Jacky Morael

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lundi 2 février 2009

Isabelle Philippon: une interview sur le Vif

Philippon

Comme elle l'avait écrit sur ce même blog, Isabelle Philippon, l'une des quatre journalistes licenciées du Vif, se déclarait prête à livrer son vécu et son analyse de cet évènement qui a fortement agité la blogosphère et le monde des médias.

Elle a tenu parole et m'a accordé une interview et je l'en remercie. D'autant plus qu'elle s'applique à elle-même la règle qu'elle a toujours tenté d'imposer à ses interviewés durant sa carrière au Vif: pas de langue de bois !

"Il y a une vie après le Vif"

Isabelle, tu as envoyé un commentaire sur mon blog où tu te déclares dispo à donner toutes les explications sur le pourquoi de ces quatre licenciements. Es-tu toujours dans le même état d'esprit ?

Oui, bien sûr ! Moins pour moi – même si cela fait du bien de faire l'objet de tant de marques de soutien et de recevoir tant de manifestations de solidarité – que pour mes ex-collègues qui travaillent toujours au Vif. Je souhaite qu'à l'avenir personne, au Vif, ne puisse être traité de la sorte. Au-delà, je pense que ce séisme largement médiatisé peut être utile pour l'ensemble des journalistes, de plus en plus mis sous pression et précarisés. Voilà pour le préambule.

Venons-en aux faits. Avant de tenter de voir clair dans les raisons de ces licenciements, je crois qu'il faut revenir sur les conditions dans lesquelles ils se sont déroulés. Cela en dit long sur les valeurs et les pratiques de certains « patrons de presse » ou, en tout cas, sur Amid Faljaoui, le directeur du Vif/L'Express et de Trends-Tendance, qui est, je crois, un cas à part dans le petit monde de la presse.

1/ SMS laconique envoyé par Amid Faljaoui, la veille au soir, me convoquant sur un lieu autre que mon lieu de travail habituel : « Je veux te voir à 9h30 demain, à Zellik » (je l'ai conservé précieusement). J'ai immédiatement téléphoné à Dorothée Klein, ma rédactrice en chef, pour savoir si elle savait de quoi il s'agissait. Elle n'était au courant de rien et elle-même était convoquée à 9 h, soit une demi-heure plus tôt. Renseignements pris, 2 autres journalistes étaient également convoquées : au total, 4 femmes ! ; 2/ Notification du licenciement des 3 journalistes (la rédactrice en chef, virée également, s'était vue signifier son congé juste avant nous), dont moi, le lendemain matin, par Amid Faljaoui ; 3/ Cette communication a duré trois minutes, et Faljaoui ne m'a pas regardée une seule fois : il suait le malaise . On peut le comprendre : quelques semaines auparavant, il m'envoyait encore un mail de félicitations pour mon « remarquable travail » (je l'ai, aussi, préciseusement gardé)! Et, trois semaines plus tôt, j'avais été priée de retarder mes vacances de fin d'année pour sortir, avec mon collègue et ami Philippe Engels, un supplément spécial sur la chute d'Yves Leterme ! ; 4/ Il a tenu les propos suivants : « Il fallait du changement au Vif. La rédactrice en chef a été virée pour incompétence. Mais on ne pouvait pas se contenter de ne couper que la tête : il fallait aussi s'en prendre aux membres de la rédaction, pour faire en sorte que l'ambiance au Vif change et que les autres marchent au pas à l'avenir. C'est tombé sur vous, mais cela aurait pu tomber sur trois autres têtes » ; 5/La responsable du personnel nous a ensuite communiqué la durée de notre préavis (non presté) : le minimum légal. Tant qu'à faire, autant ajouter l'avarice sordide à l'inélégance. 6/ Elle nous a également ordonné de ne plus nous rendre sur le lieu de notre travail, où nous avions pourtant laissé toutes nos affaires, notre ordinateur, nos contacts, notre documentation et autres affaires personnelles ; 7/ De retour chez nous, j'ai voulu prévenir mes relations professionnelles de mon licenciement, de façon à ce qu'elles arrêtent de m'envoyer des messages au Vif. Las ! L'accès à mes mails était déjà verrouillé : on avait ajouté la violence et la censure à l'avarice et à l'inélégance ; 8/ Nous avons pu retourner sur notre lieu de travail le samedi, lorsque les bureaux étaient vides. Une vingtaine d'années de documentation à trier, cela ne se fait pas en deux heures. Pourtant, à midi, un garde de la sécurité est venu nous ordonner de partir : il n'avait pas l'autorisation de nous accepter à l'intérieur du bâtiment après midi. A ce moment, nous aurions dû le laisser appeler la police et, de notre côté, rameuter les copains journalistes et caméramen, pour qu'ils viennent filmer ce qui était en train de se passer, mais nous étions trop sonnées pour y songer.

On avait ajouté la vulgarité à la censure, la violence, l'inélégance et la cupidité ! Telles semblent être devenues, aujourd'hui, les « valeurs » du groupe Roularta…

Plusieurs thèses ont circulé: rédaction trop critique à l'égard des positions flamingantes, tensions croissantes au sein de la rédaction, influence (in)directe du PS à la veille des élections, peopolisation-marcandisation de l'hebdo. Ces thèses te semblent-elles crédibles ou en vois-tu une ou plusieurs autres ?

Une semaine après notre licenciement, alors que la polémique faisait rage (au grand désespoir de Faljaoui qui avait cru pouvoir « nettoyer » le Vif en toute discrétion), nous découvrions, dans le Soir, ces propos d'Amid Faljaoui : « Les journalistes licenciées avaient un problème avec l'éthique ». Nous aurions formulé, aussi, des « fatwas intellectualisantes ». Dans La Libre, il assure nous avoir virées parce que « les ponts étaient définitivement coupés entre la rédaction en chef et une majorité de la rédaction ». Dame ! Avions-nous été promues à notre insu ?, Etions-nous devenues adjointes à la rédaction en chef ? Balivernes, que tout cela ! Le cas de Dorothée Klein, l'ex-rédactrice en chef, est à dissocier de celui des 3 journalistes virées dans son sillage : le statut de rédac chef est une position risquée, l'interface entre les managers et les journalistes, le premier fusible que l'on fait sauter lorsque les choses tournent à l'aigre. Les journalistes, en principe, ne sont virés que s'ils sont incompétents, paresseux, réfractraires à l'autorité. J'ai la faiblesse de croire que notre incompétence, notre parresse ou notre résistance à l'autorité auraient été repérées avant quenous n'ayons, ensemble, atteint 55 ans d'ancienneté au Vif ! J'ai, pour ma part, remporté 7 prix de journalisme. Pascale Gruber, spécialisée en articles médicaux et scientifiques, en a récolté 3. Soyons sérieux. Il est clair que les raisons de notre licenciement se trouvent ailleurs.

