Philippe Lamberts : l'Europe a un énorme défi à relever
Par Jacky le mardi 24 mars 2009, 23:59 - Lien permanent

Tout d'abord, je vous fais mes excuses pour le silence de ce blog depuis quelques semaines. J'ai été victime de pannes répétées de ma connexion internet. Dont une de plus de trois semaines !
Je reprends donc le fil, avec, cette fois, une interview de Phiippe Lamberts, deuxième sur le liste européenne d'Ecolo, juste après Isabelle Durant.
Philippe, tu n'es pas le plus connu sur la liste européenne d'Ecolo et , pourtant tu occupes depuis des années un rôle important au sein du parti vert européen. Peux-tu nous expliquer la nature de ces fonctions ainsi que l'évolution de la coordination au sein de la mouvance verte en Europe ?
En fait, c’est toi qui m’a le premier encouragé à m’engager au niveau des Verts européens, puisque, secrétaire fédéral d’Ecolo, tu m’avais désigné comme membre de notre délégation aux premiers congrès de ce qui s’appelait encore la Fédération Européenne des Partis Verts, à Vienne en 1996 puis à Paris en 1999. C’est cette année là que j’ai remplacé Olivier Deleuze – entretemps devenu secrétaire d’Etat à l’énergie dans le gouvernement arc-en-ciel – comme représentant d’Ecolo à la FEPV. En mai 2003, alors même que l’arc-en-ciel vivait ses derniers jours, j’ai été élu membre du comité exécutif de la Fédération, qui un an plus tard, à Rome, se transformait en Parti Vert Européen. C’est en 2006 que j’ai été porté à sa tête, en compagnie d’Ulrike Lunacek, une députée autrichienne qui actuellement mène dans son pays la liste des Verts pour le Parlement Européen.
Ces dix années passées au sein des Verts européens m’ont permis d’être à la fois témoin et acteur de l’émergence des Verts comme force politique européenne. A l’origine, la FEPV était d’abord un lieu qui devait permettre aux verts – principalement d’Europe occidentale – de se rencontrer pour faire connaissance. Au fil des ans, nous y avons consacré nos énergies à rapprocher les points de vue, parfois très divers, de manière à ce que les écologistes parlent aussi clair que possible d’une même voix. Je peux te dire que sur des sujets comme les guerres dans les Balkans – faut-il intervenir ou non, quid de notre choix pour la non-violence… - , c’était parfois du sport. Avec notre transformation en PVE, il s’agit d’incarner non seulement un parler mais surtout un agir commun.
Les Verts Européens non seulement partagent une vision commune – sur l’environnement, sur la politique sociale, sur les migrations, sur l’économie, sur l’avenir de l’Europe… – mais sont aujourd’hui la force politique qui agit avec le plus de cohérence. Cela se voit bien sûr au Parlement Européen, mais aussi dans ce que font les Verts dans les divers gouvernements nationaux, régionaux ou locaux auxquels ils participent au travers du Vieux Continent. Nous pouvons légitimement en être fiers et surtout en tirer argument face aux autres familles politiques qui souvent agissent de manière contradictoire, d’un pays à l’autre et d’un niveau de pouvoir à l’autre.
La mouvance verte, comme tu l’appelles, est véritablement une force politique avec laquelle il faut compter en Europe.
La chute du Mur de Berlin a-t-elle eu des répercussions importantes pour les verts du continent ?
En fait, avant même que le Mur ne tombe, les Verts européens avaient des contacts étroits avec la société civile dans les pays du bloc soviétique. En Allemagne bien sûr, mais aussi au sein des milieux dissidents de Tchécoslovaquie, de Hongrie, … Dès 1991, le Green East-West Dialogue était institué pour permettre un échange d’expériences entre partis déjà institués depuis une dizaine d’années à l’ouest et ceux qui se formaient à l’est.
Il faut cependant reconnaître qu’à l’est, la course à l’économie de marché a fait passer les préoccupations de développement durable et solidaire à l’arrière plan et que les partis verts ont eu de sérieuses difficultés à s’y implanter de manière solide. Il a fallu attendre 2006 pour que des Verts rejoignent pour la première fois un gouvernement d’un pays anciennement communiste, la Tchéquie. De même, ce n’est que récemment que nos amis allemands réussissent à passer le seuil électoral de 5% dans les Länder de l’est.
