Négociations Olivier; carte blanche à Charles Bricman. C'est du solide !
Par Jacky le mardi 7 juillet 2009, 21:40 - Lien permanent

Hier soir, a donc eu lieu à Namur un Conseil de Fédération pour entendre les rapports de négociateurs de première ligne quant aux discussions toujours en cours en vue de la formation de majorités "Olivier" en régions wallonne, bruxelloise et en Communauté française. Grosse affluence de délégués, ambiance studieuse et sereine, beaucoup d'humour et énormément de questions encore en attente.
Comme délégué coopté, je suis tenu à un élémentaire devoir de confidentialité. Mais cela ne surprendra personne si je vous révèle qu'il a beaucoup été question de gouvernance, de réorientation économique, du 6ème pilier du plan Marshall.2.vert, de l'alliance emploi-écologie, de politique d'isolation des bâtiments, de mobilité ou d'enseignement. Sans compter sur les énormes inquiétudes budgétaires, liées pour partie à la crise financière, mais aussi à la politique de débudgétisation de "Papa".
Sur pas mal de ces sujets, nombre d'avancées ont été engrangées, mais restent à confirmer selon le célèbre adage "il n'y a d'accord sur rien tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout".
Alors, plutôt que d'ouvrir ma grande gueule sur ce blog, j'ai choisi de mettre à la question un fin observateur de notre politique belgo-belge.
Charles Bricman a été longtemps journaliste professionnel, du genre plutôt incisif et connaisseur de ses dossiers. Il est désormais journaliste indépendant et chroniqueur pour Le Soir. Et conseiller en communication. Et bloggeur de surcroît. J'ai eu l'occasion de me frotter à lui en mes jeunes années et ce n'était pas de la tarte. A son tour d'être sur le grill.
Bonjour, Charles. Tout d'abord ta première impression sur les négociations en cours ? Te semblent-elles en accord avec les votes du 7 juin ou plutôt le résultat d'un pragmatisme ?
Je ne pense pas qu'il puisse y avoir quoi que ce soit à redire à la constitution d'une majorité, dès lors qu'il s'agit bien d'une... majorité! Tout le reste est une question d'opportunité, que chacun appréciera en fonction de sa sensibilité. J'observe simplement qu'après le 7 juin, le "couple" Ecolo-CDH était maître du jeu, parce qu'il a agi en couple, et qu'il a choisi le PS plutôt que le MR. Comme l'autre hypothèse, c'est un choix qui a ses avantages et ses inconvénients, je ne pense pas qu'il y ait de jugement moral à poser là-dessus. On aime ou ou n'aime pas, c'est tout.
Crois-tu en la bonne foi des interlocuteurs PS et CDH sur la nécessité, non pas d'une relance, mais d'une réorientation fondamentale de l'économie ?
Ouh lààà! La bonne foi... Je n'en sais rien, moi! On ne peut nier que la sensibilité "verte", s'il faut l'appeler comme ça, gagne du terrain dans tous les azimuts. Mais il est infiniment probable que toutes les "conversions" ne sont pas aussi sincères les unes que les autres! C'est toujours un peu comme ça. On jugera aux actes. Et surtout aux résultats...
Comment peut-on comprendre que sur les questions d'éthique et de bonne gouvernance (conflits d'intérêts, cumuls), le CDH se montre plus conservateur encore que le PS ?
Mais le CDH a toujours été un parti conservateur! C'est un constat, pas un jugement de valeur. Et puis c'est avant tout un parti de municipalistes. Il défend son bifteck!
Par dépit, Didier Reynders ne risque-t-il pas de s'associer à la nouvelle stratégie flamande consistant à "assècher" les finances francophones, de manière à les amener en quémandeurs à une future négociation communautaire ?
