Jacky Morael

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samedi 11 juillet 2009

Sans-papiers : de plus en plus de lois liberticides, comme en France et en Italie

Délinquants-Solidaires

Partout en Europe, les gouvernements multiplient les mesures de chasse aux sans papiers et de politique d'enfermement et de renvoi forcé y compris des enfants non-accompagnés. Chez nous on attend toujours la circulaire promise fixant les critères objectifs de régularisation et mettant fin à l'arbitraire absolu de l'Office des étrangers.

C'est pire en Italie et en France !

Ce qui se produit en Italie a toujours eu, bon gré mal gré, une influence extraordinaire sur la société européenne toute entière, depuis la Renaissance jusqu’au fascisme. Mais ces évènements n’ont pas toujours été connus à temps. On trouve en ce moment, dans les quotidiens européens, une grande attention concernant divers aspects de la crise qui touche notre pays. Nous considérons, cependant, qu’il est du devoir de ceux qui vivent en Italie de rappeler à l’attention de l’opinion publique européenne d’autres aspects restés dans l’ombre. Il s’agit de certains aspects de la législation italienne qui, si rien ne vient les empêcher, risquent de défigurer le visage de l’Europe et de faire reculer la cause des droits humains dans le monde entier. Le gouvernement Berlusconi, sous prétexte de sécurité, a imposé au Parlement, qu’il garde sous contrôle, l’adoption de normes discriminatoires envers les immigrés, jamais vues en Europe depuis l’époque des lois raciales. Le sujet passif de la discrimination a été remplacé. Il ne s’agit plus des juifs mais de la population des immigrés irréguliers, qui compte des centaines de milliers de personnes. Mais les dispositifs prévus par les lois raciales, comme l’interdiction des mariages mixtes, n’ont pas (été) changé(s). Par cette interdiction, on empêche, en raison de leur nationalité, l’exercice d’un droit fondamental tel que celui de se marier, sans distinction d’ethnie ou de religion. Droit fondamental qui n’est pas supprimé seulement aux étrangers mais également aux italiens eux-mêmes. Par une norme qui viole encore davantage la dignité humaine on a, en outre, introduit l’interdiction pour des femmes étrangères en situation d’irrégularité administrative, de reconnaître les enfants qu’elles ont elle mêmes mis aux monde.. Ainsi par la force d’une telle décision politique d’une majorité passagère, les enfants mis au monde par des femmes étrangères irrégulières deviendront pour toute leur vie les enfants de personne. Ils seront (soustraits) enlevés à leurs mères et placés dans les mains de l’Etat. Même le fascisme n’était pas allé aussi loin. En effet les lois raciales introduites par ce régime en 1938 ne privaient pas les mères juives de leurs enfants, ni ne les obligeaient à avorter pour éviter la confiscation de leurs enfants par l’Etat. Nous ne nous adresserions pas à l’opinion publique européenne si la gravité de ces mesures n’était telle qu’elle dépasse toute frontière nationale et ne demandait une réaction responsable de toutes les personnes qui croient en une commune humanité. L’Europe ne peut admettre qu’un de ses pays fondateurs ne rétrograde (redresse) à des niveaux primitifs de cohabitation, en contradiction avec les lois internationales, les principes de garantie et de civilisation juridique sur lesquels se fonde la construction politique européenne elle-même. Il est de l’intérêt et de l’honneur de nous tous européens que cela ne se produise pas. L’opinion publique européenne doit prendre conscience de la pathologie qui vient de l’Italie et se mobiliser pour empêcher qu’elle se propage en Europe. A chacun de choisir les formes opportunes pour manifester et faire valoir son opposition.

Premiers signataires : Andrea Camilleri, Antonio Tabucchi, Dacia Maraini, Dario Fo, Franca Rame, Moni Ovadia, Maurizio Scaparro, Gianni Amelio

Pour signer : http://temi.repubblica.it/micromega-online/camilleri-tabucchi-maraini-fo-rame-ovadia-scaparro-amelio-appello-contro-il-ritorno-delle-leggi-razziali-in-europa/ cliquez sur "FIRMA"

http://temi.repubblica.it/micromega-appello/?action=vediappello&idappello=391094

En France, la création du délit de solidarité

Le Ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a fait voter par le Parlement un sévère durcissement d'une loi promulguée par Daladier ... à la fin des années trente. Une période qui ne sent pas très bon.

Aujourd’hui, la loi punit toute personne qui aurait, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter, l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France (Article L622‐1 du Code d’Entrée et de Séjour des Etrangers). Aucune distinction n’existe entre des réseaux de passeurs qui prospèrent sur la détresse humaine et les associations, ainsi que les personnes qui agissent par solidarité et pour le respect des droits fondamentaux.

Ainsi, par exemple, des bénévoles des restos du coeur ont étés arrêtés et mis en garde à vue pour avoir hébergé des sans papiers, leur avoir fourni de la nourriture ou des vêtements. Où tout simplement pour leur avoir rechargé leur GSM !

Ces actes de déliquance solidaire sont punissables de peines de prisons allant jusqu'à 5ans (!) et d'importantes amendes.

Si le Gouvernement a largement communiqué sur les objectifs de reconduites à la frontière, les chiffres concernant les interpellations d’aidants sont restés quant à eux dans l’ombre des annexes aux Projets de lois de finances. Pourtant ils existent : ils sont de 5000 pour 2009 et 5 500 pour 2011.

Des dizaines d'associations se sont mobilisées et réunies dans un collectif qui a lance une pétition nationale.

http://delinquants-solidaires.org/

Alors, avant que cette puanteur nous contamine, SIGNEZ ET FAITES CIRCULER !

mardi 7 juillet 2009

Négociations Olivier; carte blanche à Charles Bricman. C'est du solide !

