ?
En fait, avant même que le Mur ne tombe, les Verts européens avaient des contacts étroits avec la société civile dans les pays du bloc soviétique. En Allemagne bien sûr, mais aussi au sein des milieux dissidents de Tchécoslovaquie, de Hongrie, … Dès 1991, le Green East-West Dialogue était institué pour permettre un échange d’expériences entre partis déjà institués depuis une dizaine d’années à l’ouest et ceux qui se formaient à l’est.
Il faut cependant reconnaître qu’à l’est, la course à l’économie de marché a fait passer les préoccupations de développement durable et solidaire à l’arrière plan et que les partis verts ont eu de sérieuses difficultés à s’y implanter de manière solide. Il a fallu attendre 2006 pour que des Verts rejoignent pour la première fois un gouvernement d’un pays anciennement communiste, la Tchéquie. De même, ce n’est que récemment que nos amis allemands réussissent à passer le seuil électoral de 5% dans les Länder de l’est.
Les Verts d’Europe centrale et orientale sont-ils différents de ceux de l’ouest ? Pas vraiment ; il n’est sans doute que sur les questions économiques qu’on sent une plus grande réticence par rapport à une régulation qui serait trop forte. Il faut bien admettre qu’au sortir d’une économie dirigée pendant quatre décennies, ça peut se comprendre. Ceci dit, il s’agit plus de différences d’accent que de substance : je veux souligner que notre ligne politique économique a été adoptée à l’unanimité par le Conseil du PVE.
La crise boursière et financière a quelque peu relégué au second plan la crise écologique. Pourtant ces deux crises me semblent avoir des liens étroits. Qu'en penses-tu ?
Entièrement d’accord avec toi. En fait, le modèle de développement économique dont nous vivons – espérons-le – la fin, se base sur l’exploitation sans bornes des ressources et des personnes en vue de la maximisation à court terme d’un seul paramètre : le bénéfice pour l’actionnaire. Et ce dans un contexte de régulation minimale sinon inexistante et d’information inégale des acteurs, la fameuse (et inexistante) main invisible assurant la bonne marche de l’ensemble. Dans la sphère financière comme dans le monde matériel, règle le dogme « the sky is the limit », autrement dit qu’il n’y a pas de limites ni de risques. Or, rien n’est moins vrai et ce sont ces limites et ces risques, bien réels, qui en quelque sorte nous ont sauté à la figure, faisant trinquer d’abord les plus faibles.
Mais plutôt que me lancer dans une longue exégèse des causes de la crise, qu’il serait trop long de développer ici, je pense que l’urgence est à la mise en place de solutions, qui passent pour moi par une refondation de notre mode développement sur des bases différentes : une économie mise au service du développement humain, et pas l’inverse ; l’égalité des droits réels ; une manière de vivre en harmonie avec les limites de notre planète et avec l’exigence de justice sociale. Et c’est là que les solutions aux différentes crises se rejoignent : la transformation verte de nos manières de produire énergie et biens matériels, de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, … est un chantier à la fois immense et urgent. Et c’est aussi le seul qui ait l’ampleur requise pour re-mobiliser et réorienter notre économie. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls à le dire : le Programme des Nations Unies pour l’environnement affirme qu’entre 20 et 30 millions d’emplois sont à créer dans l’économie verte.
Il s’agit donc que l’ensemble des acteurs – gouvernements, entreprises et citoyens – se saisissent de leurs responsabilités respectives pour réussir à relever un défi sans précédent.
L'élargissement de l'Europe sans approfondissement de ses institutions et de ses processus de décision n'a-t-elle pas été une énorme erreur ? La règle de l'unanimité en matières fiscales et sociales n'est-elle pas un handicap terrible à la cohésion et à la convergence de l'Union et à sa capacité d'influence sur la scène internationale ?
Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Il était – et reste - de la responsabilité historique de l’Union Européenne d’offrir une perspective réelle d’inclusion à tous les Etats du continent. Conditionner leur adhésion à un approfondissement – de nature fédérale – de l’UE équivalait à la renvoyer à un avenir à ce point éloigné que la promesse en devenait vaine. Quel tour aurait alors pris le développement non seulement économique mais surtout politique de ces Etats auxquels la porte de l’Union aurait été de facto close ? Même si on ne peut dire que tous les nouveaux Etats-membres sont des modèles de démocratie et de transparence, il n’en reste pas moins qu’ils sont engagés dans un processus qui y mènera plus sûrement que ne l’aurait fait un maintien durable hors de l’Union.
Cependant, il est clair que la crise que nous vivons met à nu les limites du modèle. La concurrence fiscale et sociale montre aujourd’hui ses effets : des Etats-membres comme l’Irlande ou les pays Baltes qui la pratiquaient agressivement subissent un retour de bâton violent. Plus grave, l’absence d’un véritable gouvernement européen, doté de ressources fiscales propres, rend extrêmement difficile l’adoption par l’Union Européenne des mesures indispensables pour répondre à la poly-crise que nous vivons. Qu’il s’agisse de régulation des marchés ou d’engager un plan d’investissement vert massif et concerté, nous avons besoin d’instruments qui nous permettent d’agir ensemble.
Ceci dit, plus encore que les institutions ou les ressources fiscales, ce qui manque en Europe c’est d’une volonté politique commune. Dans le domaine de la politique extérieure ou de sécurité, les Etats-membres de l’Union ont d’abord décidé d’agir ensemble avant de commencer à construire les instruments communs. De la même manière la mise en route d’un Green New Deal européen exige d’abord une volonté politique commune ; si elle existe, « l’intendance suivra ». Plus que les institutions, c’est cette volonté qui manque le plus : de Barroso à Brown en passant par Sarkozy, Merkel, Berlusconi et les autres, tous agissent comme s’ils étaient convaincus que des réponses nationales valent mieux qu’une réponse commune.
En attendant, les Etats-Unis d’Obama et la Chine avancent : selon une analyse des plans de relance faite par la banque HSBC, les Européens ont prévu d’investir 54 milliards d’€ dans des projets verts sur les deux années qui viennent. Moitié moins que les Etats-Unis et cinq fois moins que la Chine et la Corée du Sud réunies. Ce n’est pas ainsi que l’Europe se hissera à la pointe de la révolution verte !
