Couverture Vif

Ce n'est pas la première fois, malheureusement , que l'hebdomadaire Le Vif dérape dans sa présentation tronquée de la question de l'Islam dans notre pays. Il y a presque un an, une couverture plaçait en pleine page de la une une photo d'une jeune femme voilée de noir dont n'apparaissait qu'une paire d'yeux d'un bleu superbe. Le titre: "Les fous d'islam" ! Le message anxiogène était évident : une masse grandissante de blancs-bleus-belges se convertissaient à l'Islam, avec ferveur et, dans certains cas, l'intention de se joindre au jihad, y compris par la violence et, pourquoi pas ?, sur notre propre sol. Aucun chiffre, aucune preuve à l'appui de cette couverture dans les articles qui suivaient.


CoverVif Couverture du Vif (7 septembre 2007)

Jusqu'à la nausée

Vendredi, le Vif en remet une grosse louche, jusqu'à la nausée. Photo d'une jeune musulmane et de bons gros titres qui sont de nature à donner froid dans le dos à l'honnête et tolérant citoyen de souche. "Comment l'islam menace l'école" et , plus loin, "Comment l'islam gangrène l'école !". Rien que ça. La gangrène. Pourquoi pas la mérule, tant qu'à faire ? A l'appui de cette sourde menace : la nourriture Hallal dans certaines cantines, le boycott des cours de gym, le refus de certains élèves d'accepter les cours de biologie darwiniste et, dans un registre plus involontairement drôlatique, l'exigence de certains garçons de pouvoir garder le slip sous la douche commune.

A ce régime, on pourrait soupçonner les dangereux éco-terroristes d'avoir fomenté sournoisement la distribution de repas végétariens et la multiplication des menus slow-food dans certaines cantines scolaires...

Deux précisions s'imposent :

  • les journalistes-rédacteurs-enquêteurs n'ont, dans notre presse, aucun droit de regard ni aucun pouvoir d'influence sur les couvertures et sur les titres; ils les découvrent, comme les lecteurs; ils s'en plaignent amèrement d'ailleurs
  • la rédaction du Vif compte nombre de journalistes de talent, courageux, amoureux de leur (de plus en plus) difficile métier et viscéralement attachés aux principes déontologiques de celui-ci.

Colère dans la rédaction

La société des journalistes a d'ailleurs , selon nos infos, adressé un message ferme à la direction de l'hebdo.

Ils sont furieux de la couverture et du titre. De même pour l'utilisation d'expressions comme "gangrène". Il est sain qu'une rédaction s'insurge contre de tels dérapages, qui menacent la paix entre les communautés philosophiques du pays. On attend avec curiosité et impatience la réaction des dirigeants. Tout silence de leur part serait des plus inquiétants quant au risque d'une escalade dans une politique de racolage et de provocation mercantile.

Tout le monde voit le Vif, combien le lisent ?

Les lecteurs auront remarqué le caractère beaucoup plus nuancé des articles du dossier intérieur. La belle affaire ! Le problème est que le Vif bénéficie d'une énorme visibilité chez tous les libraires et dans tous les points de vente. Impossible de passer devant le rayon presse sans avoir le regard attiré par la couverture du Vif de la semaine. Dès lors, des centaines de milliers de chalands auront été frappés par cette couverture, sans acheter le magazine, ni a fortiori le lire, n'en retenant inconsciemment que le côté nauséabond et agressif.

Les lecteurs se manifestent en grand nombre pour exprimer leur indignation et trouver le procédé scandaleux. A l'heure de l'interactivité entre la presse et ses lecteurs, il n'y a aucune allusion à cette affaire sur le site web du Vif. Bizarre, non ?

La honte, peut-être ?

Selon le blog The Mole, "la plus ancienne organisation antiraciste du pays, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax) a jugé nécessaire saisir d'une plainte l'Association des Journalistes professionnels (AJP). Peu banal, voire inédit !"

A lire également, un excellent texte de Richard Miller (MR, ancien Ministre de la Culture de Communauté française). Entre autres : "Autre raccourci inacceptable, que vous ne formulez certes pas, mais qui est implicite : si notre enseignement ne présente plus un niveau de qualité suffisant, ne cherchez plus, c’est (aussi) parce qu’il est gangrené par une population scolaire d’origine musulmane… Ce type de raccourci a déjà été fait, en un autre temps, vis-à-vis d’une autre population et d’une autre foi." Ou encore: "Le défi de l’enseignement en Communauté française de Belgique est celui de l’excellence, de l’effort et de la qualité…pour tous les enfants. Quant aux faits que vous citez, ils appellent une réponse fondée sur les principes fondamentaux de la démocratie, réponse qui en appelle à l’intelligence et pas à l’émotionnel. Les Québécois, notamment, développent une pratique appelée des « accommodements raisonnables » qui pourrait, plus utilement, faire l’objet d’une enquête par le Vif/l’Express, magazine de qualité."