Bricman

Hier soir, a donc eu lieu à Namur un Conseil de Fédération pour entendre les rapports de négociateurs de première ligne quant aux discussions toujours en cours en vue de la formation de majorités "Olivier" en régions wallonne, bruxelloise et en Communauté française. Grosse affluence de délégués, ambiance studieuse et sereine, beaucoup d'humour et énormément de questions encore en attente.

Comme délégué coopté, je suis tenu à un élémentaire devoir de confidentialité. Mais cela ne surprendra personne si je vous révèle qu'il a beaucoup été question de gouvernance, de réorientation économique, du 6ème pilier du plan Marshall.2.vert, de l'alliance emploi-écologie, de politique d'isolation des bâtiments, de mobilité ou d'enseignement. Sans compter sur les énormes inquiétudes budgétaires, liées pour partie à la crise financière, mais aussi à la politique de débudgétisation de "Papa".

Sur pas mal de ces sujets, nombre d'avancées ont été engrangées, mais restent à confirmer selon le célèbre adage "il n'y a d'accord sur rien tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout".

Alors, plutôt que d'ouvrir ma grande gueule sur ce blog, j'ai choisi de mettre à la question un fin observateur de notre politique belgo-belge.

Charles Bricman a été longtemps journaliste professionnel, du genre plutôt incisif et connaisseur de ses dossiers. Il est désormais journaliste indépendant et chroniqueur pour Le Soir. Et conseiller en communication. Et bloggeur de surcroît. J'ai eu l'occasion de me frotter à lui en mes jeunes années et ce n'était pas de la tarte. A son tour d'être sur le grill.

Bonjour, Charles. Tout d'abord ta première impression sur les négociations en cours ? Te semblent-elles en accord avec les votes du 7 juin ou plutôt le résultat d'un pragmatisme ?

Je ne pense pas qu'il puisse y avoir quoi que ce soit à redire à la constitution d'une majorité, dès lors qu'il s'agit bien d'une... majorité! Tout le reste est une question d'opportunité, que chacun appréciera en fonction de sa sensibilité. J'observe simplement qu'après le 7 juin, le "couple" Ecolo-CDH était maître du jeu, parce qu'il a agi en couple, et qu'il a choisi le PS plutôt que le MR. Comme l'autre hypothèse, c'est un choix qui a ses avantages et ses inconvénients, je ne pense pas qu'il y ait de jugement moral à poser là-dessus. On aime ou ou n'aime pas, c'est tout.

Crois-tu en la bonne foi des interlocuteurs PS et CDH sur la nécessité, non pas d'une relance, mais d'une réorientation fondamentale de l'économie ?

Ouh lààà! La bonne foi... Je n'en sais rien, moi! On ne peut nier que la sensibilité "verte", s'il faut l'appeler comme ça, gagne du terrain dans tous les azimuts. Mais il est infiniment probable que toutes les "conversions" ne sont pas aussi sincères les unes que les autres! C'est toujours un peu comme ça. On jugera aux actes. Et surtout aux résultats...

Comment peut-on comprendre que sur les questions d'éthique et de bonne gouvernance (conflits d'intérêts, cumuls), le CDH se montre plus conservateur encore que le PS ?

Mais le CDH a toujours été un parti conservateur! C'est un constat, pas un jugement de valeur. Et puis c'est avant tout un parti de municipalistes. Il défend son bifteck!

Par dépit, Didier Reynders ne risque-t-il pas de s'associer à la nouvelle stratégie flamande consistant à "assècher" les finances francophones, de manière à les amener en quémandeurs à une future négociation communautaire ?

Je crains que Didier Reynders ait accumulé les mauvais choix depuis la victoire électorale du MR, en juin 2007. Il évolue au coup par coup, sans réelle vision à long terme, sans autre objectif détectable chez lui que la prochaine échéance électorale. Mais il serait à mon avis très excessif de voir en lui une sorte de "traître" ou de "revanchard" jamaïcain... Je crois d'autre part que les "finances francophones" s'assèchent bien toutes seules, elles n'ont pas besoin d'un quelconque machiavélisme flamand pour ça, ni d'une cinquième colonne dans la place! Mais ce qui est sûr, c'est que le temps est, en termes relatifs, l'allié de la Flandre. Je dis "en termes relatifs" car les Flamands sont également confrontés à une situation d'urgence. Nous sommes tous dans une situation d'urgence et c'est en cela qu'à mes yeux, la stratégie francophone d'obstruction à toute réforme sérieuse de l'Etat était suicidaire et assassine depuis l'origine.

En 2007, les Flamands étaient fortement demandeurs. Ca n'a pas marché. Maintenant, ils changent de tactique en pariant sur une détérioration plus rapide de la situation francophone, en se disant que nous serons moribonds quand ils ne seront encore "que" plus ou moins gravement malades. Cela va inévitablement changer le rapport de forces, mais ça, ce ne sera pas la faute du seul Reynders. Ce sera celle de tous les francophones, collectivement, dans le stupide front du refus qu'ils ont opposé depuis 2007 à toute avancée institutionnelle sérieuse. On va le payer, c'est malheureusement sûr, je pense...

   
Le succès de la NVA ne renforce-t-il pas ce scénario ?

Oui, mais ce n'était pas son choix initial. Moi, je n'ai évidemment guère d'affinités avec la NVA. Pas parce que c'est un parti flamand mais parce que c'est un parti nationaliste. Et parce qu'il est quasiment séparatiste, ce que je considère comme une option stupide et dommageable pour tout le monde, Flamands comme francophones.