L'Europe a bon dos. Certains groupes parlementaires approuvent des directives et, ensuite se plaignent de leur répercussions au niveau de leur espace national. Peux-tu nous en donner des exemples ?
Cela va beaucoup plus loin que cela : en réalité s’est constituée au Parlement Européen une sorte de grande coalition entre les conservateurs (càd le PPE, parmi lequel on retrouve le CdH et le CD&V mais aussi les amis de Berlusconi) et les socialistes qui, avec le soutien des libéraux, ont mené la politique de dérégulation et du tout à la concurrence et au marché, comme par exemple pour la Poste. Ainsi par exemple sur les services économiques d’intérêt général, les Verts se battent depuis des années pour une directive cadre, qui en quelque sorte immunise ces services des règles de la concurrence du marché intérieur. Là-dessus, nous avons été battus par une coalition des trois familles politiques traditionnelles.
Que les libéraux européens plaident pour le marché, rien que le marché, tout au marché peut se concevoir. Il est par contre ahurissant que les principaux leaders gouvernementaux socialistes – Zapatero et Brown en tête – affichent sans hésitation leur soutien à la reconduction de l’équipe en place à la Commission, Barroso en tête, celle-là même qui a accéléré la dérégulation en Europe.
L'élection de Barack Obama à la Présidence des USA aura-t-elle des conséquences positives sur les relations entre" l'ancien et le nouveau monde" et sur les relations diplomatiques, écologiques et économiques à l'échelle planétaire ?
Je crois en tous cas que les premières mesures prises par l’administration Obama indiquent un changement de cap assez radical. Dans son discours de victoire, il pointait les quatre défis auquels les Etats-Unis sont confrontés : deux guerres, une crise économique et financière et la crise climatique. Cette dernière sera au cœur de ses premiers entretiens avec l’UE à Prague, en avril. Jamais on n’aurait pu attendre cela de l’administration Bush, qui en était encore à nier la réalité du changement climatique.
Il est frappant de voir que les éléments principaux des deux premiers plans de relance sont, outre le sauvetage du secteur bancaire, l’éducation, la protection sociale et la lutte contre le changement climatique. Si les finances publiques des USA sont dans un triste état - déficit budgétaire de 10% du PIB et une dette publique de 11.000 milliards de dollars – l’administration Obama semble au moins avoir un sens des priorités plus conforme aux besoins réels que les leaders européens du moment.
De même, la manière dont Obama aborde les conflits en cours, notamment ou Moyen Orient, me semble à la fois plus réaliste et plus équilibrée.
L’Europe se trouve donc confrontée à un défi de plus. L’administration Bush était finalement un repoussoir confortable, qui faisait apparaître l’Europe comme un havre de raison et une pionnière de la lutte contre le changement climatique. Aujourd’hui, nous voici mis au pied du mur : si l’Europe veut peser sur la réponse aux défis écologiques, économiques et sociaux auquel le monde est confronté, elle va devoir se hisser au même niveau d’ambition que son partenaire américain.
Quel devra être le rôle primordial du Groupe des Verts dans le prochain Parlement européen ?
A nouveau peser plus fort que notre poids numérique ne le laisse penser !
Plus qu’un aiguillon, nous devrons être le catalyseur de majorités de changement au sein du Parlement. Nous sentons bien que le ciment de la pensée unique est en train de se fissurer, dans toutes les familles politiques (sauf peut-être chez les libéraux, mais leurs électeurs, eux, se posent des questions…).
Même si les gouvernements des Etats-membres font encore preuve d’une redoutable myopie, le Parlement peut utiliser tous ses moyens pour impulser des politiques qui mettent en route le Green New Deal en Europe, et c’est à cela que nous nous consacrerons ! N’oublions pas que le budget de l’UE doit être approuvé par le Parlement et qu’il couvre des réalités aussi diverses que les fonds structurels, la politique agricole commune, des programmes de recherche, … Le paquet climat-énergie, insuffisant pour nous, peut et doit être revu et accéléré.
Quelles seront tes propres priorités ?
Venant du monde de l’entreprise, je souhaite me focaliser sur les questions économiques, financières et monétaires. Je veux convaincre, au sein du Parlement et au dehors, de la la pertinence des solutions que les Verts préconisent pour répondre à la crise et tordre le cou à ce canard selon lequel l’écologie est le fossoyeur de l’économie. Au dix-neuvième siècle, les bons esprits prétendaient que donner des droits sociaux aux travailleurs allait tuer les entreprises. Aujourd’hui, on nous assène que prendre en compte le changement climatique, la santé des gens ou les droits à une vie décente pour les milliards de gens qui vivent au sud anéantira nos économies. Nous allons démontrer l’exact opposé : c’est justement au prix du respect de ces impératifs que nos économies fonctionneront réellement au service du bien commun.
J’ai aussi conscience que la valeur du travail accompli au sein d’un Parlement où les Verts sont encore loin d’être dominants (!) ne peut être que renforcée par une présence soutenue hors des murs du Parlement. En préparant la campagne du PVE, j’ai pu rencontrer nombre d’ONG, de syndicats, d’entreprises qui ont pu me donner la mesure des attentes de changement. C’est dans la réalité vécue sur le terrain que le travail politique prend son sens. En 2008, j’ai eu le plaisir de visiter douze des quinze régionales d’Ecolo pour parler de politiques européennes ; j’ai pu constater l’intérêt de tous pour ces enjeux et la nécéssité d’en débattre régulièrement pour que chacun puisse se les approprier et se former sa propre vision. Cela aussi fera partie de mon agenda politique.
Enfin, tu ne seras pas surpris que le PVE, lieu principal de mon engagement politique depuis 10 ans, restera au cœur de mes préoccupations.
Dernière question: tu travailles dans le secteur privé. Quelles sont les réactions de tes collègues et contacts à ta candidature et au programme des écologistes: mépris ou compréhension, hostilité ou adhésion ?