Les Verts d’Europe centrale et orientale sont-ils différents de ceux de l’ouest ? Pas vraiment ; il n’est sans doute que sur les questions économiques qu’on sent une plus grande réticence par rapport à une régulation qui serait trop forte. Il faut bien admettre qu’au sortir d’une économie dirigée pendant quatre décennies, ça peut se comprendre. Ceci dit, il s’agit plus de différences d’accent que de substance : je veux souligner que notre ligne politique économique a été adoptée à l’unanimité par le Conseil du PVE.
La crise boursière et financière a quelque peu relégué au second plan la crise écologique. Pourtant ces deux crises me semblent avoir des liens étroits. Qu'en penses-tu ?
Entièrement d’accord avec toi. En fait, le modèle de développement économique dont nous vivons – espérons-le – la fin, se base sur l’exploitation sans bornes des ressources et des personnes en vue de la maximisation à court terme d’un seul paramètre : le bénéfice pour l’actionnaire. Et ce dans un contexte de régulation minimale sinon inexistante et d’information inégale des acteurs, la fameuse (et inexistante) main invisible assurant la bonne marche de l’ensemble. Dans la sphère financière comme dans le monde matériel, règle le dogme « the sky is the limit », autrement dit qu’il n’y a pas de limites ni de risques. Or, rien n’est moins vrai et ce sont ces limites et ces risques, bien réels, qui en quelque sorte nous ont sauté à la figure, faisant trinquer d’abord les plus faibles.
Mais plutôt que me lancer dans une longue exégèse des causes de la crise, qu’il serait trop long de développer ici, je pense que l’urgence est à la mise en place de solutions, qui passent pour moi par une refondation de notre mode développement sur des bases différentes : une économie mise au service du développement humain, et pas l’inverse ; l’égalité des droits réels ; une manière de vivre en harmonie avec les limites de notre planète et avec l’exigence de justice sociale. Et c’est là que les solutions aux différentes crises se rejoignent : la transformation verte de nos manières de produire énergie et biens matériels, de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, … est un chantier à la fois immense et urgent. Et c’est aussi le seul qui ait l’ampleur requise pour re-mobiliser et réorienter notre économie. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls à le dire : le Programme des Nations Unies pour l’environnement affirme qu’entre 20 et 30 millions d’emplois sont à créer dans l’économie verte.
Il s’agit donc que l’ensemble des acteurs – gouvernements, entreprises et citoyens – se saisissent de leurs responsabilités respectives pour réussir à relever un défi sans précédent.
L'élargissement de l'Europe sans approfondissement de ses institutions et de ses processus de décision n'a-t-elle pas été une énorme erreur ? La règle de l'unanimité en matières fiscales et sociales n'est-elle pas un handicap terrible à la cohésion et à la convergence de l'Union et à sa capacité d'influence sur la scène internationale ?
Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Il était – et reste - de la responsabilité historique de l’Union Européenne d’offrir une perspective réelle d’inclusion à tous les Etats du continent. Conditionner leur adhésion à un approfondissement – de nature fédérale – de l’UE équivalait à la renvoyer à un avenir à ce point éloigné que la promesse en devenait vaine. Quel tour aurait alors pris le développement non seulement économique mais surtout politique de ces Etats auxquels la porte de l’Union aurait été de facto close ? Même si on ne peut dire que tous les nouveaux Etats-membres sont des modèles de démocratie et de transparence, il n’en reste pas moins qu’ils sont engagés dans un processus qui y mènera plus sûrement que ne l’aurait fait un maintien durable hors de l’Union.
Cependant, il est clair que la crise que nous vivons met à nu les limites du modèle. La concurrence fiscale et sociale montre aujourd’hui ses effets : des Etats-membres comme l’Irlande ou les pays Baltes qui la pratiquaient agressivement subissent un retour de bâton violent. Plus grave, l’absence d’un véritable gouvernement européen, doté de ressources fiscales propres, rend extrêmement difficile l’adoption par l’Union Européenne des mesures indispensables pour répondre à la poly-crise que nous vivons. Qu’il s’agisse de régulation des marchés ou d’engager un plan d’investissement vert massif et concerté, nous avons besoin d’instruments qui nous permettent d’agir ensemble.