La NVA joue maintenant la "doctrine Maddens". Ce n'est pas une bonne nouvelle car les tensions vont persister et la situation des francophones se détériorer. Et c'est dommage parce que De Wever est très loin d'être un imbécile, c'est un rude morceau mais, je vais peut-être te surprendre, je le vois beaucoup plus comme un Flamand radical que comme un anti-francophone - il y en a évidemment dans son parti. Il faut donc dialoguer avec lui, psychologiquement, il a la clé entre les mains. On n'en sortira que par une remise à plat de tout le contentieux et par une réflexion fondamentale sur les fondements de l'Etat belge: que voulons-nous faire ensemble? Si la réponse est: "rien", ce que je ne crois pas, il vaudra mieux se séparer - ce qui ne sera pas de la tarte!

Mais si nous avons encore un avenir partiellement commun dans la Maison Belgique, il faudra savoir ce que l'on veut. Et d'abord poser les armes, de part et d'autre, pour commencer à discuter vraiment, sans tabous, avec des arguments rationnels. C'est possible si nous acceptons enfin l'idée que le linguistique, c'est fini, que nous menons là un combat d'arrière-garde, comme ces "combattants perdus du Pacifique" qui erraient dans la jungle des années après la capitulation du Japon. Ce serait un beau chantier pour les Verts, tiens! Pourquoi Ecolo et Groen! n'osent-ils pas une initiative commune en ce domaine? Intellectuellement, idéologiquement vous en êtes capables. Mais vous avez toujours peur, les uns et les autres, de trop vous démarquer dans vos communautés respectives. C'est bien dommage...

2011: élections fédérales (voire plus tôt). 2012 : élections communales. Le bordel inévitable ?

Ah non! Tu vas pas commencer toi aussi la prochaine campagne électorale, quand même? On sort d'en prendre! Et là j'ajoute un ;-) ...

Moi, je répète ma conviction: on va inévitablement vers un foutoir pas possible s'il n'y a pas, le plus vite possible, un noyau d'hommes et de femmes qui font le choix du courage politique. Un peu comme Schiltz, dans les années 70, quand il a envoyé à Claes, dans les travées du parlement, un petit billet ("een kattebelletje", comme l'a écrit Hugo De Ridder) pour lui proposer de discuter le bout de gras. Et ça a débouché sur le pacte d'Egmont. Qui n'a pas réussi, qui était peut-être bancal, mais qui était une vraie tentative de sortir d'épaisseur. C'est ça qu'on vous demande à vous, les politiques: vous devez oser, prendre des risques. C'est votre honneur et votre dignité. Et on vous en saura gré, même si vous échouez.

Le blog de Charles : http://blog.pickme.be/

mercredi 17 juin 2009

Merci !

Olivier

lundi 18 mai 2009

Ecolo en congrès socio-économique - trois vidéos

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Ecolo organisait samedi dernier un congrès ouvert aux acteurs économiques et syndicaux. Ce fut un succès incontestable.

Nous avons mis en ligne, sur you tube, les trois vidéos réalisées par Laurent Tixhon, et projetées lors du congrès au val Saint Lambert.

Trois messages forts et complémentaires.

Vous pouvez diffuser les liens, les blogger sur le site de la régionale, facebook, …. , …. Etc.

Vidéo J-F Fauconnier : http://www.youtube.com/watch?v=RpKOM_cWulM ( son pas terrible) Vidéo Veronica Cremasco : http://www.youtube.com/watch?v=GYhnWmIentQ Vidéo Monika Dethier : http://www.youtube.com/watch?v=rjYMi4EaT40

Bonne campagne !!!

Avec tous nos remerciements à Benoit Dive, notre pote irremplaçable du Service animation-actions .

mardi 12 mai 2009

Chat avec les candidat(e)s Ecolo

chatroom

Invitez-vous dans le débat politique ! Chattez avec les candidat(e)s Ecolos en direct

Afin d’offrir un espace de dialogue supplémentaire entre les candidats et les citoyens, Ecolo organise un « chat électoral», tous les mercredis midis jusqu’au 7 juin. Les candidats Ecolo de chaque région vous donnent donc rendez-vous pour une séance de « chat » sur le site d’Ecolo. Chaque région sera ainsi représentée par deux candidats qui chatteront pendant une heure sur le site www.ecolo.be. Vous avez des questions sur notre programme, nos candidats ? Connectez-vous, Isabelle Durant, Evelyne Huytebroeck, Bernard Wesphael, Emily Hoyos, Emmanuel Di Sabato, Marianne Saenen, Isabelle Meeraeghe, et d’autres candidats vous répondront en direct et sans détour durant tout le mois de mai.

QUOI ? QUAND ? LIEU ? « Chat » avec les candidats Ecolo Chaque mercredi de 11h à 14h www.ecolo.be

Le planning de ce mercredi 13 mai

QUI QUAND

Bernard Wesphael et Veronica Cremasco Liège Mercredi 13 mai : 11h-12h

Emily Hoyos et Eric Van Poelvoorde Namur Mercredi 13 mai : 12h-13h

Catherine Dubru-Wollseifen et Nicolas Parent Huy Waremme Mercredi 13 mai : 13h-14h

samedi 9 mai 2009

Les réponses aux auditeurs-internautes de Matin Première sur la RTBF

morael.matinpremière

Jeudi dernier, j'avais le plaisir d'être, par Bertrand Henne, l'invité du matin sur la Première RTBF.

De nombreux auditeurs ont laissé sur le site de la radio de nombreuses questions que l'animateur n'a pas eu le temps de me poser (c'est fou comme ça file vite !) et auxquelles je n'ai donc pas répondu.

J'ai donc consacré mon après-midi d'hier à répondre du mieux possible à ces questions.

Les questions et mes réponses sont consultables sur le blog de la première à l'adresse

http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/jacky-morael-est-linvite-de-matin-premiere-105643

Bonne lecture et commentaires bienvenus.