Pascale Gruber était la présidente de la Société des journalistes du Vif. A ce titre, elle se faisait le porte-voix des inquiétudes de l'ensemble de la rédaction quant à l'évolution de la ligne éditoriale, de la peopelisation du magazine, de la disparition des sujets de fond au profit d'articles d' « actu », légers, « réactifs », ainsi que des couvertures de plus en plus « accrocheuses », « coup de poing » (exemples : « Comment l'Islam menace l'école » et la série de covers anti-flamandes). Bref, elle relayait nos inquiétudes devant la constatation que la forme prenait de plus en plus souvent le pas sur le fond. Autrement dit : aux yeux de la hiérarchie et des « managers », elle était considérée comme encombrante, dérangeante. Elisabeth Mertens, quant à elle, ex-coordinatrice des pages culturelles, a fait les frais de la création du supplément Focus, axé sur la « culture jeune » et désormais vendu en même temps que Le Vif et Week-End,son supplément « lifestyle » : puisqu'un nouveau rédac chef avait été nommé à la tête de Focus, cela faisait beaucoup (trop) de monde pour la gestion de la culture, une rubrique de plus en plus négligée dans un magazine de plus en plus people. Quant à moi, journaliste politique depuis vingt ans au Vif, j'occupais une fonction « en vue ». J'étais fort visible dans les colonnes du magazine, sur la scène de la rentrée politique du Vif (co-organisée, ces dernières années, avec la RTBF), mais également à l'extérieur, sur les plateaux de télé, à la radio, dans les débats publics. Cela a dû faire peur à Christine Laurent, la nouvelle rédac chef, soucieuse de se créer, pour elle-même, une visibilité dont elle est jusqu'ici cruellement dépourvue : je l'imagine très bien « échangeant » son arrivée à la tête de la rédaction du Vif contre mon licenciement. Je vois, aussi, une autre raison à mon licenciement : à plusieurs reprises, l'air de ne pas y toucher, Amid Faljaoui avait souligné mon « impertinence », ma liberté de ton, mon indépendance à l'égard de l'establishment. Or le directeur du Vif et de Trends n'aime rien davantage que la fréquentation de l'élite politique et économique. Il s'y fait des relations, il flatte d'importants egos qui lui rendent la pareille. L'impertinente que j'étais a dû, parfois, lui valoir quelques remarques acerbes d'une éminence ou l'autre, président de parti, ministre en vue. Un vrai journaliste, voire un patron de presse soucieux de la qualité de son magazine et de l'ndépendance de ses journalistes, en aurait éprouvé de la fierté. Lui, au contraire, en était contrarié. Ainsi, en me congédiant pour libérer de l'espace pour Christine Laurent, il se faisait également plaisir : cela s'appelle joindre l'agréable à l'utile.

Es-tu d'accord avec le texte de la tribune libre des universitaires et journalistes ? Que penses-tu du buzz sur le net qui a forcé La Libre et Le Soir à y donner suite ?

Je suis entièrement en accord avec la tribune libre intitulée « Un journalisme mis au pas ». Au-delà de mon petit sort personnel, de celui de mes 2 collègues d'infortune et de celui de mon ex-rédactrice en chef (laquelle a été instrumentalisée par Amid Faljaoui avant d'être désavouée par lui), c'est l'avenir de la presse, la liberté des journalistes, qui est en jeu ici. Je pense qu'à cet égard, le cas du Vif est emblématique : ce magazine, qui était un journal de référence jusqu'il y a peu, a perdu de sa qualité en très peu de temps. La preuve que des egos surdimensionnés, un goût immodéré pour le pouvoir et l'absence de projet rédactionnel peuvent, très rapidement, avoir un impact dramatique. On a l'impression que les managers du Vif « jouent » avec le magazine comme s'il s'agissait de leur hochet, sans se préoccuper de ceux et celles qui le font, et sans se préoccuper, non plus, de ses lecteurs. On croyait l' « institution » Vif insubmersible, il n'en est rien : si l'on ny prend garde, le navire peut couler. Bien sûr, le « trend » actuel, pour emprunter au jargon franglais à la mode, n'est pas favorable à la presse : les gens lisent, paraît-il, de moins en moins, le métier change (ces derniers temps, j'étais fort sollicitée pour pondre des articles destinés à l'Internet, en plus de ma production « papier »), le secteur subit de plein fouet la crise économique et la diminution des budgets publicitaires. Dans les quotidiens, l'heure est aussi aux restructurations. Par conséquent, les rédacteurs en chef de La Libre et du Soir ont pu se sentir visés par les propos des signataires de la carte blanche intitulée « Un journalisme mis au pas ». Sans doute, et on peut le comprendre, ont-ils répondu, dans un premier temps, à un réflexe un brin corporatiste : entre patrons, épargnons-nous. Peut-être, aussi, ont-ils jugé que la charge contre Amid Faljaoui était trop violente, qu'elle ne pouvait être le reflet de la réalité, qu'elle était fatalement caricaturée. Qu'ils se rassurent : les méthodes dénoncées dans cette carte blanche sont le pur reflet de la réalité mais, fort heureusement, elles restent le fait d'une toute petite minorité de « managers » qui croient avoir tous les droits et se comportent comme de vulgaires mercenaires. Les rédacteurs en chef de La Libre et du Soir sont, je le crois, d'une autre espèce. Le succès rencontré par cette carte blanche sur le Net -lequel a finalement forcé les deux quotidiens à revenir sur le sujet - prouve qu'il est vain, désormais, de vouloir confisquer une information, étouffer un débat, d'espérer éviter une polémique. Il prouve aussi que les citoyens sont particulièrement sensibles au sort que l'on réserve aux journalistes, à la qualité de l'information, à la liberté et l'indépendance de la presse. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle !

Comment vois-tu l'évolution du Vif, dans sa ligne éditoriale et dans les relations entre la rédaction et la direction ?

Pour mes collègues, je souhaite sincèrement que les choses se calment, que les relations entre les journalistes et la direction se pacifient. Je me dis qu'après cette deuxième purge (la première ayant eu raison de vraies grandes carrures, à savoir Jacques Gevers, Stéphane Renard et Jean-François Dumont, respectivement directeur de la rédaction, rédacteur en chef et rédacteur en chef adjoint), les « chefs » vont sans doute se calmer, tenter de désamorcer les tensions. En réalité, il y va de la survie du titre et, aussi, de leur propre emploi. Sur l'évolution de la ligne éditoriale, hélàs, je nourris les craintes les plus vives. Que la patronne du supplément Week-End endosse, désormais, la direction du news, n'augure rien de bon quant au fond. Vous faites allusion, dans votre question, à l'intervention (in)directe du PS. Là-dessus, mon opinion n'est pas faite. Certes, j'ai reçu des témoignages de soutien de TOUS les partis politiques, à l'exception notable du parti socialiste : peut-être est-ce dû, effectivement, au fait que l'on s'y réjouit de l'arrivée de Laurent , réputée proche du PS, à la barre du Vif. J'ai entendu, ces derniers jours, beaucoup de commentaires allant dans ce sens. Je crains, pour ma part, que la réalité soit plus grave encore : que la direction du Vif soit, à l'avenir, soucieuse de ménager TOUS les décideurs, de ne froisser la susceptibilité de personne, si ce n'est celle de petits poissons ou d'ambulances sur lesquelles il ne coûte plus rien de tirer. On verra rapidement quel type de journalisme sera désormais appliqué au Vif. Mais les lecteurs seront meilleurs juges que moi. J'ai, désormais, autre chose à faire…

Comment, humainement, as-tu vécu ton licenciement et les méthodes utilisées pas la direction du Vif ?

