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!!Réformes et actions au FMI : les papys belges font de la résistance

Une interview d'Arnaud Zacharie et le communiqué du CNCD qui dénonce l'obstruction belge au FMI sur deux points importants : la vente d'une partie de ses stocks d'or pour venir en aide aux pays les plus pauvres et la révision de la pondération des voix dans cette instance. C'est sans doute ça le libéralisme social...

Arnaud, après les maigres décisions du G20 et juste après le vote des recommandations de la commission mixte Chambre-Sénat sur la régulation des marchés bancaires et financiers, le CNCD vient de publier un communiqué au vitriol sur la position belge à l'AG du FMI. Que s'est-il passé exactement ?

D'une part, la Belgique s’est prononcée en faveur d’un statu quo en matière de démocratisation du FMI, par la voix de son ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine et plus que l'Inde au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ». D'autre part, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».

Quels sont les autres pays à avoir fait de l'obstruction ?

Les pays scandinaves auraient soutenu la position belge concernant la vente d'or du FMI.

La Belgique semble ainsi s'être opposée, par la voix de Didier Reynders à toute réforme de la pondération des voix au FMI (où la Belgique pèse autant que la Chine !). Un système né lors de sa création après la seconde guerre mondiale. Est-ce encore tenable ?

Ce n'est plus tenable, pour les raisons expliquées ci-dessus, mais aussi du fait que la crise financière actuelle provient des déséquilibres financiers internationaux, qui sont eux-mêmes le fruit des excédents énormes accumulés par les pays émergents (à commencer par la Chine) et des déficits aussi gigazntesques accumulés par les pays industrialisés (à commencer par les Etats-Unis). Il faut donc mettre les pays émergents autour de la table, car contrairement à la crise des années 1930 à laquelle la création du FMI et les accords de Bretton Woods (1944) étaient censés répondre, les pays émergents font aujourd'hui partie du problème et de la solution.

Le blocage au FMI ne risque-t-il pas de faire des pays les plus pauvres une nouvelle fois les dindons de la farce et les "victimes collatérales" de la relance économique monopolisée par les pays industralisés ?

C'est évident : les pays pauvres sont victimes d'une crise dont ils ne sont pas responsables, puisqu'elle provient des Etats-Unis. Mais contrairement aux pays industrialisés, ils n'ont pas les moyens de financer des plans de relance. Ils sont du coup doublement victimes. A cela s'ajoute le fait que les déficits creusés par les plans de relance au Nord risque de peser sur les budgets d'aide au développement, ce qui rendrait les pays en développement triplement victimes de cette crise...

Le FMI a perdu beaucoup de son influence. Une réforme est-elle possible et, si oui dans quel sens ?

Il faut démocratiser réellement l'institution, pour qu'elle donne la place qu'ils méritent aux pays en développement. Il faut en finir avec ces conditionnalités macroéconomiques qui ont fait tant de mal aux populations dans les pays sous ajustement structurel : comment par exemple justifier la situation actuelle où des pays en crise doivent, en échange des prêts du FMI, mener des politiques "pro-cycliques" (hausse des taux d'intérêt, plans d'austérité, etc.), alors que les pays industrialisés qui dirigent le FMI font exactement l'inverse, c'est-à-dire opérer des plans de relance et des baisses de taux d'intérêt "contra-cycliques", comme le prônait Keynes.

Voici le communiqué du CNCD :

La Belgique a fait de la résistance à l’assemblée de printemps du FMI

Le G20 de Londres a décidé, le 2 avril 2009, de tripler les moyens du FMI pour lui permettre de répondre à la crise. Il a également décidé de démocratiser l’institution (qui fonctionne selon la règle censitaire d’un dollar, une voix), de vendre une partie de son stock d’or (dont une part est destinée au financement des pays les plus pauvres) et d’émettre des droits de tirages spéciaux (la « monnaie » du FMI).

Ces décisions s’expliquent par le fait que, alors que la crise mondiale nécessite de nouvelles liquidités, les moyens financiers du FMI se sont réduits comme peau de chagrin ces dernières années. Pourquoi ? Parce que le FMI se finance essentiellement par les rendements de ses prêts. Or, l’impopularité grandissante des conditions liées à ces prêts dans les pays en développement a incité ces derniers à rembourser de manière anticipée ce qu’ils devaient au FMI, en vue de s’affranchir de ses potions macroéconomiques. Du coup, l’encours des crédits du FMI s’est effondré de 103 à 16 milliards de dollars entre mars 2003 et mars 2008. Au printemps 2008, le FMI était contraint de se séparer de 380 de ses 2.634 employés et prenait la décision, confirmée à Londres, de vendre une partie de son stock d’or.

Quant à la démocratisation du FMI, elle devient nécessaire du fait que les pays émergents, qui possèdent d’importantes réserves de devises, revendiquent une place digne de leur statut actuel dans une institution dont les droits de vote reflètent les rapports de force qui existaient au moment de sa création en 1944.

Ce week-end s’est tenue l’assemblée de printemps du FMI, où devaient être confirmées les décisions du G20. Mais d’importants freins ont été constatés dans le chef de plusieurs Etats membres, à commencer par la Belgique. En effet, cette dernière s’est prononcée en faveur d’un statu quo, par la voix de son Ministre des Finances Didier Reynders, estimant auprès de l’agence Reuters que « la représentation actuelle est attractive ». De fait, la Belgique possède actuellement autant de poids que la Chine au sein du FMI. Pourtant, une réforme profonde des quotes-parts du FMI n’est pas seulement une nécessité démocratique, c’est également une condition de l’efficacité du FMI en matière de supervision. Comme le suggère notamment Hector Torres, administrateur suppléant de l’Argentine au FMI, si l’appréciation par le Fonds des risques accumulés aux Etats-Unis a été si « lamentable », c’est parce que la « distribution des pouvoirs » en son sein peut le pousser à « se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents − précisément ceux dont les politiques nationales ont les plus fortes implications systémiques ». Or, le FMI est chargé par le G20 de collaborer avec le Forum de stabilité financière pour « signaler les risques macroéconomiques et financiers et indiquer les actions pouvant les contrer ».

Par ailleurs, la Belgique s’est révélée le principal Etat membre en défaveur de la décision du G20 de Londres d’allouer 6 milliards de dollars issus de la vente d’or du FMI aux pays les plus pauvres touchés par la crise. Le Directeur exécutif belge, Willy Kiekens, s’est en effet inquiété de la « protection du capital de base du FMI ». Alors que cette décision du G20 était une des rares censée bénéficier aux pays les plus pauvres, on peut s’inquiéter de l’impact d’une telle position dans ces pays frappés de « chocs externes ».

Le CNCD-11.11.11 s’inquiète de ces positions défendues par la Belgique contre l’intérêt des pays les plus pauvres et la démocratisation du FMI. Le CNCD-11.11.11 rappelle ses exigences au gouvernement belge en matière de réforme des institutions financières internationales et de soutien aux pays pauvres frappés de plein fouet par une crise dont ils ne sont pas responsables.

Pour plus d'infos : www.cncd.be