Jacky

mercredi 6 mai 2009

Il est temps de passer dans le vert

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mercredi 29 avril 2009

Le CNCD dénonce l'obstruction de la Belgique au FMI

CNCD

!!Réformes et actions au FMI : les papys belges font de la résistance

Une interview d'Arnaud Zacharie et le communiqué du CNCD qui dénonce l'obstruction belge au FMI sur deux points importants : la vente d'une partie de ses stocks d'or pour venir en aide aux pays les plus pauvres et la révision de la pondération des voix dans cette instance. C'est sans doute ça le libéralisme social...

Arnaud, après les maigres décisions du G20 et juste après le vote des recommandations de la commission mixte Chambre-Sénat sur la régulation des marchés bancaires et financiers, le CNCD vient de publier un communiqué au vitriol sur la position belge à l'AG du FMI. Que s'est-il passé exactement ?

D'une part, la Belgique s’est prononcée en faveur d’un statu quo en matière de démocratisation du FMI, par la voix de son ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine et plus que l'Inde au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ». D'autre part, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».

Quels sont les autres pays à avoir fait de l'obstruction ?

Les pays scandinaves auraient soutenu la position belge concernant la vente d'or du FMI.

La Belgique semble ainsi s'être opposée, par la voix de Didier Reynders à toute réforme de la pondération des voix au FMI (où la Belgique pèse autant que la Chine !). Un système né lors de sa création après la seconde guerre mondiale. Est-ce encore tenable ?

Ce n'est plus tenable, pour les raisons expliquées ci-dessus, mais aussi du fait que la crise financière actuelle provient des déséquilibres financiers internationaux, qui sont eux-mêmes le fruit des excédents énormes accumulés par les pays émergents (à commencer par la Chine) et des déficits aussi gigazntesques accumulés par les pays industrialisés (à commencer par les Etats-Unis). Il faut donc mettre les pays émergents autour de la table, car contrairement à la crise des années 1930 à laquelle la création du FMI et les accords de Bretton Woods (1944) étaient censés répondre, les pays émergents font aujourd'hui partie du problème et de la solution.

Le blocage au FMI ne risque-t-il pas de faire des pays les plus pauvres une nouvelle fois les dindons de la farce et les "victimes collatérales" de la relance économique monopolisée par les pays industralisés ?

C'est évident : les pays pauvres sont victimes d'une crise dont ils ne sont pas responsables, puisqu'elle provient des Etats-Unis. Mais contrairement aux pays industrialisés, ils n'ont pas les moyens de financer des plans de relance. Ils sont du coup doublement victimes. A cela s'ajoute le fait que les déficits creusés par les plans de relance au Nord risque de peser sur les budgets d'aide au développement, ce qui rendrait les pays en développement triplement victimes de cette crise...

Le FMI a perdu beaucoup de son influence. Une réforme est-elle possible et, si oui dans quel sens ?

Il faut démocratiser réellement l'institution, pour qu'elle donne la place qu'ils méritent aux pays en développement. Il faut en finir avec ces conditionnalités macroéconomiques qui ont fait tant de mal aux populations dans les pays sous ajustement structurel : comment par exemple justifier la situation actuelle où des pays en crise doivent, en échange des prêts du FMI, mener des politiques "pro-cycliques" (hausse des taux d'intérêt, plans d'austérité, etc.), alors que les pays industrialisés qui dirigent le FMI font exactement l'inverse, c'est-à-dire opérer des plans de relance et des baisses de taux d'intérêt "contra-cycliques", comme le prônait Keynes.

Voici le communiqué du CNCD :

La Belgique a fait de la résistance à l’assemblée de printemps du FMI

Le G20 de Londres a décidé, le 2 avril 2009, de tripler les moyens du FMI pour lui permettre de répondre à la crise. Il a également décidé de démocratiser l’institution (qui fonctionne selon la règle censitaire d’un dollar, une voix), de vendre une partie de son stock d’or (dont une part est destinée au financement des pays les plus pauvres) et d’émettre des droits de tirages spéciaux (la « monnaie » du FMI).

Ces décisions s’expliquent par le fait que, alors que la crise mondiale nécessite de nouvelles liquidités, les moyens financiers du FMI se sont réduits comme peau de chagrin ces dernières années. Pourquoi ? Parce que le FMI se finance essentiellement par les rendements de ses prêts. Or, l’impopularité grandissante des conditions liées à ces prêts dans les pays en développement a incité ces derniers à rembourser de manière anticipée ce qu’ils devaient au FMI, en vue de s’affranchir de ses potions macroéconomiques. Du coup, l’encours des crédits du FMI s’est effondré de 103 à 16 milliards de dollars entre mars 2003 et mars 2008. Au printemps 2008, le FMI était contraint de se séparer de 380 de ses 2.634 employés et prenait la décision, confirmée à Londres, de vendre une partie de son stock d’or.

Quant à la démocratisation du FMI, elle devient nécessaire du fait que les pays émergents, qui possèdent d’importantes réserves de devises, revendiquent une place digne de leur statut actuel dans une institution dont les droits de vote reflètent les rapports de force qui existaient au moment de sa création en 1944.

Ce week-end s’est tenue l’assemblée de printemps du FMI, où devaient être confirmées les décisions du G20. Mais d’importants freins ont été constatés dans le chef de plusieurs Etats membres, à commencer par la Belgique. En effet, cette dernière s’est prononcée en faveur d’un statu quo, par la voix de son Ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or, le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ».

Par ailleurs, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le Directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».

Le CNCD-11.11.11 s’inquiète de ces positions défendues par la Belgique contre l’intérêt des pays les plus pauvres et la démocratisation du FMI. Le CNCD-11.11.11 rappelle ses exigences au gouvernement belge en matière de réforme des institutions financières internationales et de soutien aux pays pauvres frappés de plein fouet par une crise dont ils ne sont pas responsables.