Ceci dit, plus encore que les institutions ou les ressources fiscales, ce qui manque en Europe c’est d’une volonté politique commune. Dans le domaine de la politique extérieure ou de sécurité, les Etats-membres de l’Union ont d’abord décidé d’agir ensemble avant de commencer à construire les instruments communs. De la même manière la mise en route d’un Green New Deal européen exige d’abord une volonté politique commune ; si elle existe, « l’intendance suivra ». Plus que les institutions, c’est cette volonté qui manque le plus : de Barroso à Brown en passant par Sarkozy, Merkel, Berlusconi et les autres, tous agissent comme s’ils étaient convaincus que des réponses nationales valent mieux qu’une réponse commune.
En attendant, les Etats-Unis d’Obama et la Chine avancent : selon une analyse des plans de relance faite par la banque HSBC, les Européens ont prévu d’investir 54 milliards d’€ dans des projets verts sur les deux années qui viennent. Moitié moins que les Etats-Unis et cinq fois moins que la Chine et la Corée du Sud réunies. Ce n’est pas ainsi que l’Europe se hissera à la pointe de la révolution verte !
L'Europe a bon dos. Certains groupes parlementaires approuvent des directives et, ensuite se plaignent de leur répercussions au niveau de leur espace national. Peux-tu nous en donner des exemples ?
Cela va beaucoup plus loin que cela : en réalité s’est constituée au Parlement Européen une sorte de grande coalition entre les conservateurs (càd le PPE, parmi lequel on retrouve le CdH et le CD&V mais aussi les amis de Berlusconi) et les socialistes qui, avec le soutien des libéraux, ont mené la politique de dérégulation et du tout à la concurrence et au marché, comme par exemple pour la Poste. Ainsi par exemple sur les services économiques d’intérêt général, les Verts se battent depuis des années pour une directive cadre, qui en quelque sorte immunise ces services des règles de la concurrence du marché intérieur. Là-dessus, nous avons été battus par une coalition des trois familles politiques traditionnelles.
Que les libéraux européens plaident pour le marché, rien que le marché, tout au marché peut se concevoir. Il est par contre ahurissant que les principaux leaders gouvernementaux socialistes – Zapatero et Brown en tête – affichent sans hésitation leur soutien à la reconduction de l’équipe en place à la Commission, Barroso en tête, celle-là même qui a accéléré la dérégulation en Europe.
L'élection de Barack Obama à la Présidence des USA aura-t-elle des conséquences positives sur les relations entre" l'ancien et le nouveau monde" et sur les relations diplomatiques, écologiques et économiques à l'échelle planétaire ?
Je crois en tous cas que les premières mesures prises par l’administration Obama indiquent un changement de cap assez radical. Dans son discours de victoire, il pointait les quatre défis auquels les Etats-Unis sont confrontés : deux guerres, une crise économique et financière et la crise climatique. Cette dernière sera au cœur de ses premiers entretiens avec l’UE à Prague, en avril. Jamais on n’aurait pu attendre cela de l’administration Bush, qui en était encore à nier la réalité du changement climatique.
Il est frappant de voir que les éléments principaux des deux premiers plans de relance sont, outre le sauvetage du secteur bancaire, l’éducation, la protection sociale et la lutte contre le changement climatique. Si les finances publiques des USA sont dans un triste état - déficit budgétaire de 10% du PIB et une dette publique de 11.000 milliards de dollars – l’administration Obama semble au moins avoir un sens des priorités plus conforme aux besoins réels que les leaders européens du moment.
De même, la manière dont Obama aborde les conflits en cours, notamment ou Moyen Orient, me semble à la fois plus réaliste et plus équilibrée.
L’Europe se trouve donc confrontée à un défi de plus. L’administration Bush était finalement un repoussoir confortable, qui faisait apparaître l’Europe comme un havre de raison et une pionnière de la lutte contre le changement climatique. Aujourd’hui, nous voici mis au pied du mur : si l’Europe veut peser sur la réponse aux défis écologiques, économiques et sociaux auquel le monde est confronté, elle va devoir se hisser au même niveau d’ambition que son partenaire américain.
