Carte rouge pour les nominations dans la haute administration wallonne
Par Jacky le jeudi 28 août 2008, 16:35 - Lien permanent

Illustration de Philippe Mercenier
Décidément, il semble bien que, contrairement aux règles du foot, la carte rouge soit l'assurance de rester sur le terrain et d'en exclure les autres joueurs !
En 2003, après de longues luttes d'Ecolo et du Gerfa, le gouvernement wallon se décide à adopter un décret rénovant les règles de recrutement pour la haute administration wallonne: objectivation et choix selon la compétence, mandats limités à 5 ans renouvelables, évaluation des résultats. Hélas, en 2006, le décret Courard-fuyons! vient largement détricoter le tout. La quasi-totalité des directeurs généraux choisis sont PS !
Examens-bidonnés, tuyaux aux copains, changements de procédure.
Imaginez que ces "copains" vont éventuellement "servir" une majorité différente après les élections régionales de 2009. Avec quelle loyauté et quel souci des décisions démocratiquement adoptées par le gouvernement et le parlement ?
Cette fois, et c'est une première, la fonction publique wallonne refuse de s'incliner et veut faire entendre sa voix. Sa révolte, même.
Ils ont donc défié le pouvoir en place et lancé une pétition.
La voilà.
Pour une administration performante et équitable, au service du citoyen
L'administration est au service de tous les citoyens. Sa mission est d'assurer le traitement impartial des dossiers et de veiller au respect des lois et règlements. Il est essentiel que notre administration soit compétente. Pour ce faire, nous demandons d'exclure les critères particratiques lors des nominations. Cette pétition a été initiée par les agents de la Direction générale opérationnelle de l'Aménagement du Territoire, du Logement, du Patrimoine et de l'Energie (DGO 4 du Service publique de Wallonie), en réaction à la décision du Gouvernement wallon du 24 juillet 2008 relative à la (non-)désignation de Directeurs généraux. Après analyse (voir verso), cette décision apparaît comme une dérive de la démocratie. L'objectif poursuivi est de provoquer un large débat à propos de la modernisation du service public et de l’attribution des postes d’encadrement. Il s’agit d’un enjeu démocratique et citoyen. Nous, signataires de cet appel, demandons au Parlement de veiller à garantir : - la compétence et la stabilité des personnes désignées à des postes de direction ; - la transparence du mode de nomination ; - l'occupation systématique et rapide des postes vacants. Faute de réforme, nous craignons que notre administration soit au service des partis et qu'elle perde dès lors son objectivité et son expertise, au détriment de la collectivité. Nom Prénom Adresse Signature
A retourner, au plus tard pour le 30 septembre 2008, à l’adresse suivante : Agents de la DGO4 Rue des Brigades d’Irlande,1 5100 Jambes Pétition pour une administration performante et équitable, au service du citoyen Contexte : la (non-)désignation de Directeurs généraux http://politisation.be/contexte.htm Adopté en 2003, le nouveau Code de la Fonction publique introduisait la notion de mandat : les hauts fonctionnaires de l’administration wallonne seraient désignés pour 5 ans, pour la durée de la législature. Ce mécanisme a été largement modifié par la réforme du Gouvernement wallon du 31 août 2006 (voir Wallex.wallonie.be / Fonction publique / Livre II ). La désignation des mandataires nommés ce 24 juillet 2008 suivant cette procédure ne manque pas de nous interpeller. L'analyse de cette décision témoigne d'une perversion du mécanisme d'attribution, voire de non-attribution, des postes. Une des modifications de 2006 porte sur la restriction des conditions de recevabilité des candidatures aux postes de mandataires. Sur les 13 postes de hauts fonctionnaires pourvus fin juillet 2008, 10 directeurs généraux sont issus d’un même parti. La couleur politique des directeurs mis en place antérieurement peut expliquer cette proportion importante. Les lauréats ayant réussi tous les examens de sélection organisés par le bureau de sélection de l'administration fédérale (Selor) doivent dorénavant passer un "entretien complémentaire" qui remet en cause l'évaluation objective de leurs compétences ... sur base d'un