Pour plus d'infos : www.cncd.be

vendredi 17 avril 2009

Financer la conversion verte

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Au moment où plusieurs sondages semblent prévoir un désintérêt massif des citoyens pour le scrutin européen, il me semble opportun de rappeler l'importance vitale d'une action coordonnée de l'union et l'inefficacité devant la crise économique, écologique et financière de toute tentative d'action isolée des 27 pays membres.

Justement, trois de mes potes députés européens ( le belge Pierre Jonckheer, le français Alain Lipietz et le luxembougeois Claude Turmès) viennent de publier hier une tribune dans le quotidien La Tribune.

En voici le texte, que je trouve excellent de lucidité.

Financer la conversion verte

''Cela ne redémarre pas. La "relance" bancaire a échoué. La crise financière revient en boomerang sur l'économie réelle. Que faire ? En fait, cette crise est partie du "réel". Les salariés pauvres américains, asphyxiés par la montée vertigineuse des prix alimentaires et de l'énergie, n'ont pu rembourser les prêts "subprimes". Leur déroute a mis en faillite toute l'"économie-casino".

Depuis deux ans, les banques centrales refinancent par centaine de milliards les titres de plus en plus "toxiques". Mais cet argent ne sert qu'à retenir les banques au bord du gouffre. Les prêts à l'économie réelle se font de plus en plus difficiles. C'est pourquoi le président Obama aurait souhaité du G20 un effort budgétaire mondial ciblé sur la reconversion vers le développement soutenable. Car il ne servirait à rien de "relancer" le modèle en crise.

Et l'Europe ? Elle est impuissante à faire plus qu'une vague coordination de vingt-sept plans nationaux. Ici éclate la faiblesse structurelle de l'Union, confédération régie par le traité de Nice. Le budget communautaire pèse 1% du produit brut européen. Le plan spécifiquement européen décidé en décembre se limite à... 5 milliards d'euros ! Une misère.

Pourtant, l'Union européenne dispose d'un levier financier puissant, capable d'irriguer directement une reconversion ciblée, écologiste, de l'appareil productif : transports en commun, isolation des logements, production d'énergies renouvelables (éolienne, hydraulique, solaire...), petites entreprises éco- innovantes.

Ce bras financier, c'est la Banque européenne d'investissement (BEI), totalement immune de la crise financière, pesant déjà deux fois et demie la Banque mondiale. Dès lors, une nouvelle combinaison de l'action de la Banque centrale européenne et de la BEI peut formidablement démultiplier, immédiatement, sans attendre les "Etats-Unis d'Europe", ces 5 pauvres milliards d'euros.

Le problème de la conversion écologiste de nos économies est en effet que ses acteurs sont d'une part des collectifs (collectivités territoriales qui investiront dans les réseaux de transports en commun, sociétés HLM ou associations de copropriétaires en charge d'isoler et "solariser" les immeubles), et d'autre part des petites entreprises écotechnologiques innovantes ne disposant pas du "trésor de guerre" des multinationales. Ces acteurs de la conversion ont besoin de crédits, et à taux zéro : quand on investit pour la planète et les générations futures, on pose que le futur a autant de valeur que le présent. Les projets existent, les plans sont là, manque le financement.

Ce financement, la BEI peut le fournir. Il suffit pour cela qu'elle prête directement aux agents et qu'elle se refinance auprès de la Banque centrale européenne. Celle-ci, qui s'est résignée à refinancer les titres toxiques des banques et des Etats (de plus en plus endettés), ne pourra trouver que des avantages à émettre de la monnaie en faveur d'une institution aussi solide que la BEI. Et ce pour des projets ayant immédiatement un effet productif (donc non inflationnistes) et qui, en réduisant la dépendance énergétique de l'Europe et les risques climatiques, assure à terme un développement financièrement et écologiquement soutenable.

Encore la Banque centrale exigera- t-elle de la BEI des garanties plus solides que ses actuels fonds propres, et ne pourra-t-elle prêter qu'à son taux le plus bas. C'est ici que nous retrouvons nos 5 malheureux milliards. Qu'ils abondent un fonds de garantie et de prise en charge des intérêts des prêts "verts" de la BEI, sous contrôle parlementaire. C'est environ 200 milliards que la BEI pourra prêter à taux zéro ! On change d'échelle. Et ce mécanisme pourrait être encore élargi, notamment grâce à la mise aux enchères des quotas d'émissions de gaz à effet de serre.

Parmi la multitude de projets qui n'attendent que le financement, les plus rapides à mettre en œuvre sont les myriades de chantiers d'isolation des logements et les centaines de milliers d'investissements décentralisés dans les énergies renouvelables. Ils mettront au travail une quantité considérable d'artisans et de petites entreprises. La vraie limite sera plutôt du côté de la main-d'œuvre bien formée immédiatement disponible !

Certes, les effets sur la qualité de vie des plus démunis n'apparaîtront qu'à terme, par les économies sur les charges locatives et le coût des déplacements, sauf si l'on en profite pour lancer de grands plans de formation professionnelle rémunérée, qui leur seraient destinés. Car c'est aujourd'hui qu'ils sont frappés par la remontée du chômage qui vient s'ajouter à la précarité qu'ils connaissent depuis un quart de siècle. Mais cela ne fait que pointer la nécessité d'une Europe sociale, c'est-à-dire de la hausse coordonnée des droits sociaux et des revenus minimaux à l'intérieur de l'Europe. Autre chapitre tout aussi nécessaire qui n'exige pas, lui, de financements publics, mais un partage de la richesse produite.