Quel devra être le rôle primordial du Groupe des Verts dans le prochain Parlement européen ?
A nouveau peser plus fort que notre poids numérique ne le laisse penser !
Plus qu’un aiguillon, nous devrons être le catalyseur de majorités de changement au sein du Parlement. Nous sentons bien que le ciment de la pensée unique est en train de se fissurer, dans toutes les familles politiques (sauf peut-être chez les libéraux, mais leurs électeurs, eux, se posent des questions…).
Même si les gouvernements des Etats-membres font encore preuve d’une redoutable myopie, le Parlement peut utiliser tous ses moyens pour impulser des politiques qui mettent en route le Green New Deal en Europe, et c’est à cela que nous nous consacrerons ! N’oublions pas que le budget de l’UE doit être approuvé par le Parlement et qu’il couvre des réalités aussi diverses que les fonds structurels, la politique agricole commune, des programmes de recherche, … Le paquet climat-énergie, insuffisant pour nous, peut et doit être revu et accéléré.
Quelles seront tes propres priorités ?
Venant du monde de l’entreprise, je souhaite me focaliser sur les questions économiques, financières et monétaires. Je veux convaincre, au sein du Parlement et au dehors, de la la pertinence des solutions que les Verts préconisent pour répondre à la crise et tordre le cou à ce canard selon lequel l’écologie est le fossoyeur de l’économie. Au dix-neuvième siècle, les bons esprits prétendaient que donner des droits sociaux aux travailleurs allait tuer les entreprises. Aujourd’hui, on nous assène que prendre en compte le changement climatique, la santé des gens ou les droits à une vie décente pour les milliards de gens qui vivent au sud anéantira nos économies. Nous allons démontrer l’exact opposé : c’est justement au prix du respect de ces impératifs que nos économies fonctionneront réellement au service du bien commun.
J’ai aussi conscience que la valeur du travail accompli au sein d’un Parlement où les Verts sont encore loin d’être dominants (!) ne peut être que renforcée par une présence soutenue hors des murs du Parlement. En préparant la campagne du PVE, j’ai pu rencontrer nombre d’ONG, de syndicats, d’entreprises qui ont pu me donner la mesure des attentes de changement. C’est dans la réalité vécue sur le terrain que le travail politique prend son sens. En 2008, j’ai eu le plaisir de visiter douze des quinze régionales d’Ecolo pour parler de politiques européennes ; j’ai pu constater l’intérêt de tous pour ces enjeux et la nécéssité d’en débattre régulièrement pour que chacun puisse se les approprier et se former sa propre vision. Cela aussi fera partie de mon agenda politique.
Enfin, tu ne seras pas surpris que le PVE, lieu principal de mon engagement politique depuis 10 ans, restera au cœur de mes préoccupations.
Dernière question: tu travailles dans le secteur privé. Quelles sont les réactions de tes collègues et contacts à ta candidature et au programme des écologistes: mépris ou compréhension, hostilité ou adhésion ?
Cela fait 22 ans que je travaille dans le privé et 17 ans que je suis engagé en politique. Au travers des victoires et des défaites d’Ecolo, je n’ai jamais mis mon drapeau vert en poche. Dans l’entreprise où je travaille, le fait d’être engagé en politique est d’ailleurs plutôt valorisé. Mon management, mes collègues et clients n’ont donc pas vraiment été surpris que je décide de tenter le grand saut (même si le timing en a étonné certains) et je n’ai reçu que des encouragements.
Au-delà, je sens autour de moi une grande attente à l’égard d’Ecolo. Au fil de ces dernières années, nous avons su construire une crédibilité – notamment sur les thématiques économiques – qui porte ses fruits aujourd’hui. Le projet de société que nous défendons, les personnes qui le portent et notre attitude à la fois radicale et réaliste font de nous l’acteur de changement le plus crédible.
Un ancien client me disait l’autre jour « Tu sais, j’ai maintenant la conviction que nous devons changer de manière de vivre. Le défi des écologistes est d’avoir la pédagogie pour convaincre chacun d’entre-nous que le premier pas de ce changement est à notre portée et qu’en plus, la vie n’en sera que plus belle »
J’engage à présent un nouveau tour de la Belgique francophone, qui va me mener à la rencontre – en public et en privé – de centaines de nos concitoyens. Si j’y rencontre le même écho que celui qui m’est venu jusqu’ici des mes collègues et de mes amis, je suis convaincu que le rendez-vous du 7 juin ne sera pas triste pour les Verts.