seul entretien mené exclusivement par des Ministres ! Ainsi 3 lauréats avaient été sélectionnés au poste de Directeur général à l'Aménagement du Territoire, au Logement, au Patrimoine et à l'Energie. En fin de course, ils ont tous été écartés par le Gouvernement sur base d'une question très "pointue" en matière d'énergie (matière nouvellement accolée à cette Direction générale). La mission confiée au Selor n'était-elle pas de sélectionner des managers plutôt que des techniciens spécialisés dans telle ou telle matière ? Lors de cet entretien ministériel complémentaire, les lauréats ont été écartés pour les postes suivants : · le Secrétariat général du Service public de Wallonie, qui doit coordonner l'ensemble de l'Administration ; · la Direction générale de l'Aménagement du Territoire, du Logement, du Patrimoine et de l'Energie, qui était dirigée depuis des années par une lauréate ayant réussi tous ses examens ; · la Direction générale de l'Economie, de l'Emploi et de la Recherche, pourtant privée de direction depuis 5 ans déjà ; · la Direction de l'Institut scientifique de Service public, acteur important en matière d'environnement et de santé. Recommencer la procédure de sélection pour ces 4 postes trouve-t-il d'autres justifications que de repêcher des candidats ayant échoué devant le Selor ou de rééquilibrer le partage politique des mandats ? Un projet de régionalisation du Selor est annoncé; il serait ainsi plus proche du pouvoir politique wallon. On peut douter de l'objectivité d'une opération qui aboutirait à sélectionner des candidats précédemment jugés inaptes par le Selor fédéral. Au niveau hiérarchique inférieur (département), les compétences des candidats à ces postes ne sont plus évaluées par le Selor, depuis la réforme de 2006. En outre, ils sont dorénavant désignés « à vie ». Au total, 63 % de ces postes sont déclarés vacants dans le Service public de Wallonie ! La situation serait pire dans les para-régionaux (Organismes d'intérêt public). La répartition des postes entre partis sera-t-elle ou non le critère déterminant pour ce très grand train de promotions ?
Nihil nove sub sole.
Pour faire dans l'équitable, je vous renvoie à un de mes précédents articles, consacré à la dénonciation par Rudy Aernoudt du "slecht bestuur" qui sévit aussi en Flandre.
Commentaires
"Philippe Courard nie toute politisation."
Dans Le Vif/l'Express du 29 août, quelques questions du journaliste Philippe Lamotte au ministre wallon de la Fonction publique :
Depuis lundi, des fonctionnaires wallons, déçus par les modalités de la récente nomination de hauts dirigeants de leurs administrations, font circuler une pétition www.politisation.be dans le grand public. Elle réclame l'abandon des réflexes particratiques et dénonce une "dérive de la démocratie". Vous sentez-vous visé?
- Je me sens, au contraire, très à l'aise. Autrefois, la répartition de ces postes entre familles politiques se faisait au sein de la majorité. Pour la toute première fois, le Selor [http://www.selor.be/] a objectivé la procédure, avec l'aide de personnalités neutres comme des professeurs d'université. Je ne peux pas garantir que les candidats retenus sont systématiquement les meilleurs, ni les évincés, les moins bons. Mais cet examen était tout sauf de la pacotille.
Le fait qu'une écrasante majorité des directeurs soient étiquetés socialistes ne vous gêne pas?
- Il est logique que les socialistes soient davantage représentés. Il y a un intérêt naturel et spontané du monde socialiste pour la fonction publique. S'insurge-t-on du fait qu'il y a davantage de libéraux dans la diplomatie et très peu de socialistes? ... ...
La non-reconduction par le gouvernement lui-même de l'ancienne directrice de l'Aménagement du territoire, Danièle Sarlet, ni de deux autres candidats internes à l'ex-DGATLP, tout aussi brillants qu'elle devant le Selor, jette tout de même de l'ombre sur votre autosatisfaction...
- Le gouvernement a estimé, en présence des syndicats, que ces trois candidats n'avaient pas été assez précis sur des questions relatives au thème de l'énergie.
Afin de laisser la place chaude pour l'actuel chef de cabinet du ministre André Antoine (CDH), en litige notoire avec Danièle Sarlet et recalé par le Selor ?