Oui, l'Europe, même en l'état, apporte un plus, et plus d'Europe apportera encore plus. Alors, commençons tout de suite.

Pierre Jonkheer, Alain Lipietz et Claude Turmès''

mardi 24 mars 2009

Philippe Lamberts : l'Europe a un énorme défi à relever

Philippe Lamberts in EGP Council Meeting Vienna 2007.

Tout d'abord, je vous fais mes excuses pour le silence de ce blog depuis quelques semaines. J'ai été victime de pannes répétées de ma connexion internet. Dont une de plus de trois semaines !

Je reprends donc le fil, avec, cette fois, une interview de Phiippe Lamberts, deuxième sur le liste européenne d'Ecolo, juste après Isabelle Durant.

Philippe, tu n'es pas le plus connu sur la liste européenne d'Ecolo et , pourtant tu occupes depuis des années un rôle important au sein du parti vert européen. Peux-tu nous expliquer la nature de ces fonctions ainsi que l'évolution de la coordination au sein de la mouvance verte en Europe ?

En fait, c’est toi qui m’a le premier encouragé à m’engager au niveau des Verts européens, puisque, secrétaire fédéral d’Ecolo, tu m’avais désigné comme membre de notre délégation aux premiers congrès de ce qui s’appelait encore la Fédération Européenne des Partis Verts, à Vienne en 1996 puis à Paris en 1999. C’est cette année là que j’ai remplacé Olivier Deleuze – entretemps devenu secrétaire d’Etat à l’énergie dans le gouvernement arc-en-ciel – comme représentant d’Ecolo à la FEPV. En mai 2003, alors même que l’arc-en-ciel vivait ses derniers jours, j’ai été élu membre du comité exécutif de la Fédération, qui un an plus tard, à Rome, se transformait en Parti Vert Européen. C’est en 2006 que j’ai été porté à sa tête, en compagnie d’Ulrike Lunacek, une députée autrichienne qui actuellement mène dans son pays la liste des Verts pour le Parlement Européen.

Ces dix années passées au sein des Verts européens m’ont permis d’être à la fois témoin et acteur de l’émergence des Verts comme force politique européenne. A l’origine, la FEPV était d’abord un lieu qui devait permettre aux verts – principalement d’Europe occidentale – de se rencontrer pour faire connaissance. Au fil des ans, nous y avons consacré nos énergies à rapprocher les points de vue, parfois très divers, de manière à ce que les écologistes parlent aussi clair que possible d’une même voix. Je peux te dire que sur des sujets comme les guerres dans les Balkans – faut-il intervenir ou non, quid de notre choix pour la non-violence… - , c’était parfois du sport. Avec notre transformation en PVE, il s’agit d’incarner non seulement un parler mais surtout un agir commun.

Les Verts Européens non seulement partagent une vision commune – sur l’environnement, sur la politique sociale, sur les migrations, sur l’économie, sur l’avenir de l’Europe… – mais sont aujourd’hui la force politique qui agit avec le plus de cohérence. Cela se voit bien sûr au Parlement Européen, mais aussi dans ce que font les Verts dans les divers gouvernements nationaux, régionaux ou locaux auxquels ils participent au travers du Vieux Continent. Nous pouvons légitimement en être fiers et surtout en tirer argument face aux autres familles politiques qui souvent agissent de manière contradictoire, d’un pays à l’autre et d’un niveau de pouvoir à l’autre.

La mouvance verte, comme tu l’appelles, est véritablement une force politique avec laquelle il faut compter en Europe.

La chute du Mur de Berlin a-t-elle eu des répercussions importantes pour les verts du continent ?

En fait, avant même que le Mur ne tombe, les Verts européens avaient des contacts étroits avec la société civile dans les pays du bloc soviétique. En Allemagne bien sûr, mais aussi au sein des milieux dissidents de Tchécoslovaquie, de Hongrie, … Dès 1991, le Green East-West Dialogue était institué pour permettre un échange d’expériences entre partis déjà institués depuis une dizaine d’années à l’ouest et ceux qui se formaient à l’est.

Il faut cependant reconnaître qu’à l’est, la course à l’économie de marché a fait passer les préoccupations de développement durable et solidaire à l’arrière plan et que les partis verts ont eu de sérieuses difficultés à s’y implanter de manière solide. Il a fallu attendre 2006 pour que des Verts rejoignent pour la première fois un gouvernement d’un pays anciennement communiste, la Tchéquie. De même, ce n’est que récemment que nos amis allemands réussissent à passer le seuil électoral de 5% dans les Länder de l’est.

Les Verts d’Europe centrale et orientale sont-ils différents de ceux de l’ouest ? Pas vraiment ; il n’est sans doute que sur les questions économiques qu’on sent une plus grande réticence par rapport à une régulation qui serait trop forte. Il faut bien admettre qu’au sortir d’une économie dirigée pendant quatre décennies, ça peut se comprendre. Ceci dit, il s’agit plus de différences d’accent que de substance : je veux souligner que notre ligne politique économique a été adoptée à l’unanimité par le Conseil du PVE.

La crise boursière et financière a quelque peu relégué au second plan la crise écologique. Pourtant ces deux crises me semblent avoir des liens étroits. Qu'en penses-tu ?

Entièrement d’accord avec toi. En fait, le modèle de développement économique dont nous vivons – espérons-le – la fin, se base sur l’exploitation sans bornes des ressources et des personnes en vue de la maximisation à court terme d’un seul paramètre : le bénéfice pour l’actionnaire. Et ce dans un contexte de régulation minimale sinon inexistante et d’information inégale des acteurs, la fameuse (et inexistante) main invisible assurant la bonne marche de l’ensemble. Dans la sphère financière comme dans le monde matériel, règle le dogme « the sky is the limit », autrement dit qu’il n’y a pas de limites ni de risques. Or, rien n’est moins vrai et ce sont ces limites et ces risques, bien réels, qui en quelque sorte nous ont sauté à la figure, faisant trinquer d’abord les plus faibles.