Cela fait 22 ans que je travaille dans le privé et 17 ans que je suis engagé en politique. Au travers des victoires et des défaites d’Ecolo, je n’ai jamais mis mon drapeau vert en poche. Dans l’entreprise où je travaille, le fait d’être engagé en politique est d’ailleurs plutôt valorisé. Mon management, mes collègues et clients n’ont donc pas vraiment été surpris que je décide de tenter le grand saut (même si le timing en a étonné certains) et je n’ai reçu que des encouragements.
Au-delà, je sens autour de moi une grande attente à l’égard d’Ecolo. Au fil de ces dernières années, nous avons su construire une crédibilité – notamment sur les thématiques économiques – qui porte ses fruits aujourd’hui. Le projet de société que nous défendons, les personnes qui le portent et notre attitude à la fois radicale et réaliste font de nous l’acteur de changement le plus crédible.
Un ancien client me disait l’autre jour « Tu sais, j’ai maintenant la conviction que nous devons changer de manière de vivre. Le défi des écologistes est d’avoir la pédagogie pour convaincre chacun d’entre-nous que le premier pas de ce changement est à notre portée et qu’en plus, la vie n’en sera que plus belle »
J’engage à présent un nouveau tour de la Belgique francophone, qui va me mener à la rencontre – en public et en privé – de centaines de nos concitoyens. Si j’y rencontre le même écho que celui qui m’est venu jusqu’ici des mes collègues et de mes amis, je suis convaincu que le rendez-vous du 7 juin ne sera pas triste pour les Verts.
lundi 2 février 2009
Par Jacky le lundi 2 février 2009, 21:04

Comme elle l'avait écrit sur ce même blog, Isabelle Philippon, l'une des quatre journalistes licenciées du Vif, se déclarait prête à livrer son vécu et son analyse de cet évènement qui a fortement agité la blogosphère et le monde des médias.
Elle a tenu parole et m'a accordé une interview et je l'en remercie. D'autant plus qu'elle s'applique à elle-même la règle qu'elle a toujours tenté d'imposer à ses interviewés durant sa carrière au Vif: pas de langue de bois !
Isabelle, tu as envoyé un commentaire sur mon blog où tu te déclares dispo à donner toutes les explications sur le pourquoi de ces quatre licenciements. Es-tu toujours dans le même état d'esprit ?
Oui, bien sûr ! Moins pour moi – même si cela fait du bien de faire l'objet de tant de marques de soutien et de recevoir tant de manifestations de solidarité – que pour mes ex-collègues qui travaillent toujours au Vif. Je souhaite qu'à l'avenir personne, au Vif, ne puisse être traité de la sorte. Au-delà, je pense que ce séisme largement médiatisé peut être utile pour l'ensemble des journalistes, de plus en plus mis sous pression et précarisés. Voilà pour le préambule.
Venons-en aux faits. Avant de tenter de voir clair dans les raisons de ces licenciements, je crois qu'il faut revenir sur les conditions dans lesquelles ils se sont déroulés. Cela en dit long sur les valeurs et les pratiques de certains « patrons de presse » ou, en tout cas, sur Amid Faljaoui, le directeur du Vif/L'Express et de Trends-Tendance, qui est, je crois, un cas à part dans le petit monde de la presse.
1/ SMS laconique envoyé par Amid Faljaoui, la veille au soir, me convoquant sur un lieu autre que mon lieu de travail habituel : « Je veux te voir à 9h30 demain, à Zellik » (je l'ai conservé précieusement). J'ai immédiatement téléphoné à Dorothée Klein, ma rédactrice en chef, pour savoir si elle savait de quoi il s'agissait. Elle n'était au courant de rien et elle-même était convoquée à 9 h, soit une demi-heure plus tôt. Renseignements pris, 2 autres journalistes étaient également convoquées : au total, 4 femmes ! ; 2/ Notification du licenciement des 3 journalistes (la rédactrice en chef, virée également, s'était vue signifier son congé juste avant nous), dont moi, le lendemain matin, par Amid Faljaoui ; 3/ Cette communication a duré trois minutes, et Faljaoui ne m'a pas regardée une seule fois : il suait le malaise . On peut le comprendre : quelques semaines auparavant, il m'envoyait encore un mail de félicitations pour mon « remarquable travail » (je l'ai, aussi, préciseusement gardé)! Et, trois semaines plus tôt, j'avais été priée de retarder mes vacances de fin d'année pour sortir, avec mon collègue et ami Philippe Engels, un supplément spécial sur la chute d'Yves Leterme ! ; 4/ Il a tenu les propos suivants : « Il fallait du changement au Vif. La rédactrice en chef a été virée pour incompétence. Mais on ne pouvait pas se contenter de ne couper que la tête : il fallait aussi s'en prendre aux membres de la rédaction, pour faire en sorte que l'ambiance au Vif change et que les autres marchent au pas à l'avenir. C'est tombé sur vous, mais cela aurait pu tomber sur trois autres têtes » ; 5/La responsable du personnel nous a ensuite communiqué la durée de notre préavis (non presté) : le minimum légal. Tant qu'à faire, autant ajouter l'avarice sordide à l'inélégance. 6/ Elle nous a également ordonné de ne plus nous rendre sur le lieu de notre travail, où nous avions pourtant laissé toutes nos affaires, notre ordinateur, nos contacts, notre documentation et autres affaires personnelles ; 7/ De retour chez nous, j'ai voulu prévenir mes relations professionnelles de mon licenciement, de façon à ce qu'elles arrêtent de m'envoyer des messages au Vif. Las ! L'accès à mes mails était déjà verrouillé : on avait ajouté la violence et la censure à l'avarice et à l'inélégance ; 8/ Nous avons pu retourner sur notre lieu de travail le samedi, lorsque les bureaux étaient vides. Une vingtaine d'années de documentation à trier, cela ne se fait pas en deux heures. Pourtant, à midi, un garde de la sécurité est venu nous ordonner de partir : il n'avait pas l'autorisation de nous accepter à l'intérieur du bâtiment après midi. A ce moment, nous aurions dû le laisser appeler la police et, de notre côté, rameuter les copains journalistes et caméramen, pour qu'ils viennent filmer ce qui était en train de se passer, mais nous étions trop sonnées pour y songer.