Commentaires
"porté à la tête du parti vert européen" ? Monieur Lamberts n'est pas clair... Il se fait passer pour le dirigeant du PVE, alors qu'il n'est manifestement que un des porte-parole puis déclare travailler dans le privé depuis de nombreuses années... Est-ce qu'on peut savoir qui est ce type et ce qui l'occupe exactement ? Vous croyez vraiment qu'en brouillant les cartes vous donnez une image reluisante du milieu ?
Bien que le titre officiel de porte-parole puisse manquer de clarté, il s'agit bien de la direction politique du Parti Vert Européen, qui est assurée par une femme et un homme, élus sous ce titre pour un mandat de 3 ans renouvelable une fois. J'ai été élu pour la première fois à ce poste en mai 2006.
Les moyens financiers du PVE ne permettent cependant pas que cette direction politique soit rémunérée, de sorte que ses deux titulaires l'assument en sus de leurs métiers respectifs (en l'occurence députée nationale autrichienne pour ma collègue et cadre dans le secteur privé en ce qui me concerne).
Voilà qui j'espère clarifie les choses; pour plus d'infos sur "qui est ce type", je vous invite à consulter ma page sur le site Ecolo et à me contacter ensuite si vous voulez en savoir plus. (http://web4.ecolo.be/spip.php?auteu...
Au plaisir de vous lire
Au temps pour moi. je pensais que le PVE était présidé par Cohn Bendit et Frasoni.
Bonjour,
Pourquoi les Verts Européens ont accepté de signer le Traité de Lisbonne ?
Pourquoi certains Verts Belges Francophones s'associent à l'idée débile que ce Traité de m. a un avenir ? On en veut pas de cette taule.
Vous savez que vous vous tirez une balle dans le pied quand les gens qui ont un cerveau et qui votent se rappelleront qui a signé ce TCE bis.
Vous avez raté un choix historique de vous aligner sur les vrais lignes de défenses des gens qui comme vous et moi n'apprécient pas qu'on déicide à leur place ce qui est bon ou pas pour eux.
Bonne journée. (ou pas)
Cher jm, la question que vous posez est importante, et appelle une réponse circonstanciée.
Je commence par la fin de votre message : les Verts européens ont été de ceux qui depuis longtemps ont plaidé pour une adoption des textes fondateurs par voie d'un référendum européen. Je suis donc d'accord avec vous pour dire que sur de tels enjeux, il ne faut pas avoir peur d'un débat public et d'y impliquer le citoyen. Mais attention, il s'agit bien d'UN référendum européen et pas de 27 référendums séparés, et avec une adoption qui se ferait selon une règle de majorité qualifiée. Il faudrait aussi que si cette majorité est atteinte, le traité révisé entre en vigueur pour tous Un Etat dont les citoyens auraient majoritairement refusé un traité devrait alors faire le choix de respecter la décision majoritaire ou de quitter l'Union.
Ensuite, sur le traité de Lisbonne proprement dit, la première question qui se pose est celle des alternatives réelles qui se posent à nous.
S'il ne tenait qu'à nous, les Verts, un traité fondamental Européen devrait se limiter à définir les principes fondateurs et les modes de fonctionnement de l'Union (càd ses institutions, leurs compétences et la manière dont elles s'articulent les unes aux autres). Par contre, tout ce qui a trait aux politiques à mener devrait être exclus d'un tel traité. Or, nous savons bien que le problème majeur des traités européens - l'actuel (Nice) et le révisé (Lisbonne) est qu'ils incluent des orientations politiques, parfois contradictoires d'ailleurs, et dont nous récusons l'orientation générale (primauté du marché).
Mais voilà, les chances de repartir sur une telle base, càd de re-construire une Union Européenne différente, à partir d'une feuille blanche, nous apparaissent comme inexistantes en ce moment. A supposer même qu'il existe un rapport de forces politiques qui l'eût permis, la priorité est aujourd'hui d'apporter une réponse commune des Européens à la multi-crise que nous vivons. Nous ne pouvons donc nous permettre de consacrer le gros de nos énergies à reprendre à zéro une construction institutionnelle.