Mais plutôt que me lancer dans une longue exégèse des causes de la crise, qu’il serait trop long de développer ici, je pense que l’urgence est à la mise en place de solutions, qui passent pour moi par une refondation de notre mode développement sur des bases différentes : une économie mise au service du développement humain, et pas l’inverse ; l’égalité des droits réels ; une manière de vivre en harmonie avec les limites de notre planète et avec l’exigence de justice sociale. Et c’est là que les solutions aux différentes crises se rejoignent : la transformation verte de nos manières de produire énergie et biens matériels, de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, … est un chantier à la fois immense et urgent. Et c’est aussi le seul qui ait l’ampleur requise pour re-mobiliser et réorienter notre économie. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls à le dire : le Programme des Nations Unies pour l’environnement affirme qu’entre 20 et 30 millions d’emplois sont à créer dans l’économie verte.

Il s’agit donc que l’ensemble des acteurs – gouvernements, entreprises et citoyens – se saisissent de leurs responsabilités respectives pour réussir à relever un défi sans précédent.

L'élargissement de l'Europe sans approfondissement de ses institutions et de ses processus de décision n'a-t-elle pas été une énorme erreur ? La règle de l'unanimité en matières fiscales et sociales n'est-elle pas un handicap terrible à la cohésion et à la convergence de l'Union et à sa capacité d'influence sur la scène internationale ?

Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Il était – et reste - de la responsabilité historique de l’Union Européenne d’offrir une perspective réelle d’inclusion à tous les Etats du continent. Conditionner leur adhésion à un approfondissement – de nature fédérale – de l’UE équivalait à la renvoyer à un avenir à ce point éloigné que la promesse en devenait vaine. Quel tour aurait alors pris le développement non seulement économique mais surtout politique de ces Etats auxquels la porte de l’Union aurait été de facto close ? Même si on ne peut dire que tous les nouveaux Etats-membres sont des modèles de démocratie et de transparence, il n’en reste pas moins qu’ils sont engagés dans un processus qui y mènera plus sûrement que ne l’aurait fait un maintien durable hors de l’Union.

Cependant, il est clair que la crise que nous vivons met à nu les limites du modèle. La concurrence fiscale et sociale montre aujourd’hui ses effets : des Etats-membres comme l’Irlande ou les pays Baltes qui la pratiquaient agressivement subissent un retour de bâton violent. Plus grave, l’absence d’un véritable gouvernement européen, doté de ressources fiscales propres, rend extrêmement difficile l’adoption par l’Union Européenne des mesures indispensables pour répondre à la poly-crise que nous vivons. Qu’il s’agisse de régulation des marchés ou d’engager un plan d’investissement vert massif et concerté, nous avons besoin d’instruments qui nous permettent d’agir ensemble.

Ceci dit, plus encore que les institutions ou les ressources fiscales, ce qui manque en Europe c’est d’une volonté politique commune. Dans le domaine de la politique extérieure ou de sécurité, les Etats-membres de l’Union ont d’abord décidé d’agir ensemble avant de commencer à construire les instruments communs. De la même manière la mise en route d’un Green New Deal européen exige d’abord une volonté politique commune ; si elle existe, « l’intendance suivra ». Plus que les institutions, c’est cette volonté qui manque le plus : de Barroso à Brown en passant par Sarkozy, Merkel, Berlusconi et les autres, tous agissent comme s’ils étaient convaincus que des réponses nationales valent mieux qu’une réponse commune.

En attendant, les Etats-Unis d’Obama et la Chine avancent : selon une analyse des plans de relance faite par la banque HSBC, les Européens ont prévu d’investir 54 milliards d’€ dans des projets verts sur les deux années qui viennent. Moitié moins que les Etats-Unis et cinq fois moins que la Chine et la Corée du Sud réunies. Ce n’est pas ainsi que l’Europe se hissera à la pointe de la révolution verte !

L'Europe a bon dos. Certains groupes parlementaires approuvent des directives et, ensuite se plaignent de leur répercussions au niveau de leur espace national. Peux-tu nous en donner des exemples ?

Cela va beaucoup plus loin que cela : en réalité s’est constituée au Parlement Européen une sorte de grande coalition entre les conservateurs (càd le PPE, parmi lequel on retrouve le CdH et le CD&V mais aussi les amis de Berlusconi) et les socialistes qui, avec le soutien des libéraux, ont mené la politique de dérégulation et du tout à la concurrence et au marché, comme par exemple pour la Poste. Ainsi par exemple sur les services économiques d’intérêt général, les Verts se battent depuis des années pour une directive cadre, qui en quelque sorte immunise ces services des règles de la concurrence du marché intérieur. Là-dessus, nous avons été battus par une coalition des trois familles politiques traditionnelles.

Que les libéraux européens plaident pour le marché, rien que le marché, tout au marché peut se concevoir. Il est par contre ahurissant que les principaux leaders gouvernementaux socialistes – Zapatero et Brown en tête – affichent sans hésitation leur soutien à la reconduction de l’équipe en place à la Commission, Barroso en tête, celle-là même qui a accéléré la dérégulation en Europe.

L'élection de Barack Obama à la Présidence des USA aura-t-elle des conséquences positives sur les relations entre" l'ancien et le nouveau monde" et sur les relations diplomatiques, écologiques et économiques à l'échelle planétaire ?