On avait ajouté la vulgarité à la censure, la violence, l'inélégance et la cupidité ! Telles semblent être devenues, aujourd'hui, les « valeurs » du groupe Roularta…
Plusieurs thèses ont circulé: rédaction trop critique à l'égard des positions flamingantes, tensions croissantes au sein de la rédaction, influence (in)directe du PS à la veille des élections, peopolisation-marcandisation de l'hebdo. Ces thèses te semblent-elles crédibles ou en vois-tu une ou plusieurs autres ?
Une semaine après notre licenciement, alors que la polémique faisait rage (au grand désespoir de Faljaoui qui avait cru pouvoir « nettoyer » le Vif en toute discrétion), nous découvrions, dans le Soir, ces propos d'Amid Faljaoui : « Les journalistes licenciées avaient un problème avec l'éthique ». Nous aurions formulé, aussi, des « fatwas intellectualisantes ». Dans La Libre, il assure nous avoir virées parce que « les ponts étaient définitivement coupés entre la rédaction en chef et une majorité de la rédaction ». Dame ! Avions-nous été promues à notre insu ?, Etions-nous devenues adjointes à la rédaction en chef ? Balivernes, que tout cela ! Le cas de Dorothée Klein, l'ex-rédactrice en chef, est à dissocier de celui des 3 journalistes virées dans son sillage : le statut de rédac chef est une position risquée, l'interface entre les managers et les journalistes, le premier fusible que l'on fait sauter lorsque les choses tournent à l'aigre. Les journalistes, en principe, ne sont virés que s'ils sont incompétents, paresseux, réfractraires à l'autorité. J'ai la faiblesse de croire que notre incompétence, notre parresse ou notre résistance à l'autorité auraient été repérées avant quenous n'ayons, ensemble, atteint 55 ans d'ancienneté au Vif ! J'ai, pour ma part, remporté 7 prix de journalisme. Pascale Gruber, spécialisée en articles médicaux et scientifiques, en a récolté 3. Soyons sérieux. Il est clair que les raisons de notre licenciement se trouvent ailleurs.
Pascale Gruber était la présidente de la Société des journalistes du Vif. A ce titre, elle se faisait le porte-voix des inquiétudes de l'ensemble de la rédaction quant à l'évolution de la ligne éditoriale, de la peopelisation du magazine, de la disparition des sujets de fond au profit d'articles d' « actu », légers, « réactifs », ainsi que des couvertures de plus en plus « accrocheuses », « coup de poing » (exemples : « Comment l'Islam menace l'école » et la série de covers anti-flamandes). Bref, elle relayait nos inquiétudes devant la constatation que la forme prenait de plus en plus souvent le pas sur le fond. Autrement dit : aux yeux de la hiérarchie et des « managers », elle était considérée comme encombrante, dérangeante. Elisabeth Mertens, quant à elle, ex-coordinatrice des pages culturelles, a fait les frais de la création du supplément Focus, axé sur la « culture jeune » et désormais vendu en même temps que Le Vif et Week-End,son supplément « lifestyle » : puisqu'un nouveau rédac chef avait été nommé à la tête de Focus, cela faisait beaucoup (trop) de monde pour la gestion de la culture, une rubrique de plus en plus négligée dans un magazine de plus en plus people. Quant à moi, journaliste politique depuis vingt ans au Vif, j'occupais une fonction « en vue ». J'étais fort visible dans les colonnes du magazine, sur la scène de la rentrée politique du Vif (co-organisée, ces dernières années, avec la RTBF), mais également à l'extérieur, sur les plateaux de télé, à la radio, dans les débats publics. Cela a dû faire peur à Christine Laurent, la nouvelle rédac chef, soucieuse de se créer, pour elle-même, une visibilité dont elle est jusqu'ici cruellement dépourvue : je l'imagine très bien « échangeant » son arrivée à la tête de la rédaction du Vif contre mon licenciement. Je vois, aussi, une autre raison à mon licenciement : à plusieurs reprises, l'air de ne pas y toucher, Amid Faljaoui avait souligné mon « impertinence », ma liberté de ton, mon indépendance à l'égard de l'establishment. Or le directeur du Vif et de Trends n'aime rien davantage que la fréquentation de l'élite politique et économique. Il s'y fait des relations, il flatte d'importants egos qui lui rendent la pareille. L'impertinente que j'étais a dû, parfois, lui valoir quelques remarques acerbes d'une éminence ou l'autre, président de parti, ministre en vue. Un vrai journaliste, voire un patron de presse soucieux de la qualité de son magazine et de l'ndépendance de ses journalistes, en aurait éprouvé de la fierté. Lui, au contraire, en était contrarié. Ainsi, en me congédiant pour libérer de l'espace pour Christine Laurent, il se faisait également plaisir : cela s'appelle joindre l'agréable à l'utile.
Es-tu d'accord avec le texte de la tribune libre des universitaires et journalistes ? Que penses-tu du buzz sur le net qui a forcé La Libre et Le Soir à y donner suite ?