D'abord avec sidération : comment peut-on faire preuve d'une telle bassesse et d'une telle vulgarité ? Et puis, est venu le soulagement : quel bonheur de ne plus avoir à mettre ma plume et mes connaissances au service de pareilles personnes !

As-tu des projets pour l'avenir ?

Pour l'instant, je profite de ma nouvelle liberté de parole et de pensée. Je savoure tout le soutien que me témoignent des tas de gens « bien ». Je suis rassurée : le travail effectué durant toutes ces années n'aura pas été vain, puisqu'il aura été reconnu et apprécié par un grand nombre de lecteurs et d'internautes. Et, surtout, je continue de savourer ce sentiment de chaleur, je reste nichée dans la solidarité que m'ont témoignée mes camarades restés au Vif – ils ont fait grève durant 6 jours, et ce malgré de terribles pressions ! C'est si bon, d'avoir de vrais amis… Pour le reste, j'adopte une position de disponibilité, de réceptivité. J'écoute ce que l'on me dit, j'enregistre, j'essaie de « sentir » ce que serait bon pour moi, de réfléchir à qui, à quoi je pourrais me rendre utile à l'avenir. Il est encore un peu tôt pour prendre de grandes décisions. Mais je suis persuadée qu'il y a une vie après Le Vif !

Alors, bon vent, Isa...

dimanche 25 janvier 2009

Licenciements Express au Vif !

CoverVif

Convoquées la veille, quatre collaboratrices du Vif-L'Express se sont vues licienciées sur le champ jeudi matin par la directon de leur hebdomadaire: la rédactrice en chef, Dorothée Klein, et trois journalistes; Pascale Gruber, Elisabeth Mertens et Isabelle Philippon.

Sans motif, sans explications et avec l'obligation de faire leurs cartons au plus vite. Du balai, quoi. Et avec une brutalité honteuse. La grille Claeys pour le calcul des préavis généralement appliquée aux journalistes ne l'a pas été pour ces quatre-là, qui se retrouvent donc avec une indemnité minimale. Les journalistes ont été en outre priées de venir vider leurs bureaux samedi matin (moment où la rédaction est vide), sous la suveillance d'une envoyée de la direction et d'un vigile qui les ont expulsées après deux heures, les obligeant à laisser sur place une bonne part de leurs archives. De même, elles ont du abandonner leur ordinateur professionnel, c'est-à-dire leurs archives, projets, correspondance internet et, plus grave, leurs listes de contacts et d'informateurs !

Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec les évictions successives, il y a quelques années, de Jacques Gevers, de Jean-François Dumont et de Stéphane Renard, trois excellents journalistes que j'ai eu le plaisir de côtoyer durant ma vie politique et qui avaient réussi à faire du Vif un hebdo de réference dans le paysage médiatique francophone.

Autre signe qui ne trompe pas, la nouvelle rédactrice en chef sera Christine Laurent, qui dirigeait jusqu'ici le Vif-Week-end, supplément que, comme beaucoup, je virais tout droit dans la pile de papiers à recycler tant il me foutait les boules par son côté people, fashion, bling-bling et pubs pour gens très friqués. Le supplément parfait pour les salles d'attente des cabinets de dentisterie ou les salons de coiffure.

Populisme, sensationnalisme et perte de contenus: les mamelles du mercantilisme

La presse, quatrième pouvoir, n'échappe pas à la marchandisation de pans entiers de la société. Le Vif non plus. Il faut vendre à n'importe quel prix et accrocher le chaland, quitte à se livrer aux pires dérapages; comme par exemple lorsque l'hebdo surfe sur la vague anti-islamique par des couvertures nauséeuses comme "Ces belges fous d'Allah" ou "L'islamisme gangrène l'école". Deux couvertures, très différentes par ailleurs des dossiers produits par la rédaction, qui ont valu au Vif, suite à de nombreuses plaintes, de se faire remonter les bretelles et condamner moralement par l'Association Professionnelle des Journalistes et par le Centre pour l'Egalité des Chances. Ou, autre exemple, lorsque la direction met à la file un article sur l'effet de serre et une pub pleine page pour un nouveau modèle de 4X4.

Ces quatre licenciements n'augurent rien de bon.

Monsieur Faljaoui, le directeur, (qui avait déjà suscité une grève de la rédaction lors de sa nomination en 2005) invoque des tensions croissantes au sein de la rédaction pour se justifier. Mais des tensions sur quoi ? Pas un mot. Preuve que le problème est plus profond et que si tensions il y a, ce n'est pas seulement au sein de la rédaction. Preuve aussi: les journalistes se sont mis en grève vendredi et exigé la réintégration des quatre journalistes. Des entrevues ont eu lieu avec le directeur et le responsable du groupe Roularta (propriétaire du Vif), sans aucun résultat. Une nouvelle réunion est prévue lundi.

Journalistes précarisés et mis sous pression

Le blog Molenews http://molenews.hautetfort.com/, consacrait il y a peu un billet à ce sujet à l'occasion de la mutation forcée au Soir de Martine Vandemeulebrouck du service société (où elle excelle) au site web du journal. Isabelle Philippon envoya le commentaire que voici surle blog:

"Non-respect des droits sociaux des journalistes ? Désamour de la direction à l’égard d’une "résistante" à la peopelisation de l’info ? Il y a sûrement de tout cela dans la mutation forcée de Martine. Mais, plus largement, on peut y voir cette patte qui nous écrase tous. Cette idéologie managériale ne jurant que par la performance économique. Elle est à l’oeuvre depuis très longtemps dans le secteur "marchand". On a cru pendant longtemps aussi, naïvement, que les patrons de journaux étaient mûs par d’autres ambitions, par une vraie passion qui ne s’explique pas que par le goût de l’argent. Aujourd’hui, force est de constater que les journaux, "nos" journaux, sont devenus des produits commes les autres. On pourrait presque parler de "régression morale". L’énorme pression qui pèse désormais sur les journalsites les contraint à se penser eux-mêmes comme des produits et à se vendre en permanence : il faut sans cesse se présenter comme hypermotivé, flexible, adaptable. Il faut proposer des papiers "anglés", "sexys", de plus en plus courts et incisifs. Les relations humaines sont à l’avenant : dans les rédactions, ce n’est plus l’aptitude au dialogue, à la réflexion et à la solidarité qui se trouve privilégiée, mais ce qui contribue au contraire à ruiner cette aptitude : un rapport de plus en plus marchand et stratégique à soi-même et aux autres. Les "résistants", dans ce contexte, n’ont aucune chance..."

