Un salutaire coup de pied dans la fourmilière du "slecht bestuur"
Par Jacky le dimanche 10 août 2008, 10:06 - Lien permanent


Rudy Aernoudt est l'un des rares intellectuels flamands un peu connus au sud du pays. Philosophe et économiste, il s'était consacré jusque 2000 à ses activités de professeur, de conférencier et d'expert à la Commission européenne. Il se jeta ensuite dans l'arène belgo-belge en devenant chef de cabinet de ministres wallon (Kubla) et flamand (Moerman).
Passionné d'économie, d'innovation et de modernisation administrative, il entamera là une longue descente aux enfers allant de surprises en indignations.
Entendons-nous, Monsieur Aernoudt est libéral. Très, très libéral, ce qui n'est pas précisément ma tasse de thé, entre autre lorsq'il réclame une politique musclée (forcée ?) d'activation des chômeurs ou rappelle que " même l'internationale socialiste a unanimement reconnu quel le marché doit être le seul régulateur de l'économie". Car, comme Fukuyama, il est persuadé qu'"avec la chute du mur de Berlin, la lutte idéologique a pris fin". Lorsqu'on voit à quel point les crises climatique et alimentaire menacent la survie même des générations futures, le marché est loin d'être le vertueux régulateur que les néolibéraux nous présentent comme le nec plus ultra ! La lecture des trente premières pages aurait donc du m'inciter à refermer son bouquin et à commencer le suivant dans ma pile d'attente.
Et pourtant... Rudy Aernoudt est libéral dans les deux sens du terme: en économie (là où je suis très souvent en désaccord) mais aussi dans sa revendication d'un Etat plus juste, plus transparent, plus éthique et vraiment au service des citoyens et de leurs libertés (ce qui, rappelons-le, est l'origine majeure du libéralisme au 18ème siècle).
La première partie du livre est un florilège des pires comportements de la particratie et du bras armé des tout-puissants Présidents: les cabinets. Et la charge est lourde, allant de l'engagement de cabinettards fantômes à l'attribution sans procédure de plantureux contrats de consultance à des petits copains, de la politisation des fonctionnaires dirigeants via des examens bidons à le création de "bidules" servant uniquement à placer, récompenser et rémunérer des "obligés" (qu'il appelle les "laquais").
Signalons que le livre est parsemé de nombreux chiffres et statistiques qui invitent à la réflexion. Notamment, sur les énormes retards en termes d'investissement dans la recherche, l'innovation et le soutien aux PME émergentes.
Citant nombre de philosophes (Platon, Aristote, Arendt, Tocqueville, etc), l'auteur rappelle utilement certains principes de démocratie et de bonne gouvernance.
Bonne gouvernance se dit "good bestuur" en Flandre. L'auteur voit dans cette expression l'une des plus grandes arnaques du marketting politique de ces dernières années. Il conteste, exemples à l'appui, l'image imposée d'une Flandre moderne et bien gérée, économe, travailleuse, éthique face à une Wallonie sclérosée, dispendieuse, profiteuse, passéiste.
L'effet ne se fera pas attendre. Refusant de cautionner de coûteux et inutiles contrats de complaisance attribués à des bons amis de la ministre Moerman et décidant de remettre un rapport accusateur au Médiateur flamand, Rudy Aernoudt sera limogé de son poste de Secrétaire général par le Gouvernement flamand. Sans avoir été averti, ni entendu. Et sans que le gouvernement n'ait lu le rapport du Médiateur.
Un peu plus tard, ce rapport lui donnera entièrement raison, entraînant la démission immédiate de la ministre, mais pas la réintégration du fonctionnaire.
Petit "détail" qui a toute son importance, Rudy Aernoudt n'est pas séparatiste. Ce qui ne lui a pas valu que des amis en Flandre. Fédéraliste et "sonneur d'alarme", deux crimes qui ne pardonnent pas.
La dernière partie de l'ouvrage ouvre des pistes de changement, qui devraient faire l'objet d'un large débat et dont la moindre n'est pas de tout faire faire pour rendre leur rôle, leur dignité à des fonctionnaires trop souvent méprisés et démotivés par la particratie.
Parmi d'autres, une citation qui vaut son poids. Jean Monnet: "Les politiciens doivent faire le nécessaire, avant que cela ne devienne inévitable."
Et puis, cette exergue à l'ouvrage : "Ce livre est dédié à tous les citoyens qui pensent qu'on peut faire de la politique autrement, et qui veulent oeuvrer dans ce sens."
Commentaires
Merci pour cet excellent billet et bravo pour l'initiative du blog.
Nombreux sont ceux qui s'y essayent et peu nombreux sont ceux qui durent. J'espère de tout cœur que ce blog tiendra dans la longueur les promesses de son démarrage en fanfare (qualitativement parlant, s'entend).
Je le référence de suite sur le mien. Note: Fabrice Grosfilley, référencé ici, a mis la clé sous le paillasson...
Merci pour cet article sur un Flamand modéré.
Monsieur Aernoudt dénonce une propaganda flamande en signalant qu'il est plus facile de voir la paille dans l'oeil de la Wallonie que la poutre dans l'oeil de la Flandre.
Monsieur Aernoudt est moins sympathique quand il se dit sympathisant de BPlus : un ramassis de nostalgiques qui font plus de tort que de bien au pays.
Mais je relève quand même dans son chef cette citation de Jean Monnet: "Les politiciens doivent faire le nécessaire, avant que cela ne devienne inévitable."
Préparons donc la séparation du pays dès aujourd'hui avant de ne plus être en position de force pour négocier correctement.
En ce sens, Ecolo ferait bien de se montrer plus ferme et moins .... Groen.
Merci Jacky pour ton blog .Alex
idee fabuleurse j ai jamais penser a ca moi!!!!!