Je suis entièrement en accord avec la tribune libre intitulée « Un journalisme mis au pas ». Au-delà de mon petit sort personnel, de celui de mes 2 collègues d'infortune et de celui de mon ex-rédactrice en chef (laquelle a été instrumentalisée par Amid Faljaoui avant d'être désavouée par lui), c'est l'avenir de la presse, la liberté des journalistes, qui est en jeu ici. Je pense qu'à cet égard, le cas du Vif est emblématique : ce magazine, qui était un journal de référence jusqu'il y a peu, a perdu de sa qualité en très peu de temps. La preuve que des egos surdimensionnés, un goût immodéré pour le pouvoir et l'absence de projet rédactionnel peuvent, très rapidement, avoir un impact dramatique. On a l'impression que les managers du Vif « jouent » avec le magazine comme s'il s'agissait de leur hochet, sans se préoccuper de ceux et celles qui le font, et sans se préoccuper, non plus, de ses lecteurs. On croyait l' « institution » Vif insubmersible, il n'en est rien : si l'on ny prend garde, le navire peut couler. Bien sûr, le « trend » actuel, pour emprunter au jargon franglais à la mode, n'est pas favorable à la presse : les gens lisent, paraît-il, de moins en moins, le métier change (ces derniers temps, j'étais fort sollicitée pour pondre des articles destinés à l'Internet, en plus de ma production « papier »), le secteur subit de plein fouet la crise économique et la diminution des budgets publicitaires. Dans les quotidiens, l'heure est aussi aux restructurations. Par conséquent, les rédacteurs en chef de La Libre et du Soir ont pu se sentir visés par les propos des signataires de la carte blanche intitulée « Un journalisme mis au pas ». Sans doute, et on peut le comprendre, ont-ils répondu, dans un premier temps, à un réflexe un brin corporatiste : entre patrons, épargnons-nous. Peut-être, aussi, ont-ils jugé que la charge contre Amid Faljaoui était trop violente, qu'elle ne pouvait être le reflet de la réalité, qu'elle était fatalement caricaturée. Qu'ils se rassurent : les méthodes dénoncées dans cette carte blanche sont le pur reflet de la réalité mais, fort heureusement, elles restent le fait d'une toute petite minorité de « managers » qui croient avoir tous les droits et se comportent comme de vulgaires mercenaires. Les rédacteurs en chef de La Libre et du Soir sont, je le crois, d'une autre espèce. Le succès rencontré par cette carte blanche sur le Net -lequel a finalement forcé les deux quotidiens à revenir sur le sujet - prouve qu'il est vain, désormais, de vouloir confisquer une information, étouffer un débat, d'espérer éviter une polémique. Il prouve aussi que les citoyens sont particulièrement sensibles au sort que l'on réserve aux journalistes, à la qualité de l'information, à la liberté et l'indépendance de la presse. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle !
Comment vois-tu l'évolution du Vif, dans sa ligne éditoriale et dans les relations entre la rédaction et la direction ?
Pour mes collègues, je souhaite sincèrement que les choses se calment, que les relations entre les journalistes et la direction se pacifient. Je me dis qu'après cette deuxième purge (la première ayant eu raison de vraies grandes carrures, à savoir Jacques Gevers, Stéphane Renard et Jean-François Dumont, respectivement directeur de la rédaction, rédacteur en chef et rédacteur en chef adjoint), les « chefs » vont sans doute se calmer, tenter de désamorcer les tensions. En réalité, il y va de la survie du titre et, aussi, de leur propre emploi. Sur l'évolution de la ligne éditoriale, hélàs, je nourris les craintes les plus vives. Que la patronne du supplément Week-End endosse, désormais, la direction du news, n'augure rien de bon quant au fond. Vous faites allusion, dans votre question, à l'intervention (in)directe du PS. Là-dessus, mon opinion n'est pas faite. Certes, j'ai reçu des témoignages de soutien de TOUS les partis politiques, à l'exception notable du parti socialiste : peut-être est-ce dû, effectivement, au fait que l'on s'y réjouit de l'arrivée de Laurent , réputée proche du PS, à la barre du Vif. J'ai entendu, ces derniers jours, beaucoup de commentaires allant dans ce sens. Je crains, pour ma part, que la réalité soit plus grave encore : que la direction du Vif soit, à l'avenir, soucieuse de ménager TOUS les décideurs, de ne froisser la susceptibilité de personne, si ce n'est celle de petits poissons ou d'ambulances sur lesquelles il ne coûte plus rien de tirer. On verra rapidement quel type de journalisme sera désormais appliqué au Vif. Mais les lecteurs seront meilleurs juges que moi. J'ai, désormais, autre chose à faire…
Comment, humainement, as-tu vécu ton licenciement et les méthodes utilisées pas la direction du Vif ?
D'abord avec sidération : comment peut-on faire preuve d'une telle bassesse et d'une telle vulgarité ? Et puis, est venu le soulagement : quel bonheur de ne plus avoir à mettre ma plume et mes connaissances au service de pareilles personnes !
As-tu des projets pour l'avenir ?
Pour l'instant, je profite de ma nouvelle liberté de parole et de pensée. Je savoure tout le soutien que me témoignent des tas de gens « bien ». Je suis rassurée : le travail effectué durant toutes ces années n'aura pas été vain, puisqu'il aura été reconnu et apprécié par un grand nombre de lecteurs et d'internautes. Et, surtout, je continue de savourer ce sentiment de chaleur, je reste nichée dans la solidarité que m'ont témoignée mes camarades restés au Vif – ils ont fait grève durant 6 jours, et ce malgré de terribles pressions ! C'est si bon, d'avoir de vrais amis… Pour le reste, j'adopte une position de disponibilité, de réceptivité. J'écoute ce que l'on me dit, j'enregistre, j'essaie de « sentir » ce que serait bon pour moi, de réfléchir à qui, à quoi je pourrais me rendre utile à l'avenir. Il est encore un peu tôt pour prendre de grandes décisions. Mais je suis persuadée qu'il y a une vie après Le Vif !
Alors, bon vent, Isa...
dimanche 25 janvier 2009
Par Jacky le dimanche 25 janvier 2009, 19:58

Convoquées la veille, quatre collaboratrices du Vif-L'Express se sont vues licienciées sur le champ jeudi matin par la directon de leur hebdomadaire: la rédactrice en chef, Dorothée Klein, et trois journalistes; Pascale Gruber, Elisabeth Mertens et Isabelle Philippon.
Sans motif, sans explications et avec l'obligation de faire leurs cartons au plus vite. Du balai, quoi. Et avec une brutalité honteuse. La grille Claeys pour le calcul des préavis généralement appliquée aux journalistes ne l'a pas été pour ces quatre-là, qui se retrouvent donc avec une indemnité minimale. Les journalistes ont été en outre priées de venir vider leurs bureaux samedi matin (moment où la rédaction est vide), sous la suveillance d'une envoyée de la direction et d'un vigile qui les ont expulsées après deux heures, les obligeant à laisser sur place une bonne part de leurs archives. De même, elles ont du abandonner leur ordinateur professionnel, c'est-à-dire leurs archives, projets, correspondance internet et, plus grave, leurs listes de contacts et d'informateurs !
Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec les évictions successives, il y a quelques années, de Jacques Gevers, de Jean-François Dumont et de Stéphane Renard, trois excellents journalistes que j'ai eu le plaisir de côtoyer durant ma vie politique et qui avaient réussi à faire du Vif un hebdo de réference dans le paysage médiatique francophone.
Autre signe qui ne trompe pas, la nouvelle rédactrice en chef sera Christine Laurent, qui dirigeait jusqu'ici le Vif-Week-end, supplément que, comme beaucoup, je virais tout droit dans la pile de papiers à recycler tant il me foutait les boules par son côté people, fashion, bling-bling et pubs pour gens très friqués. Le supplément parfait pour les salles d'attente des cabinets de dentisterie ou les salons de coiffure.
La presse, quatrième pouvoir, n'échappe pas à la marchandisation de pans entiers de la société. Le Vif non plus. Il faut vendre à n'importe quel prix et accrocher le chaland, quitte à se livrer aux pires dérapages; comme par exemple lorsque l'hebdo surfe sur la vague anti-islamique par des couvertures nauséeuses comme "Ces belges fous d'Allah" ou "L'islamisme gangrène l'école". Deux couvertures, très différentes par ailleurs des dossiers produits par la rédaction, qui ont valu au Vif, suite à de nombreuses plaintes, de se faire remonter les bretelles et condamner moralement par l'Association Professionnelle des Journalistes et par le Centre pour l'Egalité des Chances. Ou, autre exemple, lorsque la direction met à la file un article sur l'effet de serre et une pub pleine page pour un nouveau modèle de 4X4.
Ces quatre licenciements n'augurent rien de bon.
Monsieur Faljaoui, le directeur, (qui avait déjà suscité une grève de la rédaction lors de sa nomination en 2005) invoque des tensions croissantes au sein de la rédaction pour se justifier. Mais des tensions sur quoi ? Pas un mot. Preuve que le problème est plus profond et que si tensions il y a, ce n'est pas seulement au sein de la rédaction. Preuve aussi: les journalistes se sont mis en grève vendredi et exigé la réintégration des quatre journalistes. Des entrevues ont eu lieu avec le directeur et le responsable du groupe Roularta (propriétaire du Vif), sans aucun résultat. Une nouvelle réunion est prévue lundi.
Le blog Molenews http://molenews.hautetfort.com/, consacrait il y a peu un billet à ce sujet à l'occasion de la mutation forcée au Soir de Martine Vandemeulebrouck du service société (où elle excelle) au site web du journal. Isabelle Philippon envoya le commentaire que voici surle blog:
"Non-respect des droits sociaux des journalistes ? Désamour de la direction à l’égard d’une "résistante" à la peopelisation de l’info ? Il y a sûrement de tout cela dans la mutation forcée de Martine. Mais, plus largement, on peut y voir cette patte qui nous écrase tous. Cette idéologie managériale ne jurant que par la performance économique. Elle est à l’oeuvre depuis très longtemps dans le secteur "marchand". On a cru pendant longtemps aussi, naïvement, que les patrons de journaux étaient mûs par d’autres ambitions, par une vraie passion qui ne s’explique pas que par le goût de l’argent. Aujourd’hui, force est de constater que les journaux, "nos" journaux, sont devenus des produits commes les autres. On pourrait presque parler de "régression morale". L’énorme pression qui pèse désormais sur les journalsites les contraint à se penser eux-mêmes comme des produits et à se vendre en permanence : il faut sans cesse se présenter comme hypermotivé, flexible, adaptable. Il faut proposer des papiers "anglés", "sexys", de plus en plus courts et incisifs. Les relations humaines sont à l’avenant : dans les rédactions, ce n’est plus l’aptitude au dialogue, à la réflexion et à la solidarité qui se trouve privilégiée, mais ce qui contribue au contraire à ruiner cette aptitude : un rapport de plus en plus marchand et stratégique à soi-même et aux autres. Les "résistants", dans ce contexte, n’ont aucune chance..."
C'était le 2 décembre dernier. Prémonitoire ? Inquiétant, en tout cas. Très.
Y aurait-il par ailleurs derrière cette affaire des pressions ou à tout le moins le désir de la direction de faire plaisir à certains à quelques mois des élections ? On sait M Faljaoui très proche d'Elio Di Rupo et Mme Laurent des milieux socialistes en général (son mari fut porte-parole de Guy Spitaels). Or le Vif ne s'est guère montré politiquement complaisant avec le PS (pas plus qu'avec les autres partis d'ailleurs) et a souvent exercé son devoir d'analyse critique des faits et des comportements.
Alors ? Marchandisation et politisation seraient-elles les deux mâchoires de la tenaille ? Rien n'est prouvé mais la question doit en tout cas être posée.
Si tel devait être le cas, ce serait plus inquiétant encore.
Mise à jour
Charles Bricman, ancien journaliste qui a passé quatre années au Vif, informe sur son blog qu'une tribune libre a été rédigée par par divers journalistes et universitaires spécialisés, et non des moindres: Martine Simonis, Secrétaire Nationale de l'Association des Journalistes Professionnels- Pascal Durand, Professeur ordinaire à l'ULg- Benoit Grevisse, directeur de l'école de journalisme de Louvain (UCL)- François Heinderyckx, Professeur ordinaire à l'ULB- Claude Javeau, Professeur émérite de l'ULB- Jean-Jacques Jespers, directeur de l'école universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB)- Hugues le Paige, journaliste- Gabriel Ringlet, Professeur émérite de l'UCL- Marc Sinnaeve, Président du Département journalisme de l'IHECS.
Cette tribune a été refusée par les rédacs chefs du Soir et de La Libre. Voir commentaire n°8 de Charles, avec un lien direct vers le blog, ou il publkie également la consternante réponse du rédac chef de La LIbre, Michel Konen, à une lettre que lui a envoyé sa rédaction pour soutenir la publication de la tribune.