C'était le 2 décembre dernier. Prémonitoire ? Inquiétant, en tout cas. Très.

Des relents de politisation ?

Y aurait-il par ailleurs derrière cette affaire des pressions ou à tout le moins le désir de la direction de faire plaisir à certains à quelques mois des élections ? On sait M Faljaoui très proche d'Elio Di Rupo et Mme Laurent des milieux socialistes en général (son mari fut porte-parole de Guy Spitaels). Or le Vif ne s'est guère montré politiquement complaisant avec le PS (pas plus qu'avec les autres partis d'ailleurs) et a souvent exercé son devoir d'analyse critique des faits et des comportements.

Alors ? Marchandisation et politisation seraient-elles les deux mâchoires de la tenaille ? Rien n'est prouvé mais la question doit en tout cas être posée.

Si tel devait être le cas, ce serait plus inquiétant encore.

Mise à jour

Charles Bricman, ancien journaliste qui a passé quatre années au Vif, informe sur son blog qu'une tribune libre a été rédigée par par divers journalistes et universitaires spécialisés, et non des moindres: Martine Simonis, Secrétaire Nationale de l'Association des Journalistes Professionnels- Pascal Durand, Professeur ordinaire à l'ULg- Benoit Grevisse, directeur de l'école de journalisme de Louvain (UCL)- François Heinderyckx, Professeur ordinaire à l'ULB- Claude Javeau, Professeur émérite de l'ULB- Jean-Jacques Jespers, directeur de l'école universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB)- Hugues le Paige, journaliste- Gabriel Ringlet, Professeur émérite de l'UCL- Marc Sinnaeve, Président du Département journalisme de l'IHECS.

Cette tribune a été refusée par les rédacs chefs du Soir et de La Libre. Voir commentaire n°8 de Charles, avec un lien direct vers le blog, ou il publkie également la consternante réponse du rédac chef de La LIbre, Michel Konen, à une lettre que lui a envoyé sa rédaction pour soutenir la publication de la tribune.

Le texte de cette tribune est publié intégralement sur le blog d'Hugues Lepaige, à l'adresse:

http://blogs.politique.eu.org/hugueslepaige/index.html

Mise à jour 2

Suite au refus de publier la tribune, un énorme buzz a circulé sur la toile toute la journée d'hier. Avec un résultat positif. La Libre publie la tribune avec les commentaires de son rédac chef et Le Soir y consacre un article avec un lien vers le texte complet, publié sur le site de l'AJP (Association des Journalistes Professionnels). Cela ne change rien au fond de l'affaire, mais prouve au moins que les mobilsations sur le net peuvent s'avérer très efficaces. La rédaction du Vif a repris le travail, les indemnités des quatre licenciées ont été revues à la hausse et un faux Vif sortira demain (sans avoir été écrit par la rédaction). Un précédent dangereux. Qui rappelle les conflits sociaux aux USA dans les années trente, lorsque le patronat engageait des "jaunes" pour remplacer les travailleurs en grève sur les machines. Vous avez dit régression ? Un grand gâchis en tout cas.

mardi 20 janvier 2009

L'ONU uninvolved ?

UNinvolved.bmp

"Uninvolved" ? D'apès mon dico Harrap's, ce terme signifie "non concerné", "non impliqué", "non mêlé à une querelle".

Cette photo saisissante traduit de façon cinglante l'incapacité congénitale de l'ONU à stopper les conflits les plus sanglants, ne fût-ce que pour laisser le temps à la médiation et à la négociation.

Au Rwanda, au Darfour, au Nord Kivu comme à Gaza, les soldats onusiens en ont été réduits à assister en spectateurs passifs des pires atrocités. Pourtant, la Chapitre 7 de la Charte fondatrice des Nations Unies est très clair: il autorise et légitime le recours à la force dans les cas de conflits militaires, a fortiori lorsque des civils en sont victimes.

Je hais toutes les guerres. J'ai été objecteur de conscience et ai effectué mon service civil. Pourtant le recours à la force armée est parfois l'ultime recours efficace, non pas pour prendre parti mais pour protéger les populations civiles et les infrastructures et fournitures de première nécessité (hôpitaux, écoles, alimentation en eau, nourriture, médicaments, aide humanitaire et énergie).

Plus de 1200 morts. Pour rien. Retour à la case départ. La martyrologie des terroristes du Hamas ne fera que s'amplifier, de même que la victimologie des faucons du gouvernement Olmert. Au point d'importer le conflit jusque dans les pays occidentaux.

Sur ces différents aspects, je recommande la lecture du blog de mon ami Henri Goldman à l'adresse suivante:

http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html

Face à ce grave constat de carence, une réforme de l'ONU s'impose, à commencer par la suppression du droit de veto accordé aux cinq vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Il y a 63 ans ! Nous avons changé de siècle et ce droit de veto est obsolète et source de paralysie, comme l'a cruellement démontré l'inaction forcée des casques bleus lors du génocide qui eut lieu durant d'interminables semaines de massacres planifiés en 94 au Rwanda, avec pour résultat près d'un million de morts parmi les tutsis et les hutus modérés.

Face à de tels drames, il est vain et inefficace de renvoyer les adversaires dos à dos et de lancer des appels pieux à la raison, au cessez-le-feu et au dialogue.

Encore faut-il de pas jeter de l'huile sur le feu. Le groupe Ecolo du Parlement wallon a mis le doigt sur une aberration incroyable. Le groupe Dexia (banque des collectivités locales et de la région wallonne) participe - via une filiale en Israël - au financement de l'implantation de colonies en Cisjordanie ! Quant on sait que ces implantations illégales sont une des sources majeures du conflit, on en reste pantois. Le gouvernement a été interpellé et une motion déposée. J'y reviendrai prochainement. Toutes les infos sont disponibles sur le site ecolo.be.

mercredi 31 décembre 2008

Herman Premier après la choucroute du nouvel an ?

belgiquedéchirée illu Philippe Mercenier http://zurbains.skyrock.com

Ainsi donc, nous aurons un nouveau gouvernement vendredi après le vote de confiance de la Chambre.

Y a-t-il tout lieu de s'en réjouir ? Que nenni non point.

D'accord, le pays évite des élections anticipées qui marqueraient, en Flandre, une montée des partis séparatistes, populistes et fascisants. Ce qui rendrait la situation encore plus kafkaïenne et la simple gouvernance (via la recherche d'une majorité parlementaire) transformée en cauchemar.

