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En Belgique, la fraude fiscale reste à la fois un sujet tabou et un thème de prédilection, voire de dérision complice. Les instances les plus prudentes l'estiment à au moins 30 milliards d'euros par an. Quand on voit les ministres s'étriper pour dégager 100 millions par-ci, 300 millions par-là, pour tenter de colmater les urgences, il y a de quoi rire jaune.

Les agents du fisc ne cessent depuis des années de tirer le sonnette d'alarme: manque de moyens humains et techniques, obstacles légaux. Ils ont adressé, une lettre collective à tous les présidents de partis avant les élections de 2007. Sans grand résultat. Sinon que la Chambre, sur proposition du député Ecolo Georges Gilkinet a adopté la mise en place d'une Commission d'enquête, qui vient d'être mise en place. On verra...

En mars dernier, la Commission Finances et Budget du Parlement fédéral a décidé de soutenir à l’unanimité notre proposition visant à créer une commission d’enquête parlementaire chargée d’enquêter sur les grands dossiers de fraude fiscale de ces quinze dernières années (QFIE, KB-Lux, Cash Company, Anhyp, etc). A noter que ces grands dossiers sont à deux doigts de bénéficier de la prescription et de voir abandonnées toutes poursuites pénales.

En Europe, ce n'est pas mieux, une véritable passoire fiscale.

Un rapport d’initiative, adopté le 2 septembre dernier plaide pour une reforme du système TVA et de la directive sur la fiscalité et l’épargne afin de mieux lutter contre la fraude fiscale transfrontalière dans l’Union Européenne.

Le rapport de l’eurodéputée libérale britannique Bowles estime que les pertes fiscales totales dues à la fraude que les pertes fiscales totales se chiffrent à un montant compris entre 200 et 250 milliards d’euros (dont 40 milliards pour la fraude à la TVA) soit environ 2 à 2,25% du RNB total de l’Union. Pour y remédier les députés demandent l’introduction d’un système où les livraisons intracommunautaires seraient soumises à un taux de TVA de 15% au lieu du régime d’exonération dont elles bénéficient aujourd’hui ; le renforcement des mécanismes d’échange des informations et coopération entre États membres et la révision de la directive fiscalité et épargne pour étendre son champ d’application à l’ensemble des sources de revenus financiers et des entités juridiques (au lieu des seules personnes physiques comme c’est le cas actuellement). Le rapport demande par ailleurs instamment à l'Union européenne de "maintenir à son ordre du jour" l'élimination des paradis fiscaux dans le monde

Ce sont les plus faibles qui paient la facture

Le considérant B de la résolution du Parlement européen est des plus clairs : " B. considérant que la fraude fiscale met en péril l'équité et la justice fiscale, le manque à gagner pour les finances publiques étant souvent compensé par des augmentations de la fiscalité frappant les contribuables les plus modestes et les plus honnêtes, qui n'ont pas la possibilité ou la volonté de contourner ou d'enfreindre leurs obligations fiscales."

Et, plus loin; le Parlement européen "regrette que, malgré de nombreuses analyses, réclamations et protestations, le Conseil n'ait pas encore adopté jusqu'ici une stratégie efficace de lutte contre la fraude fiscale;"

A l'heure où les états nationaux, l'Europe et le Communauté internationale ont l'impérieuse obligation de répondre à des défis vitaux (réchauffement climatique, crise alimentaire), il est indécent que tous les moyens disponibles ne soient pas mis en oeuvre pour en assurer le financement par une lutte résolue et coordonnée contre ces prédateurs que sont ces inciviques fiscaux !

Source, la newsletter de Pierre Joncheer

Et le rapport complet du Parlement européen.