Si repartir de zéro n'est pas une option, il nous reste donc à choisir entre le statu quo - le traité de Nice - et la proposition actuellement sur la table et adoptée par 25 des 27 Etats-membres : le traité de Lisbonne. De ce point de vue, nous pensons que ce dernier - notamment parce qu'il renforce significativement les pouvoirs du Parlement, modifie l'équilibre des pouvoirs au sein de l'Union et permettra donc mieux de contrer les politiques du tout au marché pratiquées par le Conseil et la Commission.
Car c'est bien là que ce situe le problème majeur auquel nous, qui voulons une Europe solidaire, ouverte, écologique et innovante, sommes confrontés. Si les politiques qui ont été menées au niveau de l'Union et de ses Etats-membres ont été pendant ces 20 dernières années très largement imprégnées de l'idéologie néo-libérale, ce n'est pas à cause ou malgré les traités. C'est d'abord et avant tout parce que le centre de gravité politique de l'Europe - de ses parlements, de ses gouvernements et donc du Conseil - penche depuis trop longtemps du côté de ceux qui prônent le tout au marché.
Le véritable combat à mener est donc, d'abord et avant tout, de déplacer ce centre de gravité de manière à ce que nous construisions, à la fois au Parlement Européen mais aussi et surtout dans les Etats-membres, des majorités qui se feront les instruments d'un changement de cap pour l'Europe.
A Bertrand,
Pour clarifier les choses, Ulrike Lunacek et moi co-présidons le PVE. qui est représenté au Parlement Européen par le Groupe des Verts co-présidé par ... Dany Cohn-Bendit et Monica Frassoni. Vous n'étiez donc pas loin du compte ;-)
ok, voilà qui est désormais plus clair ! Merci. B.
Pour information
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Nature 458, 1107-1108 (30 April 2009) | doi:10.1038/4581107a; Published online 29 April 2009
Could climate change capitalism ?
Robert Costanza1
Abstract
Economist Nicholas Stern's latest book is a rare and masterly synthesis of climate-change science and economics. His 'global deal' could change capitalism for the better, says Robert Costanza.
BOOK REVIEWED-A Blueprint for a Safer Planet: How to Manage Climate Change and Create a New Era of Progress and Prosperity
by Nicholas Stern
Bodley Head: 2009. 256 pp. £16.99
When economist Nicholas Stern released his 700-page review of the economics of climate change for the UK government in 2006, it fundamentally reoriented discussions of the subject. The review opened the way for a broader, more realistic and more relevant approach than economists had provided until then.
In his new book, A Blueprint for a Safer Planet, Stern takes things further and lays out a roadmap for managing the climate crisis. He devotes much of the book to describing basic characteristics of the climate problem, including our current scientific understanding of the Earth system and humanity's role within it, the dangers posed to human societies by climate disruption, and the inherent uncertainties of climate change and how we can best deal with them. He raises thorny but unavoidable ethical issues, such as how we should weigh up the possible costs and benefits of climate change now and in the future — known as discounting. He explains what policies we should adopt to reduce greenhouse-gas emissions and what we can learn from current good practice in reducing them.
Could climate change capitalism?ILLUSTRATIONS BY ANNABEL WRIGHT
Although much of this material is well known, Stern presents an up-to-date, logically argued synthesis, using a style that makes his book more intelligible than many others on the topic. For example, he masterfully explains the advantages and disadvantages of two of the main mechanisms proposed for limiting emissions. One is a carbon tax that would charge polluters based on the emissions they produce. The other is 'cap, auction and trade', in which a global emissions limit, or cap, is internationally agreed, permits to emit are auctioned, and holders then buy and sell the permits.
Stern clearly describes the trade-offs between the price certainty of a tax and the quantity certainty of a cap system, emphasizing that "we cannot have both price and quantity certainty in an uncertain world". He also points out some less obvious characteristics of each option, such as how caps "allow international private-sector flows of carbon finance from rich to poor countries", and how they might deal better with the oligarchic, price-manipulating nature of the oil and gas industry than a tax would. He concludes that a mix of policies will be necessary, but that a clear understanding of the inherent trade-offs is needed to optimize this mix.