Mais, au-delà de ce soulagement -qui risque bien de n'être que temporaire- le mini remaniement ministériel ne change rien aux maux et aux graves problèmes qui sévissaient lors de la démission d'Yves Leterme. Non seulement tous les dossiers restent en l'état mais de nouveaux facteurs de risques sont venus s'y ajouter.

La situation au CD&V, tout d'abord, qui en est déjà revenu aux meurtrières luttes assassines qui firent les heures de gloire de feu le CVP. Chassez le naturel... La démission d'Inge Vervotte en est un premier signe. Deux clans se constituent. Un autour d'Yves Leterme, qui n'est pas prêt à pardonner la diffusion aux parlementaires par Herman VR de la note du président de la Cour de Cassation qui a provoqué sa démission. Il est fort à parier que ce clan sera très tenté de retirer le tapis sous les pieds d'Herman Ier à la première occasion. Et les occasions ne manqueront pas, on s'en doute.

D'autre part, l'Open-VLD ne cache pas son désir d'élections fédérales en juin 2009, histoire de noyer dans le fatras fédéral l'image de Chris Peeters à la tête de la région flamande. Si les libéraux flamands le veulent ainsi, ce ne sont pas les occasions qui vont leur manquer pour provoquer une crise gouvernementale.

Au sud du pays, le casting et le scénario ne sont guère plus emballants. CdH et PS font assaut de mamours et annoncent leur souhait de reconduire leurs alliances à Bruxelles et en Wallonie. Didier et Elio se chamaillent ferme à coups de seaux et de pelles dans le bac à sable, pour devenir le chef du premier parti francophone et ainsi avoir la main pour la formation des prochains gouvernements.

Mais il y a bien pire: l'absence de projets novateurs et de vision à long terme. Le fonds de réserve pour les pensions futures est gravement négligé, le budget 2009 est un chef d'oeuvre de trompe l'oeil, et le développement durable et l'enjeu climatique sont passés à la trappe dans ce "plan de relance" qu'on croirait tout droit ressorti des crânes d'oeufs des années septante. Juste un plan "disco", avec paillettes et boules lumineuses, mais rien d'ambiteux sur la recherche et l'innovation, sur le soutien aux filières vertes, au Green Deal, qui permettraient pourtant de commencer enfin à répondre au défi écologique, de réduire la facture des ménages et de créer des emplois non délocalisables, comme l'ont démontré nombre de pays, de régions et de villes en Europe. Mais il paraît que ça coûte trop cher...

On n'est pas sortis de l'auberge. Mais, moi j'dis ça, j'dis rien.

Un bon an 9 tout de même. Puisse-t-il vous apporter quelques pépites de bonheur et d'espoir à tous et toutes.

jeudi 27 novembre 2008

40% de la Flandre sous les eaux ?

Climat

Une hausse des températures de moins de deux degrés à l'échelle mondiale suffirait à déclencher la fonte des banquises du Groenland et de l'Arctique, avertit jeudi l'organisation de protection de l'environnement World Wildlife Fund (WWF, Fonds mondial pour la nature).

"Les scientifiques estiment aujourd'hui que même un réchauffement climatique de moins de deux degrés Celsius serait suffisant pour voir disparaître la banquise de l'océan Arctique et fondre celle du Groenland", déclare l'ONG dans un communiqué.

"A la suite (de ce phénomène), le niveau des mers et des océans s'élèverait de plusieurs mètres, menaçant des dizaines de millions de personnes à travers le monde", prévient WWF.

La fonte de la banquise de l'Arctique pourrait avoir des répercussions sur les écosystèmes, tandis que la disparition d'une partie de celle du Groenland serait susceptible d'entraîner une hausse du niveau de la mer pouvant aller jusqu'à sept mètres.

Face à ces prévisions, l'organisation de protection de l'environnement exhorte les participants d'une réunion internationale sur le climat qui se tiendra à partir de lundi en Pologne à "élaborer un texte de négociations fort pour un nouveau traité sur le climat", attendu l'année prochaine.

"La fonte précoce des banquises du Groenland et de l'Arctique pourrait avoir bientôt des conséquences dangereuses, accélérant le réchauffement climatique et rendant ce phénomène plus important que prévu", a estimé un haut responsable de de WWF, Kim Carstensen.

"Les hommes politiques responsables ne peuvent pas tolérer de perdre une seconde de plus en remettant à plus tard des stratégies, face à ces avertissements urgents que nous lance la Nature", a-t-il ajouté.

Et chez nous, et ailleurs ?

En cas de fonte de la glace du Groenland et de la hausse de 7 mètres du niveau de la mer qui s'ensuivrait, c'est environ un dixième du territoire belge et 40% de la Flandre qui se trouveraient sous le niveau de la mer.

La figure ci-dessus donne une idée de ce que cela donnerait pour une hausse du niveau de la mer de 8m (source: UCL, département de géographie, le bleu représente les étendues situées sous le niveau de la mer, qui seraient inondées en l’absence de protection).

La Belgique ne serait donc pas épargnée par ce phénomène nouveau des "réfugiés climatiques" ! Avec son cortège de confrontations d'intérêts, d'exclusions, voire de violences.

Les très coûteux plans destinés à contrer la profonde crise bancaire, boursière et spéculative n'auront de sens et d'utilité que s'ils s'articulent en même temps avec une détermination dynamique de s'attaquer au "mal-développement" qui ravage la planète.

Cette fois, il ne suffira plus de sauver les bourses, mais aussi et surtout de préserver la vie !

vendredi 21 novembre 2008

Au nom du père et du fils

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Bouge-toi de là que je m'y mette ! Alors que la fédération liégeoise du PS s'adonne aux luttes intestines et se montre incapable de s'accorder sur des projets porteurs et cohérents (Tram, Espace Guillemins, Liège capitale européenne de la Culture en 2015, etc), Papa Daerden vient d'en remettre une couche en "offrant ses services" (on sait ce que cet euphémisme veut dire en réalité : "j'exige") pour mener la liste des camarades liégeois aux élections régionales de juin prochain.

Alors que des accords se dessinaient entre le bourgmestre Demeyer (dernier de liste) et le ministre Marcourt (tête de liste), cette sortie intempestive et un brin napoléonesque de Daerden a toutes les chances de foutre la bronca au sein de la fédération.

A l'épicentre de cette sortie, rien moins que des questions d'égo : Daerden veut en découdre directement avec Reynders et voir qui pissera le plus loin. Ah, l'égo-développement a encore de beaux jours devant lui !

Le parlement européen comme salle d'attente

Mais il y a un os, et de taille. Frédéric, le fils prodige, lorgne également vers le Parlement Wallon et aspire à un poste ministériel. Mais leurs liens de parenté interdisent qu'ils siègent ensemble dans la même assemblée. Qu'à cela ne tienne, papa a la solution et conseille vivement au fiston de se porter candidat sur la liste européenne. "Après tout, certains tel Elio Di Rupo, sont passés par là et cela ne les a pas empêchés de retrouver des fonctions intéressantes".