[http://antoine.wallonie.be/site/collaborateurs.htm]
- Je n'y crois pas du tout. C'est en tout cas la preuve qu'il n'y a pas de passe-droit au Selor.
Mais bien, peut-être, au gouvernement wallon, qui intervient au tout dernier stade des nominations...?
- Si on avait nommé Mme Sarlet, on aurait encore crié à la surreprésentation du PS.
Quel sens de l'humour ce Courard-fuyons-faux-cul !
Monsieur Morael, je lis que vous préféreriez D. Reynders à Elio di rupo et c'est bien sur votre droit....
Le plus gros scandale ayant touché une homme politique dans notre pays ne semble donc pas vous déranger ?! Le nepotisme , la non respect de la séparation des pouvoirs (la base de toute démocratie pourtant....), le clientelisme ds la magistrature liégeoise, ... ne semble pas vous déranger outre mesure ! ...
http://www.cineyrgie.nl/?id=750
Je votais Ecolo mais qd je vois comme votre parti se rapproche d'un parti ne partageant pratiquement aucune valeur démocratie comme le MR, je m'abstiendrai à l'avenir...
@un démocrate
J'assume, je me sens plus proche humainement de Didier que d'Elio. Je n'ai pas dit politiquement. Il y a bien des dossiers sur lesquels je suis en total désaccord avec notre ministre des finances (interêts notionnels, vente et relocation des bâtiments publics, etc). Permettez-moi, en tant que liégeois, de vous faire remarquer qu'en termes de népotisme, de non respect de la séparation des pouvoirs et de clientèlisme, les troupes d'Elio n'ont de leçon à donner à personne (remember Lizin). Vous ne voterez plus Ecolo ? Je doute que vous l'ayez jamais fait. Bonne soirée.
Parmi les 112 messages laissés pour une "vieille chaussette" [http://www.vieillechaussette.be/], j'en relève 2 que voici :
"Bonjour Madame,
Certains l'appellent le mal wallon. Ce gouvernement, à grands coups d'annonces, se targuait de l'éradiquer. Nouveau code de la démocratie locale, nouveau code de la fonction publique, nouvelles règles de recrutement des mandataires dirigeants… Force est de constater que ces annonces ne cachent (mal) qu'un façadisme qui ne trompe guère que ceux qui ne veulent pas voir. L'assemblée des princes a pipé les dés et continue à les piper au gré de leur vouloir. Pour se dédouaner, ils ont mis sur pied des comités d'experts, sollicité le SELOR… dont ils se servent pour nous faire croire à l'objectivité de leurs décisions et qu'ils mettent de côté quand les résultats ne les agréent pas. Façadisme, tout cela n'est que façadisme. Et la "politisation", ce mal wallon n'a peut-être jamais été aussi présent quoi qu'ils en disent. Et le renommé "Service public wallon" aurait plus justement dû appelé service du ministre… ou du gouvernement!
Il est bien difficile de ne pas être désabusés devant ce constat.
J'ai bien envie de suivre les conseils de Voltaire et de cultiver mon jardin. Ceci dit, je ne suis pas sûre que les princes apprécient les jardiniers. Les princes aiment les serviteurs et les courtisans. Mais la Wallonie n'a-t-elle pas bien plus besoin de femmes et d'hommes libres, debout, qui ont comme code des valeurs plutôt qu'une cour des princes?
Vous allez nous manquer, Madame. Vous nous manquez déjà."
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"Madame la Scribe,
La relation Prince-Scribe remonte aux plus anciennes civilisations, et l’histoire n’a pas fondamentalement changé sa nature. Ce n’est pas à vous que je dois l’apprendre.
Le Prince a changé, Dieu merci : son pouvoir est aujourd’hui limité dans le temps, légitimé par le suffrage universel et subordonné à l’Etat de droit.
Le Scribe, lui aussi, a changé : il dirige de grandes administrations, utilisant les technologies de l’information les plus avancées et non plus le seul stylet.
