Obama

Nous sommes nombreux à avoir veillé tard cette nuit devant nos écrans pour suivre le suspens de l'élection présidentielle américaine, conscients que son issue allait peser sur le cours du monde dans les années à venir.

Au petit matin, nous avons éprouvé un mélange de soulagement, de joie et d'espoir. Ce changement de pouvoir au sein de la toute-puissante amérique ouvrait enfin la possibilité de changements à l'échelle de la planète entière, après huit années de busheries insoutenables (mensonges éhontés pour justifier la guerre en Irak, régression cauchemardesque dans le domaine des droits civiques via le Patriot Act, fichage, espionnage, écoutes, surveillance internet, prisons illégales et recours à la torture, laissez faire-laisser aller dans le monde bancaire et financier, obstructions systématiques aux mesures de lutte contre le dérèglement climatique, politique impériale et unilatérale, etc, etc).

Des raisons d'espérer

Sous réserves d'analyses plus fouillées et plus documentées, le scrutin US offre quelques raisons de se réjouir.

Tout d'abord, la victoire d'Obama est nette et incontestable (364 grands électeurs contre 158), dans une élection dont le taux de participation constitue un record (66%). Obama a réussi à mobiliser nombre de déçus et de laissés-pour-compte : les jeunes, les exclus de la santé, de l'éducation et de l'emploi, les minorités culturelles et sexuelles, qui ont pour beaucoup retrouvé la confiance perdue dans leur démocratie. On peut supposer, par l'absurde, que sa qualité de métis (donc a priori sans aucune chance) a galvanisé ces catégories. "S'il a quelque chance, alors moi aussi". C'est incontestablement une formidable avancée démocratique pour ce pays réputé pour ses préjugés ethniques. Nos démocraties européennes s'en prennent une sacrée gifle par comparaison.

Il faut aussi relever le discours responsable et positif de Mac Cain qui, reconnaissant sa défaite et félicitant le vainqueur (figure classique), lui a aussi adressé ses encouragements et promis son soutien et appelé la nation américaine à faire corps autour de la nouvelle administration. Voilà qui atténue le spectre d'une Amérique coupée en deux clans haineux et son cortège de violences potentielles.

Enfin, Obama a la majorité parlementaire à la Chambre et au Sénat et aura quatre ans pour renouveler partiellement la cour suprême (plusieurs juges âgés -et ultra-conservateurs- sont sur le départ), une cour dont on sait le poids énorme dans nombre de questions judiciaires, constitutionnelles, civiques et éthiques.

Mais des incertitudes également

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Obama a, d'un point de vue professionnel, mené une campagne remarquable. Tout à la fois posé et enthousiasmant, rassurant et novateur, imperturbable face aux attaques, souvent nauséabondes, il s'en est tenu à son coeur de cible et à ses promesses de changements ("yes, we can"). But, we can what ?

Certes, il s'est avancé sur des questions cruciales aux USA (comme l'assurance santé ou Kyoto 2). Il s'est également prononcé sur le transfert de troupes d'Irak vers l'Afghanistan.

Mais quid précisément du bourbier israélo-palestinien ? Qu'entend-il par une politique plus multilatérale avec l'Europe, l'Afrique et les pays émergents ? Quid de ses futures relations avec les pays d'Amérique du Sud, dont les relations avec les USA sont quasi congelées ? Quid du nucléaire et des projets de forages pétroliers en Alaska ?

Et puis, il hérite d'une situation financière et boursière catastrophique (la Chine prêtant de l'argent aux USA, inimaginable il y a 20 ans !). Quels sont ses projets pour les indispensables réformes du FMI et de la Banque mondiale ? Quelle sera sa volonté et sa marge de manœuvre pour réguler les marchés boursiers et mettre de l'ordre, de la transparence et de l'éthique dans les pratiques des cinglés de Wall Street ?

Face à la crise alimentaire et économique, osera-t-il s'attaquer aux accords de l'OMC ?

Voilà quelques uns (seulement) des défis auxquels le nouveau président a être confronté. Dur, dur.

Une chose est certaine en tout cas et les résultats en attestent, Obama est bien plus représentatif de l'Amérique d'aujourd'hui et de demain que son rival qui devait supporter le boulet de l'héritage Bush. Une Amérique qui accepte enfin son métissage, plus tolérante et plus respectueuse du monde extérieur.

Beaucoup d'incertitudes, donc. Mais aussi beaucoup d'espoirs.

Un ajout un peu olé, olé

Un ami facétieux m'a envoyé ce fichier. Il n'y a qu'aux states que cela peu se produire. Dans l'incertitude, poilons-nous un peu. Et puis, c'est peut-être le signe qu'Obama pourra apporter un peu de bonheur. A sa manière.

http://www.headostate.com/

;o))