Voilà donc l'opinion de Papa sur le parlement européen; une salle d'attente un peu comme l'espace à boules colorées chez Ikéa où les bambins peuvent passer le temps pendant que leurs parents vaquent à leurs emplettes.

Lamentable et grossier, quand on connaît le poids des délibérations européennes sur notre droit interne et sur la nécessité que les 27 pèsent de tout leur poids sur les urgences du moment : crise climatique, sociale, financière et économique, situation en RDC,...

Le népotisme ne sévit pas qu'au PS. Il suffit d'observer la prise en tenaille de Karel De Gucht par les Michel, père et fils, KDG étant pratiquement mis sur la touche.

En ces temps plus que troublés, la méfiance du citoyen envers ses élus a bien peu de chances de se transformer en espoir et en confiance.

mercredi 5 novembre 2008

Obama élu : joie, espoir ... et incertitudes

Obama

Nous sommes nombreux à avoir veillé tard cette nuit devant nos écrans pour suivre le suspens de l'élection présidentielle américaine, conscients que son issue allait peser sur le cours du monde dans les années à venir.

Au petit matin, nous avons éprouvé un mélange de soulagement, de joie et d'espoir. Ce changement de pouvoir au sein de la toute-puissante amérique ouvrait enfin la possibilité de changements à l'échelle de la planète entière, après huit années de busheries insoutenables (mensonges éhontés pour justifier la guerre en Irak, régression cauchemardesque dans le domaine des droits civiques via le Patriot Act, fichage, espionnage, écoutes, surveillance internet, prisons illégales et recours à la torture, laissez faire-laisser aller dans le monde bancaire et financier, obstructions systématiques aux mesures de lutte contre le dérèglement climatique, politique impériale et unilatérale, etc, etc).

Des raisons d'espérer

Sous réserves d'analyses plus fouillées et plus documentées, le scrutin US offre quelques raisons de se réjouir.

Tout d'abord, la victoire d'Obama est nette et incontestable (364 grands électeurs contre 158), dans une élection dont le taux de participation constitue un record (66%). Obama a réussi à mobiliser nombre de déçus et de laissés-pour-compte : les jeunes, les exclus de la santé, de l'éducation et de l'emploi, les minorités culturelles et sexuelles, qui ont pour beaucoup retrouvé la confiance perdue dans leur démocratie. On peut supposer, par l'absurde, que sa qualité de métis (donc a priori sans aucune chance) a galvanisé ces catégories. "S'il a quelque chance, alors moi aussi". C'est incontestablement une formidable avancée démocratique pour ce pays réputé pour ses préjugés ethniques. Nos démocraties européennes s'en prennent une sacrée gifle par comparaison.

Il faut aussi relever le discours responsable et positif de Mac Cain qui, reconnaissant sa défaite et félicitant le vainqueur (figure classique), lui a aussi adressé ses encouragements et promis son soutien et appelé la nation américaine à faire corps autour de la nouvelle administration. Voilà qui atténue le spectre d'une Amérique coupée en deux clans haineux et son cortège de violences potentielles.

Enfin, Obama a la majorité parlementaire à la Chambre et au Sénat et aura quatre ans pour renouveler partiellement la cour suprême (plusieurs juges âgés -et ultra-conservateurs- sont sur le départ), une cour dont on sait le poids énorme dans nombre de questions judiciaires, constitutionnelles, civiques et éthiques.

Mais des incertitudes également

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Obama a, d'un point de vue professionnel, mené une campagne remarquable. Tout à la fois posé et enthousiasmant, rassurant et novateur, imperturbable face aux attaques, souvent nauséabondes, il s'en est tenu à son coeur de cible et à ses promesses de changements ("yes, we can"). But, we can what ?

Certes, il s'est avancé sur des questions cruciales aux USA (comme l'assurance santé ou Kyoto 2). Il s'est également prononcé sur le transfert de troupes d'Irak vers l'Afghanistan.

Mais quid précisément du bourbier israélo-palestinien ? Qu'entend-il par une politique plus multilatérale avec l'Europe, l'Afrique et les pays émergents ? Quid de ses futures relations avec les pays d'Amérique du Sud, dont les relations avec les USA sont quasi congelées ? Quid du nucléaire et des projets de forages pétroliers en Alaska ?

Et puis, il hérite d'une situation financière et boursière catastrophique (la Chine prêtant de l'argent aux USA, inimaginable il y a 20 ans !). Quels sont ses projets pour les indispensables réformes du FMI et de la Banque mondiale ? Quelle sera sa volonté et sa marge de manœuvre pour réguler les marchés boursiers et mettre de l'ordre, de la transparence et de l'éthique dans les pratiques des cinglés de Wall Street ?

Face à la crise alimentaire et économique, osera-t-il s'attaquer aux accords de l'OMC ?

Voilà quelques uns (seulement) des défis auxquels le nouveau président a être confronté. Dur, dur.

Une chose est certaine en tout cas et les résultats en attestent, Obama est bien plus représentatif de l'Amérique d'aujourd'hui et de demain que son rival qui devait supporter le boulet de l'héritage Bush. Une Amérique qui accepte enfin son métissage, plus tolérante et plus respectueuse du monde extérieur.

Beaucoup d'incertitudes, donc. Mais aussi beaucoup d'espoirs.

Un ajout un peu olé, olé

Un ami facétieux m'a envoyé ce fichier. Il n'y a qu'aux states que cela peu se produire. Dans l'incertitude, poilons-nous un peu. Et puis, c'est peut-être le signe qu'Obama pourra apporter un peu de bonheur. A sa manière.

http://www.headostate.com/

;o))

vendredi 31 octobre 2008

La procrastination, redoutable alliée du nucléaire

La "procrastination", très très peu de gens connaissent ce mot rare. Il a été sorti de l'oubli par Francis Van de Woestyne, excellent journaliste de La Libre, pendant les années 80 (il est toujours en fonction, pour le plus grand honneur de la presse). A l'époque, il critiquait les gouvernements successifs dans leur incapacité à prendre les mesures nécessaires à juguler la grave crise budgétaire dans laquelle se trouvait la Belgique.

La procrastination est la déplorable politique qui consiste à reporter à bien plus tard ce qu'il serait possible, et souvent indispensable, de mettre en oeuvre sans tarder.

Le débat sur la sortie progressive du nucléaire est une insupportable illustration de cette politique.

La loi sur la sortie progressive du nucléaire par tranches successives, en commençant par les installations les plus anciennes, a été votée en 2003. Le premier démantèlement étant prévu pour 2015.

12 ans de délais pour anticiper, planifier, organiser dans le bon ordre et sans porter préjudice aux besoins nécessaires en électricité.