Je crains que Didier Reynders ait accumulé les mauvais choix depuis la victoire électorale du MR, en juin 2007. Il évolue au coup par coup, sans réelle vision à long terme, sans autre objectif détectable chez lui que la prochaine échéance électorale. Mais il serait à mon avis très excessif de voir en lui une sorte de "traître" ou de "revanchard" jamaïcain... Je crois d'autre part que les "finances francophones" s'assèchent bien toutes seules, elles n'ont pas besoin d'un quelconque machiavélisme flamand pour ça, ni d'une cinquième colonne dans la place! Mais ce qui est sûr, c'est que le temps est, en termes relatifs, l'allié de la Flandre. Je dis "en termes relatifs" car les Flamands sont également confrontés à une situation d'urgence. Nous sommes tous dans une situation d'urgence et c'est en cela qu'à mes yeux, la stratégie francophone d'obstruction à toute réforme sérieuse de l'Etat était suicidaire et assassine depuis l'origine.
En 2007, les Flamands étaient fortement demandeurs. Ca n'a pas marché. Maintenant, ils changent de tactique en pariant sur une détérioration plus rapide de la situation francophone, en se disant que nous serons moribonds quand ils ne seront encore "que" plus ou moins gravement malades. Cela va inévitablement changer le rapport de forces, mais ça, ce ne sera pas la faute du seul Reynders. Ce sera celle de tous les francophones, collectivement, dans le stupide front du refus qu'ils ont opposé depuis 2007 à toute avancée institutionnelle sérieuse. On va le payer, c'est malheureusement sûr, je pense...
Le succès de la NVA ne renforce-t-il pas ce scénario ?
Oui, mais ce n'était pas son choix initial. Moi, je n'ai évidemment guère d'affinités avec la NVA. Pas parce que c'est un parti flamand mais parce que c'est un parti nationaliste. Et parce qu'il est quasiment séparatiste, ce que je considère comme une option stupide et dommageable pour tout le monde, Flamands comme francophones.
La NVA joue maintenant la "doctrine Maddens". Ce n'est pas une bonne nouvelle car les tensions vont persister et la situation des francophones se détériorer. Et c'est dommage parce que De Wever est très loin d'être un imbécile, c'est un rude morceau mais, je vais peut-être te surprendre, je le vois beaucoup plus comme un Flamand radical que comme un anti-francophone - il y en a évidemment dans son parti. Il faut donc dialoguer avec lui, psychologiquement, il a la clé entre les mains. On n'en sortira que par une remise à plat de tout le contentieux et par une réflexion fondamentale sur les fondements de l'Etat belge: que voulons-nous faire ensemble? Si la réponse est: "rien", ce que je ne crois pas, il vaudra mieux se séparer - ce qui ne sera pas de la tarte!
Mais si nous avons encore un avenir partiellement commun dans la Maison Belgique, il faudra savoir ce que l'on veut. Et d'abord poser les armes, de part et d'autre, pour commencer à discuter vraiment, sans tabous, avec des arguments rationnels. C'est possible si nous acceptons enfin l'idée que le linguistique, c'est fini, que nous menons là un combat d'arrière-garde, comme ces "combattants perdus du Pacifique" qui erraient dans la jungle des années après la capitulation du Japon. Ce serait un beau chantier pour les Verts, tiens! Pourquoi Ecolo et Groen! n'osent-ils pas une initiative commune en ce domaine? Intellectuellement, idéologiquement vous en êtes capables. Mais vous avez toujours peur, les uns et les autres, de trop vous démarquer dans vos communautés respectives. C'est bien dommage...
2011: élections fédérales (voire plus tôt). 2012 : élections communales. Le bordel inévitable ?
Ah non! Tu vas pas commencer toi aussi la prochaine campagne électorale, quand même? On sort d'en prendre! Et là j'ajoute un ;-) ...
Moi, je répète ma conviction: on va inévitablement vers un foutoir pas possible s'il n'y a pas, le plus vite possible, un noyau d'hommes et de femmes qui font le choix du courage politique. Un peu comme Schiltz, dans les années 70, quand il a envoyé à Claes, dans les travées du parlement, un petit billet ("een kattebelletje", comme l'a écrit Hugo De Ridder) pour lui proposer de discuter le bout de gras. Et ça a débouché sur le pacte d'Egmont. Qui n'a pas réussi, qui était peut-être bancal, mais qui était une vraie tentative de sortir d'épaisseur. C'est ça qu'on vous demande à vous, les politiques: vous devez oser, prendre des risques. C'est votre honneur et votre dignité. Et on vous en saura gré, même si vous échouez.
