La procrastination, redoutable alliée du nucléaire
Par Jacky le vendredi 31 octobre 2008, 12:56 - Lien permanent
La "procrastination", très très peu de gens connaissent ce mot rare. Il a été sorti de l'oubli par Francis Van de Woestyne, excellent journaliste de La Libre, pendant les années 80 (il est toujours en fonction, pour le plus grand honneur de la presse). A l'époque, il critiquait les gouvernements successifs dans leur incapacité à prendre les mesures nécessaires à juguler la grave crise budgétaire dans laquelle se trouvait la Belgique.
La procrastination est la déplorable politique qui consiste à reporter à bien plus tard ce qu'il serait possible, et souvent indispensable, de mettre en oeuvre sans tarder.
Le débat sur la sortie progressive du nucléaire est une insupportable illustration de cette politique.
La loi sur la sortie progressive du nucléaire par tranches successives, en commençant par les installations les plus anciennes, a été votée en 2003. Le premier démantèlement étant prévu pour 2015.
12 ans de délais pour anticiper, planifier, organiser dans le bon ordre et sans porter préjudice aux besoins nécessaires en électricité.
Deux gouvernements n'ont pris aucune initiative et se sont assis sur le dossier
Les verts, battus aux élections, quittant le gouvernement fédéral après les élections de 2003, suivent le gouvernement violet (socialistes-libéraux), puis l'actuelle pentapartite (sociaux-chrétiens, libéraux et PS). Leur responsabilité première en matière d'énergie était de préparer le terrain pour une harmonieuse conversion progressive de notre politique énergétique fidèle à la loi de 2003.
Une foule d'initiatives auraient pu être prises: efficacité et isolation thermique des bâtiments publics, développement du système du tiers payant pour les particuliers et les collectivités locales (écoles, communes, CPAS, logements sociaux,etc), aides à la recherche et au développement de méthodes alternatives (solaire, éolien, géothermie, co-génération, production combinée, centrales gaz-TGV, etc).
On sait très bien que le principal gisement énergétique réside dans les économies d'énergie , tant les gaspillages sont gigantesques. Ce qui nécessite des mesures et des incitations en direction des ménages, des entrreprises et ... des pouvoirs publics.
Aveuglement, manque de courage ou de moyens ?
Aveuglement et manque de courage, assurément. Mais manque de moyens, non !
Il existe une série de fonds publics destinés à amortir le choc énergétique. Ils ne sont tout simplement pas activés et laissés en déshérence.
Citons, en vrac :
Le Fonds social mazout (30 millions d'euros), le Fonds OSP (48 millions d'euros), le Fonds de réduction du coût global de l'énergie (100 millions d'euros sur 5 ans), le Fonds Kyoto (100 millions), le Fonds tarif social (45 millions), le Fonds "passif nucléaire" (55 millions pas an). Sans oublier le Fonds Synatom, principalement financé par nous, consommateurs.
Le problème avec ces fonds, c'est qu'ils sont utilisés comme des amortisseurs, comme si la crise énergétique était passagère, conjoncturelle. Des aides sont octroyées pour atténuer la hausse implacable des coûts énergétiques... en attendant des temps meilleurs. Au lieu de les inciter et de les aider à réduire leur consommation.
Or, la crise est profondément structurelle. Ne nous trompons pas. La baisse récente des prix du brut ne sont que la conséquence de la crise financière : les usines diminuent leur production, mettent des lignes en chômage technique. Lors de la reprise, la hausse des prix reprendra de plus belle.
Le grand amour entre sociaux-chrétiens et le nucléaire
Les attaques CDH contre Ecolo ne sont pas le fruit du hasard, mais d'une longue histoire. Le CVP et le PSC ont été de longue date de proches amis du secteur nucléaire. Un secteur qui se montrait d'ailleurs particulièrement généreux en financement de leurs campagnes électorales (avant que cela ne soit interdit, suite à l'acharnement d'Ecolo pour mettre fin au financement des partis par les lobbys industriels et financiers). Mais les amitiés restent. Ne trouve-t-on pas deux ex-cadres d'Electrabel dans deux cabinets ministériels CDH; l'un chez le ministre Cerexhe à la région bruxelloise, l'autre chez Joëlle Milquet au fédéral ?
Une chose est évidente : moins des initiatives seront prises pour réorienter nos modes de consommation énergétique, plus nous resterons prisonniers du nucléaire et plus il sera difficile de s'en dégager. Ne serait-ce pas le but poursuivi , finalement ?