Le texte de cette tribune est publié intégralement sur le blog d'Hugues Lepaige, à l'adresse:
http://blogs.politique.eu.org/hugueslepaige/index.html
Mise à jour 2
Suite au refus de publier la tribune, un énorme buzz a circulé sur la toile toute la journée d'hier. Avec un résultat positif. La Libre publie la tribune avec les commentaires de son rédac chef et Le Soir y consacre un article avec un lien vers le texte complet, publié sur le site de l'AJP (Association des Journalistes Professionnels). Cela ne change rien au fond de l'affaire, mais prouve au moins que les mobilsations sur le net peuvent s'avérer très efficaces. La rédaction du Vif a repris le travail, les indemnités des quatre licenciées ont été revues à la hausse et un faux Vif sortira demain (sans avoir été écrit par la rédaction). Un précédent dangereux. Qui rappelle les conflits sociaux aux USA dans les années trente, lorsque le patronat engageait des "jaunes" pour remplacer les travailleurs en grève sur les machines. Vous avez dit régression ? Un grand gâchis en tout cas.
mardi 20 janvier 2009
Par Jacky le mardi 20 janvier 2009, 17:15

"Uninvolved" ? D'apès mon dico Harrap's, ce terme signifie "non concerné", "non impliqué", "non mêlé à une querelle".
Cette photo saisissante traduit de façon cinglante l'incapacité congénitale de l'ONU à stopper les conflits les plus sanglants, ne fût-ce que pour laisser le temps à la médiation et à la négociation.
Au Rwanda, au Darfour, au Nord Kivu comme à Gaza, les soldats onusiens en ont été réduits à assister en spectateurs passifs des pires atrocités. Pourtant, la Chapitre 7 de la Charte fondatrice des Nations Unies est très clair: il autorise et légitime le recours à la force dans les cas de conflits militaires, a fortiori lorsque des civils en sont victimes.
Je hais toutes les guerres. J'ai été objecteur de conscience et ai effectué mon service civil. Pourtant le recours à la force armée est parfois l'ultime recours efficace, non pas pour prendre parti mais pour protéger les populations civiles et les infrastructures et fournitures de première nécessité (hôpitaux, écoles, alimentation en eau, nourriture, médicaments, aide humanitaire et énergie).
Plus de 1200 morts. Pour rien. Retour à la case départ. La martyrologie des terroristes du Hamas ne fera que s'amplifier, de même que la victimologie des faucons du gouvernement Olmert. Au point d'importer le conflit jusque dans les pays occidentaux.
Sur ces différents aspects, je recommande la lecture du blog de mon ami Henri Goldman à l'adresse suivante:
http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html
Face à ce grave constat de carence, une réforme de l'ONU s'impose, à commencer par la suppression du droit de veto accordé aux cinq vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Il y a 63 ans ! Nous avons changé de siècle et ce droit de veto est obsolète et source de paralysie, comme l'a cruellement démontré l'inaction forcée des casques bleus lors du génocide qui eut lieu durant d'interminables semaines de massacres planifiés en 94 au Rwanda, avec pour résultat près d'un million de morts parmi les tutsis et les hutus modérés.
Face à de tels drames, il est vain et inefficace de renvoyer les adversaires dos à dos et de lancer des appels pieux à la raison, au cessez-le-feu et au dialogue.
Encore faut-il de pas jeter de l'huile sur le feu. Le groupe Ecolo du Parlement wallon a mis le doigt sur une aberration incroyable. Le groupe Dexia (banque des collectivités locales et de la région wallonne) participe - via une filiale en Israël - au financement de l'implantation de colonies en Cisjordanie ! Quant on sait que ces implantations illégales sont une des sources majeures du conflit, on en reste pantois. Le gouvernement a été interpellé et une motion déposée. J'y reviendrai prochainement. Toutes les infos sont disponibles sur le site ecolo.be.
mercredi 31 décembre 2008
Par Jacky le mercredi 31 décembre 2008, 16:42
illu
Philippe Mercenier http://zurbains.skyrock.com
Ainsi donc, nous aurons un nouveau gouvernement vendredi après le vote de confiance de la Chambre.
Y a-t-il tout lieu de s'en réjouir ? Que nenni non point.
D'accord, le pays évite des élections anticipées qui marqueraient, en Flandre, une montée des partis séparatistes, populistes et fascisants. Ce qui rendrait la situation encore plus kafkaïenne et la simple gouvernance (via la recherche d'une majorité parlementaire) transformée en cauchemar.
Mais, au-delà de ce soulagement -qui risque bien de n'être que temporaire- le mini remaniement ministériel ne change rien aux maux et aux graves problèmes qui sévissaient lors de la démission d'Yves Leterme. Non seulement tous les dossiers restent en l'état mais de nouveaux facteurs de risques sont venus s'y ajouter.
La situation au CD&V, tout d'abord, qui en est déjà revenu aux meurtrières luttes assassines qui firent les heures de gloire de feu le CVP. Chassez le naturel... La démission d'Inge Vervotte en est un premier signe. Deux clans se constituent. Un autour d'Yves Leterme, qui n'est pas prêt à pardonner la diffusion aux parlementaires par Herman VR de la note du président de la Cour de Cassation qui a provoqué sa démission. Il est fort à parier que ce clan sera très tenté de retirer le tapis sous les pieds d'Herman Ier à la première occasion. Et les occasions ne manqueront pas, on s'en doute.
D'autre part, l'Open-VLD ne cache pas son désir d'élections fédérales en juin 2009, histoire de noyer dans le fatras fédéral l'image de Chris Peeters à la tête de la région flamande. Si les libéraux flamands le veulent ainsi, ce ne sont pas les occasions qui vont leur manquer pour provoquer une crise gouvernementale.
Au sud du pays, le casting et le scénario ne sont guère plus emballants. CdH et PS font assaut de mamours et annoncent leur souhait de reconduire leurs alliances à Bruxelles et en Wallonie. Didier et Elio se chamaillent ferme à coups de seaux et de pelles dans le bac à sable, pour devenir le chef du premier parti francophone et ainsi avoir la main pour la formation des prochains gouvernements.