Le blog de Charles : http://blog.pickme.be/
Commentaires
Merci pour cette lecture très intéressante.
N'oubliez pas de lire en détail la nouvelle encyclique papale : c'est très intéressant !
La question subsidiaire est : combien de temps cela pourrait-il prendre aux gus flamands d'orienter leurs discours politiques au delà de la question linguistique ... hey qui a dit jamais avant le déluge ? ... bon toi tu sors.
Donc au delà des différences culturelles, quel projet politique mettre en avant qui tend vers le bénéfice pour les 2 parties oups pardon 3 oups pardon 4 (Brusselers-Wallons-Flamands-Germanos). Moi romantique ... neni cèssss. Ok un peu.
La réponse à cette question est finalement simple, depuis quand la dernière fois nos politiques ont mis de coté les défauts de ceux d'en face pour voir ce qui fonctionnerait bien ? Euh bonne question, je m'intéresse à la politique depuis le début des années 2000 alors ...
Sur ce bonne journée et merci pour ce billet.
Bonjour,
j'ai pris grand plaisir à la lecture du texte de CharlesB.
Éclairant à plus d'un égard.
Si les tensions communautaires continuent, la pacification devrait venir de par une meilleure connaissance des langues. A cet égard, et j'ai été un peu surpris qu'à aucun moment l'article ne faisait état de Bruxelles- il faut tout de même constater que la situation soit se dégradera, soit se solutionnera grâce aux solutions trouvées pour Bruxelles. Parions sur l'avenir (et paraphrasons Obama) et disant qu'un jour 'Language will be no issue any longer'.. N'y voyez-vous pas un début de pacification?
D'autre part, on peut comprendre que les Flamands ayent difficile à admettre une réduction de territoire (qui est plus petit en superficie que la Wallonie et donc bien plus dense)... Si on imagine une extension de la Région de Bruxelles au delà des 19 (communauté urbaine, autre formule,...), il faudra peut-être passer par des gestes symboliques tels que l'abandon de quelques 'territoires' près de la frontière linguistique...
Etonnant également que personne n'ait relevé le fait de l'émergence du parti régionaliste bruxellois PRO BRUXSEL qui, dès son apparition, atteint quasi les 2% de votes (soit trois fois plus que les Verts lors de leur première apparition à l'occasion d'un scrutin)...
Pour le reste, un vrai plaisir de lecture....
Tout à fait d'accord avec l'intervenant. La seule manière de sortir du blocage belgo-belge actuel est de poser la question de fond : que veulent encore faire ensemble les habitants du royaume ? En termes juridiques, que mettre dans l'article 35 de la constitution ? A une époque, le parti flamand SLP ex-Spirit avait posé la question avec sa campagne "Gemeenschap is Leuk", toujours en ligne sur http://www.gemeenschapisleuk.be
Merci à tous ceux qui ont pris le temps de commenter mes réponses aux questions de Jacky.
Je crois effectivement que nous devrions accepter une fois pour toutes les frontières politiques et administratives de 1963, Les majorités dans une commune, ça fluctue, voyez Fouron. Et la démocratie ce n'est pas que la règle de la majorité, c'est aussi (et surtout) le respect des minorités. Le problème, à mon avis, n'est pas d'ajouter quelques hectares et populations majoritairement francophones à Bruxelles, il est:
1. d'organiser la symbiose entre Bxl et son hinterland, par exemple avec une "communauté urbaine";
2. de faire traiter sur un pied d'égalité, à base de réciprocité, les francophones et de Flandre et les Flamands installés en Wallonie;
3. de prendre conscience que les "Flamands de Bxl" deviennent des "Bruxellois flamands", ce qui est plus qu'une nuance sémantique;
4. que le rôle d'une capitale est d'être un trait d'union, et pas une pomme de discorde ou l'allié de l'un contre l'autre;
5. que la solidarité entre les composantes d'un Etat fédéral n'est pas fondamentalement basée sur des transferts mais peut l'être sur des principes transparents de péréquation financière;
6. que les dévolutions successives de compétences aux entités fédérées sont des bricolages et qu'il serait plus rationnel de partir de l'article 35 de la Constitution pour déterminer de commun accord quelles doivent être les compétences de l'Etat fédéral, et comment elles doivent être financées.