Commentaires
"Les attaques CDH contre Ecolo ne sont pas le fruit du hasard"
Vous citez les accointances du CDH avec les producteurs d'electricite mais les raisons n'en sont elles pas plus encore purement electoralistes ? Les elections de 2009 approchent et la chasse a l'electeur a commence.
Le CDH peut difficilement aggresser le PS auquel il s'est infeode et avec les dernieres defections dans l'electorat PS, il n'y a plus grand chose a gratter les derniers qui restent constituent un noyau dur qui, soit profite d'un systeme PS, soit en a fait sa religion par habitude, par principe ou par tradition.
Le CDH a egalement du mal a se tourner vers l'electeur MR. En tirant sur la laisse plus a droite, il risque de contrarier son maitre et puis quels arguments trouver pour convaincre l'electeur MR de changer ? L'electeur MR est quelque part tout aussi captif que son homologue PS, alors ou aller pour taper dans la caisse ? Au plus simple !
Il ne reste qu'Ecolo. Electorat composé seulement a 50% de convaincus indeboulonnables il reste les nouveaux convertis qui doutent encore et qui se preoccupe encore d'arguments politiques. Ils ne demanderaient qu'a changer si on leur donnait de bonnes raisons de le faire.
Il reste 7 mois a Ecolo pour defendre ses arguments et demonter les petits mensonges et effets d'annonce de ses opposants. Cette operation de communication du CDH n'est que la premiere, je crois qu'Ecolo a raison d'y opposer des arguments plutot que des effets de manches.
Pas seulement sur le terrain environnemental, le CDH voudrait aussi se faire le chancre de l'ethique politique, histoire de racoler encore un peu sur l'electorat d'Ecolo, on s'en rejouirait pourtant si il ne nous montrait pas dans les faits qu'il est finalement pret a tout pour faire du "chiffre".
Plus que de juste defendre nos idees avec conviction et honnetete ne devrait on pas etre un peu moins timides et ne pas hesitez a, plus encore, denoncer durement ces manoeuvres.
Jacky,
Concernant Francis Van De Woestyne, il a écrit voici un peu plus d'un an un édito qui risque de tempérer ton enthousiasme. C'était juste après les conditions posées par Ecolo pour rentrer dans la négociation pour former un gouvernement (pas avec la NVA, pas sans Groen, pas sans une véritable politique transversale de mise en oeuvre du DD), conditions considérées à l'époque comme une façon polie de dire non. Il écrivait qu'Ecolo manquait de courage (le titre de l'édito: "Courage, fuyons!"). Je l'avais trouvé très mal inspiré, et la suite des événements, notamment la crise avec la NVA, lui a donné tort.
Pour le reste, c'est sans doute un excellent journaliste, mais cet édito m'est resté en travers de la gorge.
A lire sur http://www.lalibre.be/index.php?vie...
Bonjour Monsieur Morael,
bien d'accord avec ecolo sur la sortie du nucléaire, il suffit d'un simple raisonnement dans le temps pour se rendre compte que prolonger les centrales, c'est tout simplement jouer à la roulette russe avec nos vies et celles de nos enfants.
Voici mon blurb sur le sujet:
http://www.plennevaux.be/alexandre/...
Cela étant dit, votre billet mentionne les accointances entre la famille catholique et les lobbies énergétiques et nucléaires. Ce serait bien d'aller au bout de la démarche et citer les noms, donner les faits. Sinon c'est un peu gratuit. Ce n'est que mon avis bien sur...
Je ne suis pas une blogueuse (blagueuse oui!) de haut vol mais il s'est présenté à moi deux ou trois occasions de visiter les liens qui me renvoient sur le vôtre grâce à l'excellent Periscope. Aujourd'hui, je me coucherai l'âme en paix, ayant appris un bien beau mot, la procrastination,que certains pratiquent sûrement à moultes reprises sans savoir, les pôôôvres, ce qu'ils font..."La procrastination est la déplorable politique qui consiste à reporter à bien plus tard ce qu'il serait possible, et souvent indispensable, de mettre en oeuvre sans tarder".
Merci!!!
c ca la france!! :)
c'est tr�s rare de rencontrer une telle discussion sur le net :)
developez un peu plus votre raisonnement a part ca, 10/10
Actuelleùment tous les politiques sont à mettre dans le même sac. >En effet, la procrastination est l'ennemi de la Wallonie .
Certain sont effectivement peu intime avec le concept d humour :)
c une des regle elemantaire du marche
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