Mais il y a bien pire: l'absence de projets novateurs et de vision à long terme. Le fonds de réserve pour les pensions futures est gravement négligé, le budget 2009 est un chef d'oeuvre de trompe l'oeil, et le développement durable et l'enjeu climatique sont passés à la trappe dans ce "plan de relance" qu'on croirait tout droit ressorti des crânes d'oeufs des années septante. Juste un plan "disco", avec paillettes et boules lumineuses, mais rien d'ambiteux sur la recherche et l'innovation, sur le soutien aux filières vertes, au Green Deal, qui permettraient pourtant de commencer enfin à répondre au défi écologique, de réduire la facture des ménages et de créer des emplois non délocalisables, comme l'ont démontré nombre de pays, de régions et de villes en Europe. Mais il paraît que ça coûte trop cher...
On n'est pas sortis de l'auberge. Mais, moi j'dis ça, j'dis rien.
Un bon an 9 tout de même. Puisse-t-il vous apporter quelques pépites de bonheur et d'espoir à tous et toutes.
jeudi 27 novembre 2008
Par Jacky le jeudi 27 novembre 2008, 15:35

Une hausse des températures de moins de deux degrés à l'échelle mondiale suffirait à déclencher la fonte des banquises du Groenland et de l'Arctique, avertit jeudi l'organisation de protection de l'environnement World Wildlife Fund (WWF, Fonds mondial pour la nature).
"Les scientifiques estiment aujourd'hui que même un réchauffement climatique de moins de deux degrés Celsius serait suffisant pour voir disparaître la banquise de l'océan Arctique et fondre celle du Groenland", déclare l'ONG dans un communiqué.
"A la suite (de ce phénomène), le niveau des mers et des océans s'élèverait de plusieurs mètres, menaçant des dizaines de millions de personnes à travers le monde", prévient WWF.
La fonte de la banquise de l'Arctique pourrait avoir des répercussions sur les écosystèmes, tandis que la disparition d'une partie de celle du Groenland serait susceptible d'entraîner une hausse du niveau de la mer pouvant aller jusqu'à sept mètres.
Face à ces prévisions, l'organisation de protection de l'environnement exhorte les participants d'une réunion internationale sur le climat qui se tiendra à partir de lundi en Pologne à "élaborer un texte de négociations fort pour un nouveau traité sur le climat", attendu l'année prochaine.
"La fonte précoce des banquises du Groenland et de l'Arctique pourrait avoir bientôt des conséquences dangereuses, accélérant le réchauffement climatique et rendant ce phénomène plus important que prévu", a estimé un haut responsable de de WWF, Kim Carstensen.
"Les hommes politiques responsables ne peuvent pas tolérer de perdre une seconde de plus en remettant à plus tard des stratégies, face à ces avertissements urgents que nous lance la Nature", a-t-il ajouté.
En cas de fonte de la glace du Groenland et de la hausse de 7 mètres du niveau de la mer qui s'ensuivrait, c'est environ un dixième du territoire belge et 40% de la Flandre qui se trouveraient sous le niveau de la mer.
La figure ci-dessus donne une idée de ce que cela donnerait pour une hausse du niveau de la mer de 8m (source: UCL, département de géographie, le bleu représente les étendues situées sous le niveau de la mer, qui seraient inondées en l’absence de protection).
La Belgique ne serait donc pas épargnée par ce phénomène nouveau des "réfugiés climatiques" ! Avec son cortège de confrontations d'intérêts, d'exclusions, voire de violences.
Les très coûteux plans destinés à contrer la profonde crise bancaire, boursière et spéculative n'auront de sens et d'utilité que s'ils s'articulent en même temps avec une détermination dynamique de s'attaquer au "mal-développement" qui ravage la planète.
Cette fois, il ne suffira plus de sauver les bourses, mais aussi et surtout de préserver la vie !
vendredi 21 novembre 2008
Par Jacky le vendredi 21 novembre 2008, 14:14
Bouge-toi de là que je m'y mette ! Alors que la fédération liégeoise du PS s'adonne aux luttes intestines et se montre incapable de s'accorder sur des projets porteurs et cohérents (Tram, Espace Guillemins, Liège capitale européenne de la Culture en 2015, etc), Papa Daerden vient d'en remettre une couche en "offrant ses services" (on sait ce que cet euphémisme veut dire en réalité : "j'exige") pour mener la liste des camarades liégeois aux élections régionales de juin prochain.
Alors que des accords se dessinaient entre le bourgmestre Demeyer (dernier de liste) et le ministre Marcourt (tête de liste), cette sortie intempestive et un brin napoléonesque de Daerden a toutes les chances de foutre la bronca au sein de la fédération.
A l'épicentre de cette sortie, rien moins que des questions d'égo : Daerden veut en découdre directement avec Reynders et voir qui pissera le plus loin. Ah, l'égo-développement a encore de beaux jours devant lui !
Mais il y a un os, et de taille. Frédéric, le fils prodige, lorgne également vers le Parlement Wallon et aspire à un poste ministériel. Mais leurs liens de parenté interdisent qu'ils siègent ensemble dans la même assemblée. Qu'à cela ne tienne, papa a la solution et conseille vivement au fiston de se porter candidat sur la liste européenne. "Après tout, certains tel Elio Di Rupo, sont passés par là et cela ne les a pas empêchés de retrouver des fonctions intéressantes".
Voilà donc l'opinion de Papa sur le parlement européen; une salle d'attente un peu comme l'espace à boules colorées chez Ikéa où les bambins peuvent passer le temps pendant que leurs parents vaquent à leurs emplettes.
Lamentable et grossier, quand on connaît le poids des délibérations européennes sur notre droit interne et sur la nécessité que les 27 pèsent de tout leur poids sur les urgences du moment : crise climatique, sociale, financière et économique, situation en RDC,...
Le népotisme ne sévit pas qu'au PS. Il suffit d'observer la prise en tenaille de Karel De Gucht par les Michel, père et fils, KDG étant pratiquement mis sur la touche.
En ces temps plus que troublés, la méfiance du citoyen envers ses élus a bien peu de chances de se transformer en espoir et en confiance.
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