Je ne peux développer tout ça ici mais je pense que sur ces bases, on doit pouvoir définir une feuille de route cohérente et rationnelle pour un véritable dialogue interrégional.
Le point 2, dont le libellé est bizarre, me pose problème: les francophones doivent, plus que les flamands être protégés à Bruxelles, principalement sur le plan politique, et sur le plan de l'accès aux emplois publics, où les flamands sont honteusement privilégiés.
Je ne comprends pas ce que recouvre la notion de réciprocité, d'autant qu'il y a beaucoup plus de francophones installés en Flandre que de flamands en Wallonie. Je suis peu portée à accorder ma confiance aux politiciens flamands, pour des raisons historiques évidentes. Et celà continue: voilà que DE CREM flamandise à outrance la hiérarchie militaire.
Quant aux frontières arbitrairement fixées en 1963, pourquoi devrait-on renoncer à les modifier, compte tenu de la réalité et après consultation des habitants?
Pourquoi ce qui arrange les flamands devrait-il être considéré comme intangible et ce qui ne les arrange pas (Bruxelles Hal Vilvorde)devrait-il être modifié?
Que les Flamands commencent à montrer de la bonne volonté: qu'ils cessent de squatter tous les postes de l'administration fédérale, qu'ils déménagent leur capitale dans leur région, désormais purifiée. La capitulation systématique devant les exigences flamandes (plus de 60 ans de complaisance francophone) n'a guère arrangé les choses. Les réformes constitutionnelles des bons W.MARTENS et JL DEHAENE, censées pacifier la Belgique n'ont fait que creuser la dette et complexifier l'organisation (si on ose encore utiliser ce mot sans rire) du pays. Puisque la Flandre veut son indépendance, après avoir bien profité de la Belgique (autoroutes, aéroport, installations portuaires, emplois réservés) qu'on la lui donne et qu'elle choisisse une capitale protégée de toute influence francophone perverse, située au centre de son sol unilingue sacré.Qu'elle y entasse ses richesses: nous n'irons plus les voir avant longtemps.
Qu'est-ce donc précisément ce que vous qualifiez de "la politique de débudgétisation de "Papa"." ?
La Flandre ne veut plus rien en commun avec les francophones sauf si elles dirigent les compétences qui resteront au fédéral. Tous les postes importants sont aux mains des flamands donc ... La base minimale étant celle avancée par Peeters dans sa révolution copernicienne (monnaie, armée et un pan de justice en commun). Faut arrêter de se leurrer, les élus flamands en majorité pensent presque tous ainsi même si toute la population flamande ne le pense pas et ceux qui sont pas dupes, n'osent pas s'exprimer ou quittent la Flandre c'est selon. Etre modéré c'est une insulte à la Flandre.
Faut accepter que la Flandre s'en aille, qu'on n'arrivera pas à l'en empêcher et tout faire pour s'y préparer côté wallon surtout au niveau budgétaire même si en pleine crise ça va faire mal. Si le coeur et la raison expliquaient les choix politiques ça se saurait. Les choix politiques côté francophone vont être durs à prendre mais il faudra les prendre. Pour Bruxelles, mystère. La Flandre pourrait l'englober par menace de concurrence fiscale. Si seul l'argent compte, Bruxelles acceptera ce marché de dupes. Mais nous sommes dans un monde où seul l'argent compte ou en tout cas la plupart des gens pense encore que c'est le cas alors qu'il y a plus important. Mais c'est ainsi, que voulez-vous.
En tout cas, ce sera un beau gâchis mais bon c'est logique quand on gouverne que par la peur : la peur de l'autre, la peur de manquer d'argent, la peur de ceci, la peur de cela. Rien ne peut aller. C'est une loi universelle.
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