Deux gouvernements n'ont pris aucune initiative et se sont assis sur le dossier

Les verts, battus aux élections, quittant le gouvernement fédéral après les élections de 2003, suivent le gouvernement violet (socialistes-libéraux), puis l'actuelle pentapartite (sociaux-chrétiens, libéraux et PS). Leur responsabilité première en matière d'énergie était de préparer le terrain pour une harmonieuse conversion progressive de notre politique énergétique fidèle à la loi de 2003.

Une foule d'initiatives auraient pu être prises: efficacité et isolation thermique des bâtiments publics, développement du système du tiers payant pour les particuliers et les collectivités locales (écoles, communes, CPAS, logements sociaux,etc), aides à la recherche et au développement de méthodes alternatives (solaire, éolien, géothermie, co-génération, production combinée, centrales gaz-TGV, etc).

On sait très bien que le principal gisement énergétique réside dans les économies d'énergie , tant les gaspillages sont gigantesques. Ce qui nécessite des mesures et des incitations en direction des ménages, des entrreprises et ... des pouvoirs publics.

Aveuglement, manque de courage ou de moyens ?

Aveuglement et manque de courage, assurément. Mais manque de moyens, non !

Il existe une série de fonds publics destinés à amortir le choc énergétique. Ils ne sont tout simplement pas activés et laissés en déshérence.

Citons, en vrac :

Le Fonds social mazout (30 millions d'euros), le Fonds OSP (48 millions d'euros), le Fonds de réduction du coût global de l'énergie (100 millions d'euros sur 5 ans), le Fonds Kyoto (100 millions), le Fonds tarif social (45 millions), le Fonds "passif nucléaire" (55 millions pas an). Sans oublier le Fonds Synatom, principalement financé par nous, consommateurs.

Le problème avec ces fonds, c'est qu'ils sont utilisés comme des amortisseurs, comme si la crise énergétique était passagère, conjoncturelle. Des aides sont octroyées pour atténuer la hausse implacable des coûts énergétiques... en attendant des temps meilleurs. Au lieu de les inciter et de les aider à réduire leur consommation.

Or, la crise est profondément structurelle. Ne nous trompons pas. La baisse récente des prix du brut ne sont que la conséquence de la crise financière : les usines diminuent leur production, mettent des lignes en chômage technique. Lors de la reprise, la hausse des prix reprendra de plus belle.

Le grand amour entre sociaux-chrétiens et le nucléaire

Les attaques CDH contre Ecolo ne sont pas le fruit du hasard, mais d'une longue histoire. Le CVP et le PSC ont été de longue date de proches amis du secteur nucléaire. Un secteur qui se montrait d'ailleurs particulièrement généreux en financement de leurs campagnes électorales (avant que cela ne soit interdit, suite à l'acharnement d'Ecolo pour mettre fin au financement des partis par les lobbys industriels et financiers). Mais les amitiés restent. Ne trouve-t-on pas deux ex-cadres d'Electrabel dans deux cabinets ministériels CDH; l'un chez le ministre Cerexhe à la région bruxelloise, l'autre chez Joëlle Milquet au fédéral ?

Une chose est évidente : moins des initiatives seront prises pour réorienter nos modes de consommation énergétique, plus nous resterons prisonniers du nucléaire et plus il sera difficile de s'en dégager. Ne serait-ce pas le but poursuivi , finalement ?

jeudi 23 octobre 2008

Paradis fiscaux : la paille et la poutre dans l'oeil de Sarkozy

euros

Alors, comme ça le sang du président Sarko-Rolex n'a fait qu'un tour en découvrant, stupéfait, les honteux comportements des princes de la haute-finance: parachutes dorés, subprimes, produits dérivés, actifs pourris, titrisations de valeurs pour le moins vaporeuses, etc. Avec, à la clé, le spectre d'une récession de l'"économie réelle" - admirons au passage le subtil distinguo entre ceux qui entreprennent et travaillent et ceux qui boursicotent, les doigts de pieds en éventail.

Fort de sa position de Président en exercice de l'Union européenne et avec l'entier soutien de son Premier Ministre Courage-Fillon, il convoque illico le ban et l'arrière-ban des décideurs politiques et des opérateurs financiers et, auparavant s'en va convaincre son grand ami G.W. Bush. Qui lui apporte son soutien du bout des lèvres en précisant qu'il ne faut en aucun cas brider la sacro-sainte liberté d'investir et de spéculer quand-même-un-petit-peu.

Le programme est ambitieux. Rien moins que refonder le capitalisme ! Comment ? Simple ; en y réintroduisant sa vertu (distraitement) perdue. En lui imposant des règles de bonne gouvernance : éthique, probité, transparence, décence des rémunérations et régulation des opérations par les autorités publiques. On ne peut qu'applaudir.

Et pendant ce temps-là sous le soleil des territoires d'outre-mer français...

Car la France entretient ses propres paradis fiscaux, sur son propre territoire, enfin plus précisément dans ses département d'outre-mer.

Dans son édition mise en ligne le 17 octobre le site Rue 89 n'y va pas de main morte. Quelques extraits en guise de mise en bouche.

"Ces petits paradis fiscaux français qu'on laisse prospérer.", par Augustin Scalbert | Rue89 | 17/10/2008 | 18H30

"Fillon veut s'attaquer à l'évasion fiscale et au blanchiment d'argent. L'outre-mer français est loin de donner l'exemple... Les paradis fiscaux « ne doivent plus exister », a déclaré un François Fillon emporté par la crise, le 14 octobre. Le Premier ministre pensait-il aux places off shore qu'abrite le territoire français ? Selon les spécialistes, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Tahiti, Wallis-et-Futuna mais aussi des départements d'outre-mer peuvent fonctionner comme des paradis fiscaux, voire des places de blanchiment. Difficile de quantifier l'ampleur du phénomène, puisqu'un paradis fiscal et une place off-shore sont, par définition, des « trous noir » de la finance mondiale. N'empêche. Mieux contrôler les zones d'ombre financières qui existent sur le territoire français est a priori plus facile que de s'attaquer aux règles fiscales des îles Caïman ou au secret bancaire du Liechtenstein. « Dès qu'il y a défiscalisation, le fisc est moins présent ». Consultant auprès de l'ONU et de la Commission européenne, Michel Koutouzis est co-auteur (avec le magistrat Jean-François Thony) du «Que sais-je ? » sur le blanchiment (PUF, 2005). « Le B.A.-ba, c'est de se demander ce qu'est une place off-shore », dit-il. « C'est un endroit où existe un système économique et financier qui, pour une raison ou pour une autre, n'est pas régulé par les lois du pays auquel il appartient. » Avec les différents régimes de défiscalisation dont ils bénéficient, les départements (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion) et collectivités (Mayotte, Saint-Barthélémy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Polynésie Française) d'outre-mer sont dans ce cas-là, mais, en théorie, uniquement pour les contribuables français. Les COM (anciennement TOM) jouissent même d'une totale autonomie fiscale et douanière. Loin des rivages -« off the shores » en anglais- de l'Hexagone, les contribuables français peuvent défiscaliser leurs investissements destinés à favoriser l'économie et le tourisme locaux. Un rapport sénatorial de 2002 sur « la défiscalisation dans les départements et les territoires d'outre-mer » pointait déjà « l'absence de procédures de contrôle et le nombre incertain de sanctions ». « Vous pouvez utiliser les niches fiscales d'outre-mer pour faire fuir des capitaux » Pour le journaliste Christian Chavagneux, ces niches posent aussi la question du blanchiment. Dès que vous ouvrez des portes qui permettent légalement de réduire l'imposition, vous tentez des gens qui ont acquis des fonds illégalement de les réinvestir dans un circuit légal. "