Mais leur relation est restée la même. Si l’un et l’autre se distinguent par leur sagesse, nos sociétés sont admirablement gouvernées. Le Prince sait alors que son Scribe peut être expert et loyal à la fois. Il ne craint pas son expertise, parce qu’il sait pouvoir compter sur sa loyauté. Son avis lui sert toujours, même lorsqu’il ne le suit pas, car il l’aide à mûrir ses décisions.
Hélas, il arrive que le suffrage universel, comme la succession héréditaire d’autrefois, installe un Prince sot. L’idée même d’une expertise loyale dépasse son entendement. Aussi s’entoure-t-il comme il peut. Sa sottise le rend plus vulnérable que quiconque à la flatterie. Ainsi se constituent les nuées de courtisans. Certains vont même jusqu’à se parer d’un masque d’expert, et le Prince serait bien inspiré de se défier de leur prétendue loyauté. Mais plus personne ne peut bien l’inspirer : sa sottise l’a voulu ainsi.
Nous, électeurs, avons le Prince que nous méritons. A nous de l’écarter, si nous le jugeons bon. En attendant, ce Prince dispose de son Scribe selon son bon plaisir. A toutes les époques, il a su s’en débarrasser de multiples façons, même lorsque le Scribe semblait nommé à vie.
Que peut faire le Scribe face à la sottise d’un Prince ? Le remercier, de ne l’avoir pas gardé à son service. Aller son chemin comme avant, avec pour devise : « Fais ce que doit, advienne que pourra. »
Bon vent, Madame la Scribe !"
L'administration wallonne est une des vaches sacrées du PS depuis plus de 20 ans.L'opération en cours vise à reconduire ce bail au profit des alimentaires de ce parti . Il restera donc incontournable au lendemain des prochaines élections régionales même s'il venait à essuyer une lourde défaite . Ou comment préparer ou transformer une défaite en victoire. Du déjà vécu.
Belle leçon de démocratie à la sauce Elio.
Mr Morael, bien sûr que j’ai voté Ecolo ces dernières années car heureusement ts les écolos ne sont pas les mêmes et certains ont encore un minimum d’éthique et de valeur et ne se « prostituent » pas devant Reynders, le Mugabé des finances et du MR juste afin de se faire une place au soleil lors de prochaines élections… ! Evidement pas un mot sur l’affaire Reynders que vs préférez ss doute occulter…(ou nier car il semble que certains la nient encore…)
Moi, je vous assure que je n’ai jamais voté socialiste et que je n’apprécie pas du tout Madame Lizin mais j’avoue etre qqn de concret, d’attaché à la démocratie.
C’est votre droit de préférer qqn qui a des « casseroles » punis sur le dos (chacun sa morale) et un parti affairiste au possible (affaires Reynders, Cahay – la copie de l’affaire lizin -, Boite, Carion, Vandehaute, Ducarme, Delvenne, ….) bien sûr mais oseriez-vous un seul instant prétendre ici que le MR ne place pas ses gens là où il gouverne ?... Je vous parle aussi de la « confiscation » de la justice liégeoise par les libéraux depuis qq années ? N’oubliez pas que le Conseil supérieur de la justice fut mis sur pied suite au scandale Reynders (jamais poursuivi…)…. Et pourtant dès sa mise sur pied on y retrouvait des proches du gars en question…. C’est dans cette mascarade que vs voulez jouer ? Ecolo apprend vite les ficelles de la politique assurément….
Tiens, on apprend que Didier Reynders serait humain ? Lui qui justement, par son agressivité, son manque de psychologie, d'ouverture, sa soif de pouvoir, son ego surdimensionné et son esprit pour le moins perturbé fait capoter toute négociation depuis des mois en Belgique, il aurait serait humain.... Ah bon... Et ce sont ces valeurs là qui plaisent à Mr Morael.... Etonnant....
Ayant lu sur ce site une citation particulièrement osée et inapropriée dans le chef d'un homme politique, je vous en livre une autre....;-)
"Ce que l'homme appelle vérité, c'est toujours sa vérité, c'est-à-dire l'aspect sous lequel les choses lui apparaissent." (Protagoras)
Mais comme le dit notre hôte, l'homme politique a la grande faculté à oublier son mensonge de la veille... :-)
comme disait notre cher chirac faut donner du temps au temps!