Stern's treatment of the issue of discounting the future is also exemplary. The main criticism of the Stern Review on the Economics of Climate Change came from a few economists who disagreed with the low discount rates it used to handle this issue. Discounting is about how much weight we should give to costs and benefits that occur in the future, relative to the present. The high discount rates of around 3–6% used by some economists may be useful for comparing small-scale public investments, such as bridges or roads, but are totally inappropriate for issues such as climate change. At 6%, any impacts that might occur more than 50 years in the future are negligible. Stern clearly describes the ethical basis for discounting, and puts to rest criticisms of the low discount rates used in the Stern Review.
The essence of Blueprint for a Safer Planet, however, is the chapter in which Stern outlines the structure of a proposed global climate deal. He bases his argument on three guiding principles: effectiveness, efficiency and equity. His suggestions are complex and interrelated, and he emphasizes that they are an integrated package, not a menu from which selections can be made. Stern also stresses that no deal will work without true international collaboration.
His proposal focuses on six elements: targets for emissions from rich countries and world emissions; targets for developing countries; an effective international emissions-trading regime; combating deforestation; technological advances to reduce emissions; and overseas assistance to help developing countries adapt to climate change.
Stern proposes global targets for cutting emissions by half by 2050, relative to 1990 levels, with developed countries acting first and more aggressively with cuts of around 20–40% by 2020 and 80% by 2050. Developed countries would demonstrate the feasibility of 'low-carbon growth', share technologies with developing countries and implement trading and financial mechanisms. Based on the successful example of these countries, developing countries would commit to targets by 2020, reaching a target of 2 tonnes of carbon per capita by 2050.
A global deal for climate change has positive implications for global capitalism.
Stern's global deal contains all the right elements. We need targets, but as we learn more we may discover that even bigger cuts are required to avoid major climate impacts. We will need enforceable caps coupled with a rate of decline that can be adjusted over time. We must also combat deforestation, effectively spread new technologies and directly assist developing countries with adaptation, but the challenge is how to do all this in a coordinated, focused and sustainable way.
Stern recognizes that this will be costly and complicated to achieve in practice. As the former chief economist of both the European Bank for Reconstruction and Development and the World Bank, he has long experience of multilateral institutions and recognizes that existing ones are not up to the task. Under the current arrangements, there is no single authority that is responsible for ensuring compliance with climate commitments. Similarly, there is no international funding mechanism dedicated to climate change. Although Stern is hesitant to recommend new institutions, which are costly to set up and run, he has learned from experience that "coherence within climate-change activities is of great importance and without a clear primary responsibility in one place it would be very elusive", noting that "priority would slip relative to other shorter-term issues in ... other organizations". The design of this new global institution is not addressed, however.
One institutional design that might meet all of Stern's criteria, as well as alleviate poverty, is the 'Atmospheric Trust' proposed by Peter Barnes and others (P. Barnes et al. Science 319, 724; 2008). Such a trust would use a cap, auction and trade system, reducing the cap over time to stabilize greenhouse-gas concentrations at the desired target. A fraction of the revenues would be returned as 'dividends' on a per-capita basis to everyone on Earth. This would directly address poverty issues. The rest would be invested in protecting and enhancing the atmospheric asset — as proposed in Stern's global deal — using initiatives such as payments for the carbon-sequestration services of forests to combat deforestation, investment in open-access renewable-energy technology to reduce emissions and direct assistance to developing countries for adaptation to climate change.
One fundamental shortcoming of the book, however, is its uncritical acceptance of economic growth as the only path to future prosperity. Stern acknowledges that any future growth must be 'low carbon', but fails to recognize that conventional economic growth is merely a means to the goal of sustainable human well-being. Economic growth is not — and should not be — an end in itself.
There is evidence in developed countries that economic growth beyond a certain point does not improve well-being, owing to the hidden, external costs of that growth, including climate impacts. For example, an oil spill increases gross domestic product (GDP) as someone must pay to clean it up, yet it detracts from well-being. Increased crime, sickness, war, pollution, fires, storms and pestilence are all positive for GDP because they increase economic activity. We need to move beyond GDP as a measure of well-being — something for which it was never designed — and develop and use better indicators of sustainable quality of life. Proposed alternatives include the Genuine Progress Indicator and Gross National Happiness, as used in Bhutan in south Asia, but we need to build a broad global consensus on alternative measures to move forward.