La lessiveuse

"Prenons le cas très emblématique de Saint-Martin, une île des Antilles qui a obtenu il y a un an (comme sa voisine Saint-Barthélémy) le statut de COM, alors qu'elle dépendait auparavant du département de la Guadeloupe. La souveraineté de l'île est partagée entre la France et les Pays-Bas, mais aucune frontière ne sépare les deux territoires. Michel Koutouzis évoque la coopération entre les établissements bancaires des deux parties de l'île, et décrit des moyens beaucoup plus simples de blanchir de l'argent : « Vous arrivez avec de l'argent noir dans un casino côté néerlandais. On vous dit de vous mettre à une table donnée pendant une heure. Le casino vous fait gagner une somme arrangée au préalable, une pratique courante dans les paradis fiscaux. « Une fois vos gains récupérés, vous pouvez aller les investir côté français dans des projets immobiliers ou des marinas. » Outre le blanchiment, ce secteur est aussi utilisé pour l'évasion fiscale. « A Saint-Martin, on voit beaucoup de fleurons de l'industrie touristique déposer le bilan, ce qui donne des hôtels et des marinas vides ou inachevés », témoigne un journaliste en poste dans les Antilles. Michel Koutouzis détaille un autre circuit : « Une fois que vous avez investi de l'argent dans un projet touristique, vous vous déclarez en faillite. Vous pouvez ensuite récupérer l'argent et le transférer non loin de là, à Curaçao par exemple, sans aucun contrôle. » C'est ainsi que le contribuable français finance des investissements vers des paradis fiscaux. A Saint-Barth', des people... et un statut fiscal en or. Non loin de Saint-Martin, on trouve l'île de Saint-Barthélémy, plus connue des milliardaires et des lecteurs de la presse people sous son gentil diminutif de « Saint-Barth ». En 2006, un article du Monde Diplomatique montrait à quel point le statut fiscal de l'île -officialisé depuis- est préjudiciable au reste des contribuables antillais. « Les habitants de Saint-Barthélémy ne voient pas du tout l'effet de ce statut sur leur niveau de vie. Au contraire, le coût de la vie a plutôt tendance à grimper », relève Michel Roy, directeur du plaidoyer international au Secours Catholique, qui fait partie de la plateforme paradis fiscaux et judiciaires avec une dizaine d'ONG (dont Attac, le CCFD, Oxfam, Transparence International...). Pour lui, l'Union européenne « doit réfléchir à d'autres moyens d'aider ces territoires, au lieu d'en faire des places financières ». Si elles favorisent le développement des territoires, les niches fiscales d'outre-mer ont donc aussi pour effet d'encourager l'évasion fiscale, voire le blanchiment d'argent sale. D'après le chercheur américain Raymond Baker, spécialiste des circuits noirs de la finance mondiale, l'argent qui passe par les paradis fiscaux est destiné pour 5% à la corruption, 30% au blanchiment, le reste concernant l'évasion et la fraude fiscale. Selon ces critères, l'outre-mer français devrait donc entrer dans le débat actuel."

Mais, de tout cela, pas un mot du président français. Un oubli de sa part, peut-être ?

Dans quelques jours, on reviendra sous nos cieux, avec quelques explications sur certains comportements de Fortis à l'étranger en particulier au travers de sa branche FortisIntertrust. Passionnant. Et déroutant.

Allez, bonne soirée quand même.

dimanche 19 octobre 2008

Obsèques de la honte pour le fasciste Haider en Autriche

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Incroyable! Indécent!

Après son décès la semaine dernière lors d'un accident de la route, le populo-démago-fasciste autrichien Jorg Haider a eu droit à des funérailles quasi nationales hier.

Le cercueil a effectué son parcours tiré sur un affût de canon et entouré d'une escorte militaire officielle.

Selon Le Monde, plusieurs orateurs se sont succédés à côté du cercueil veillé par six soldats, s'adressant à un parterre où la plupart des élites politiques autrichiennes avait pris place. Le président de la république Heinz Fischer, le chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer, le chef du parti social-démocrate Werner Faymann – chargé de former le futur gouvernement à l'issue des dernières législatives –, ses homologues des autres partis à l'exception des écologistes et les présidents de régions étaient venus "rendre un dernier hommage à un personnage tout aussi incontournable que controversé".

Parmi les invités étrangers figuraient notamment Said Kadhafi, l'un des fils du dirigeant libyen Mouammar Khadafi, avec lequel Jörg Haider était très lié.

En revanche, l'événement n'a pas donné lieu à un rassemblement de néo-nazis, comme craint dans la presse ces derniers jours. De même, les délégations des partis d'extrême droite européens sont restées discrètes. A la fin de la cérémonie officielle, l'hymne national a retenti et la procession s'est dirigée vers la cathédrale de Klagenfurt où un requiem devait être donné. En signe de deuil, le match de la 13e journée du championnat d'Autriche de football entre le club de Klagenfurt, Austria Carinthie, et le Rapid Vienne prévu ce samedi a été reporté.

Redoutable populiste, Haider avait conquis le poste de gouverneur de Carinthie, où il pu à loisir déployer son programme autoritaire et xénophobe (principalement à l'égard de la minorité slovène). Il entretenait d'excellentes relations avec les partis néo-nazis d'Europe, y compris le FN et le Belang.

Le Dr Feret et les chasseurs ardennais

Cauchemardons un instant et imaginons les obsèques du Dr Feret, entouré d'une escorte de chasseurs ardennais, en la présence du Président du Sénat, d'un vice-premier ministre et d'une délégation des parlements wallon et bruxellois et amenant à l'annulation d'un match Standard-Anderlecht ! Imaginons la même situation à propos du président du Vlaams Belang.

Le presse se félicite que l'enterrement d'Haider n'ait pas donné lieu à des débordements de groupuscules néo-nazis. C'est peut-être le plus inquiétant. Ils n'ont plus besoin de se comporter en minorités combattues par les démocraties. Leur discours nauséabond s'instille insidieusement dans un nombre croissant d'esprits et gagne du terrain par sa banalisation. Et c'est sans doute cela le plus dangereux.

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