La "procrastination", très très peu de gens connaissent ce mot rare. Il a été sorti de l'oubli par Francis Van de Woestyne, excellent journaliste de La Libre, pendant les années 80 (il est toujours en fonction, pour le plus grand honneur de la presse). A l'époque, il critiquait les gouvernements successifs dans leur incapacité à prendre les mesures nécessaires à juguler la grave crise budgétaire dans laquelle se trouvait la Belgique.

La procrastination est la déplorable politique qui consiste à reporter à bien plus tard ce qu'il serait possible, et souvent indispensable, de mettre en oeuvre sans tarder.

Le débat sur la sortie progressive du nucléaire est une insupportable illustration de cette politique.

La loi sur la sortie progressive du nucléaire par tranches successives, en commençant par les installations les plus anciennes, a été votée en 2003. Le premier démantèlement étant prévu pour 2015.

12 ans de délais pour anticiper, planifier, organiser dans le bon ordre et sans porter préjudice aux besoins nécessaires en électricité.

Deux gouvernements n'ont pris aucune initiative et se sont assis sur le dossier

Les verts, battus aux élections, quittant le gouvernement fédéral après les élections de 2003, suivent le gouvernement violet (socialistes-libéraux), puis l'actuelle pentapartite (sociaux-chrétiens, libéraux et PS). Leur responsabilité première en matière d'énergie était de préparer le terrain pour une harmonieuse conversion progressive de notre politique énergétique fidèle à la loi de 2003.

Une foule d'initiatives auraient pu être prises: efficacité et isolation thermique des bâtiments publics, développement du système du tiers payant pour les particuliers et les collectivités locales (écoles, communes, CPAS, logements sociaux,etc), aides à la recherche et au développement de méthodes alternatives (solaire, éolien, géothermie, co-génération, production combinée, centrales gaz-TGV, etc).

On sait très bien que le principal gisement énergétique réside dans les économies d'énergie , tant les gaspillages sont gigantesques. Ce qui nécessite des mesures et des incitations en direction des ménages, des entrreprises et ... des pouvoirs publics.

Aveuglement, manque de courage ou de moyens ?

Aveuglement et manque de courage, assurément. Mais manque de moyens, non !

Il existe une série de fonds publics destinés à amortir le choc énergétique. Ils ne sont tout simplement pas activés et laissés en déshérence.

Citons, en vrac :

Le Fonds social mazout (30 millions d'euros), le Fonds OSP (48 millions d'euros), le Fonds de réduction du coût global de l'énergie (100 millions d'euros sur 5 ans), le Fonds Kyoto (100 millions), le Fonds tarif social (45 millions), le Fonds "passif nucléaire" (55 millions pas an). Sans oublier le Fonds Synatom, principalement financé par nous, consommateurs.

Le problème avec ces fonds, c'est qu'ils sont utilisés comme des amortisseurs, comme si la crise énergétique était passagère, conjoncturelle. Des aides sont octroyées pour atténuer la hausse implacable des coûts énergétiques... en attendant des temps meilleurs. Au lieu de les inciter et de les aider à réduire leur consommation.

Or, la crise est profondément structurelle. Ne nous trompons pas. La baisse récente des prix du brut ne sont que la conséquence de la crise financière : les usines diminuent leur production, mettent des lignes en chômage technique. Lors de la reprise, la hausse des prix reprendra de plus belle.

Le grand amour entre sociaux-chrétiens et le nucléaire

Les attaques CDH contre Ecolo ne sont pas le fruit du hasard, mais d'une longue histoire. Le CVP et le PSC ont été de longue date de proches amis du secteur nucléaire. Un secteur qui se montrait d'ailleurs particulièrement généreux en financement de leurs campagnes électorales (avant que cela ne soit interdit, suite à l'acharnement d'Ecolo pour mettre fin au financement des partis par les lobbys industriels et financiers). Mais les amitiés restent. Ne trouve-t-on pas deux ex-cadres d'Electrabel dans deux cabinets ministériels CDH; l'un chez le ministre Cerexhe à la région bruxelloise, l'autre chez Joëlle Milquet au fédéral ?

Une chose est évidente : moins des initiatives seront prises pour réorienter nos modes de consommation énergétique, plus nous resterons prisonniers du nucléaire et plus il sera difficile de s'en dégager. Ne serait-ce pas le but poursuivi , finalement ?