Stern may not fully recognize that a global deal for climate change has positive implications for global capitalism. The deal will require a new, more nuanced suite of property rights and responsibilities that give adequate weight to 'the commons' — public goods such as the atmosphere that are open-access but need to be assigned appropriate property rights so they can be protected. We cannot, and should not, assign private property rights to this inherently common asset, but a global institution that charged for greenhouse-gas emissions would at least implicitly assign such common rights.
The key is to find the right balance between private and common property while protecting the commons. Neither socialism, in which most property is common, nor capitalism, in which most is private, have dealt adequately with open-access commons because they have failed to get this balance right. The meltdown of these economic systems presents the opportunity to find a new balance that will help us lay the path to sustainable prosperity.
See Editorial, page 1077.
Listen to an interview with Nicholas Stern at www.nature.com/nature/podcast.
1. Robert Costanza is director of the Gund Institute for Ecological Economics at the University of Vermont, Burlington, Vermont 05405, USA.
Email: robert.costanza@uvm.edu
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Nicholas Stern: We must not give in to pessimism
http://www.guardian.co.uk/environme...
The author of the Stern Review was upbeat in a talk given to promote his new book, A Blueprint for a Safer Planet
Lord Nicholas Stern
Lord Nicholas Stern urged people to be optimistic. “The one way of guaranteeing to fail is to assume that we will." Photograph: Sarah Lee
It was heartening to hear last night that even the most influential economist in the world on impacts of climate change sometimes feels weighed down by the massive global challenge we face.
Nicholas Stern, the former chief economist of the World Bank, former head of the UK Government Economic Service and author of the hugely influential Stern Review on climate change in 2006 was speaking at the London School of Economics - where he now heads the Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment.
In the Q&A at the end of Stern's talk, the Guardian blogger Ed Gilespie asked him how he could be optimistic in the face of contradictory policies by the UK government. Stern confessed that sometimes he could not help focussing on the negatives: "The Russians will cheat, the Americans are not going to give up their SUVs, the Chinese don't care anyway and the Brits are too lazy to do anything. I can sit in a bar and tell these stories – and I have done – but that doesn't mean that they are a good basis for action," he said.
But if we give in to pessimism then we have already failed to solve the climate crisis, he said. "What's the alternative to optimism? Unless we act as if we can sort this out you might as well just get a hat and some sun tan lotion and write a letter of apology to your grandchildren. The only way we can think of going forward is to try to make the best of a bad starting point."
"The one way of guaranteeing to fail is to assume that we will," he added.
Stern's description of the scale of the problem was characteristically uncompromising – "this is the biggest market failure the world has ever seen", "the world is more risky than I articulated [in the Stern Review]", we risk a "transformation of the planet". But the talk itself, which was to promote his new book, A Blueprint for a Safer Planet, had an upbeat tone. His message was that we have a pretty good idea what the solutions are and what we need to avoid. New technologies like better renewable energy are vital, energy efficiency is a must, deforestation has to be halted and massive fiscal stimulus packages designed to deal with the economic crisis can and should transform the world economy with a greener hue.
In particular, Stern said the world has to get a move on with carbon capture and storage. Currently around half the world's electricity comes from burning coal so we have to find a way of doing that without releasing stacks of CO2. "If coal is going to be used, the only response – because it is the dirtiest of all fuels – is that we have to learn how to do carbon capture and storage and we have to learn how to do it quickly on a commercial scale," he said.
If CCS won't work on a large scale we have to find out quickly. "If we can't then it's plan B and plan B will be more expensive probably," he added.
He repeated his call that the proposed Kingsnorth coal-fired power station should not go ahead unless it is fitted with CCS. "We can't ask India and China to use new clean coal technologies if we are not prepared ourselves to demonstrate that they work and share those technologies," he said.
The UK government's announcement on Kingsnorth is imminent. It remains to be seen whether it is listening.
• We will be podcasting a recording of the event. I'll post a link in the comments when it is up.
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faut bosser dur quand meme!