Je crois en tous cas que les premières mesures prises par l’administration Obama indiquent un changement de cap assez radical. Dans son discours de victoire, il pointait les quatre défis auquels les Etats-Unis sont confrontés : deux guerres, une crise économique et financière et la crise climatique. Cette dernière sera au cœur de ses premiers entretiens avec l’UE à Prague, en avril. Jamais on n’aurait pu attendre cela de l’administration Bush, qui en était encore à nier la réalité du changement climatique.

Il est frappant de voir que les éléments principaux des deux premiers plans de relance sont, outre le sauvetage du secteur bancaire, l’éducation, la protection sociale et la lutte contre le changement climatique. Si les finances publiques des USA sont dans un triste état - déficit budgétaire de 10% du PIB et une dette publique de 11.000 milliards de dollars – l’administration Obama semble au moins avoir un sens des priorités plus conforme aux besoins réels que les leaders européens du moment.

De même, la manière dont Obama aborde les conflits en cours, notamment ou Moyen Orient, me semble à la fois plus réaliste et plus équilibrée.

L’Europe se trouve donc confrontée à un défi de plus. L’administration Bush était finalement un repoussoir confortable, qui faisait apparaître l’Europe comme un havre de raison et une pionnière de la lutte contre le changement climatique. Aujourd’hui, nous voici mis au pied du mur : si l’Europe veut peser sur la réponse aux défis écologiques, économiques et sociaux auquel le monde est confronté, elle va devoir se hisser au même niveau d’ambition que son partenaire américain.

Quel devra être le rôle primordial du Groupe des Verts dans le prochain Parlement européen ?

A nouveau peser plus fort que notre poids numérique ne le laisse penser !

Plus qu’un aiguillon, nous devrons être le catalyseur de majorités de changement au sein du Parlement. Nous sentons bien que le ciment de la pensée unique est en train de se fissurer, dans toutes les familles politiques (sauf peut-être chez les libéraux, mais leurs électeurs, eux, se posent des questions…).

Même si les gouvernements des Etats-membres font encore preuve d’une redoutable myopie, le Parlement peut utiliser tous ses moyens pour impulser des politiques qui mettent en route le Green New Deal en Europe, et c’est à cela que nous nous consacrerons ! N’oublions pas que le budget de l’UE doit être approuvé par le Parlement et qu’il couvre des réalités aussi diverses que les fonds structurels, la politique agricole commune, des programmes de recherche, … Le paquet climat-énergie, insuffisant pour nous, peut et doit être revu et accéléré.

Quelles seront tes propres priorités ?

Venant du monde de l’entreprise, je souhaite me focaliser sur les questions économiques, financières et monétaires. Je veux convaincre, au sein du Parlement et au dehors, de la la pertinence des solutions que les Verts préconisent pour répondre à la crise et tordre le cou à ce canard selon lequel l’écologie est le fossoyeur de l’économie. Au dix-neuvième siècle, les bons esprits prétendaient que donner des droits sociaux aux travailleurs allait tuer les entreprises. Aujourd’hui, on nous assène que prendre en compte le changement climatique, la santé des gens ou les droits à une vie décente pour les milliards de gens qui vivent au sud anéantira nos économies. Nous allons démontrer l’exact opposé : c’est justement au prix du respect de ces impératifs que nos économies fonctionneront réellement au service du bien commun.

J’ai aussi conscience que la valeur du travail accompli au sein d’un Parlement où les Verts sont encore loin d’être dominants (!) ne peut être que renforcée par une présence soutenue hors des murs du Parlement. En préparant la campagne du PVE, j’ai pu rencontrer nombre d’ONG, de syndicats, d’entreprises qui ont pu me donner la mesure des attentes de changement. C’est dans la réalité vécue sur le terrain que le travail politique prend son sens. En 2008, j’ai eu le plaisir de visiter douze des quinze régionales d’Ecolo pour parler de politiques européennes ; j’ai pu constater l’intérêt de tous pour ces enjeux et la nécéssité d’en débattre régulièrement pour que chacun puisse se les approprier et se former sa propre vision. Cela aussi fera partie de mon agenda politique.

Enfin, tu ne seras pas surpris que le PVE, lieu principal de mon engagement politique depuis 10 ans, restera au cœur de mes préoccupations.

Dernière question: tu travailles dans le secteur privé. Quelles sont les réactions de tes collègues et contacts à ta candidature et au programme des écologistes: mépris ou compréhension, hostilité ou adhésion ?

Cela fait 22 ans que je travaille dans le privé et 17 ans que je suis engagé en politique. Au travers des victoires et des défaites d’Ecolo, je n’ai jamais mis mon drapeau vert en poche. Dans l’entreprise où je travaille, le fait d’être engagé en politique est d’ailleurs plutôt valorisé. Mon management, mes collègues et clients n’ont donc pas vraiment été surpris que je décide de tenter le grand saut (même si le timing en a étonné certains) et je n’ai reçu que des encouragements.

Au-delà, je sens autour de moi une grande attente à l’égard d’Ecolo. Au fil de ces dernières années, nous avons su construire une crédibilité – notamment sur les thématiques économiques – qui porte ses fruits aujourd’hui. Le projet de société que nous défendons, les personnes qui le portent et notre attitude à la fois radicale et réaliste font de nous l’acteur de changement le plus crédible.

Un ancien client me disait l’autre jour « Tu sais, j’ai maintenant la conviction que nous devons changer de manière de vivre. Le défi des écologistes est d’avoir la pédagogie pour convaincre chacun d’entre-nous que le premier pas de ce changement est à notre portée et qu’en plus, la vie n’en sera que plus belle »

J’engage à présent un nouveau tour de la Belgique francophone, qui va me mener à la rencontre – en public et en privé – de centaines de nos concitoyens. Si j’y rencontre le même écho que celui qui m’est venu jusqu’ici des mes collègues et de mes amis, je suis convaincu que le rendez-vous du 7 juin ne sera pas triste pour les Verts.

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